PARMENTIER Louis, maire de Montpellier

Louis PARMENTIER, baron, propriétaire, Maire de Montpellier, chevalier de la Légion d’honneur. Né à Lyon le 28 avril 1802, fils d’Antoine PARMENTIER et de Françoise SIMONDAN. Époux de VISSEC Marie Elisabeth, propriétaire. Décédé le 8 mars 1852 à Montpellier, maison Castan, rue Carbonnerie.

Louis Parmentier était Maire de Montpellier depuis le 21 mai 1849, c’est donc sous son mandat que fut mis en service le cimetière Saint-Lazare en septembre de la même année, mais il fut également le premier Maire de la Ville a y être inhumé.

2016-04-05 16_52_01-PARMENTIER Louis - WordNé le 28 avril 1802 à Lyon, d’un père capitaine d’artillerie puis propriétaire rue Saint Romain à Lyon et d’une mère sans profession, fille et petite-fille d’artisans charcutiers de Villeurbanne et de la région Lyonnaise, Parmentier fut nommé membre du Conseil général des Arts et Manufactures de Paris en 1833, élu membre du Conseil municipal de Montpellier le 9 décembre 1848 et enfin, maire de la Ville de Montpellier le 20 mai 1849.

Etre porté à la tête d’une ville comme Montpellier est un véritable honneur et un véritable défi, car Montpellier n’est pas seulement le chef-lieu du département de l’Hérault, c’est également le siège de tous les grands services publics d’un département vaste, très peuplé, riche et prospère. C’est aussi le chef-lieu de la 8e Division Militaire, et en mars 1850 le général de Rostolan, qui commande en chef les 7e, 8e et 9e Divisions Militaires, y établira son quartier-général.

Montpellier est également le siège d’une Cour d’Appel, dont le ressort comprend les quatre départements de l’Hérault, de l’Aveyron, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Si le Recteur de l’Académie de Montpellier n’a autorité que sur les collèges et les écoles du seul département de l’Hérault, le prestige de sa fonction est singulièrement rehaussé par l’existence à Montpellier de quelques grands établissements d’enseignement supérieur : l’une des trois Facultés de Médecine qui existent en France (les autres sont à Paris et Strasbourg), et la plus ancienne, illustre depuis près de sept cents ans ; une Faculté des Sciences et une Faculté des Lettres récemment créées, mais qui continuent dignement la Faculté des Arts de l’ancienne Université de Montpellier ; enfin la première Ecole supérieure de Pharmacie qui ait été fondée en France. Montpellier est aussi le siège d’un Evêché catholique et d’un Consistoire protestant.

C’est incontestablement une capitale administrative. Mais la richesse et l’activité de son commerce et de ses industries, dans la ville même et à Sète, qui est le port maritime de Montpellier, lui gardent, en même temps, cette qualité de « ville marchande » qui est, depuis ses origines, son caractère dominant. De plus Montpellier est au centre d’une campagne fertile, dans laquelle les progrès récents du vignoble entretiennent une croissante prospérité.

Quand Parmentier est élu maire de Montpellier, c’est une grande ville peuplée de 45.811 habitants, dont près de la huitième partie est constituée par cette population flottante qui est un des caractères particuliers des grandes villes : 2.862 soldats de la garnison ; 620 prisonniers ; 203 détenues à la Solitude de Nazareth ; 327 aliénés et 545 malades hospitalisés ; 1.065 élèves des établissements d’instruction, et 7 « réfugiés ».

Les sept autres parties des Montpelliérains, offrent un tableau politique nuancé et sont divisés en trois partis : les légitimistes, les républicains, les modérés, et les légitimistes étaient, de beaucoup, les plus nombreux : dans l’aristocratie et dans la bourgeoisie des propriétaires et des professions libérales, et aussi dans le clergé ; mais surtout parmi le menu peuple des boutiquiers, des artisans et des ouvriers. C’est là un des traits les plus remarquables, et peut-être le plus caractéristique, de la société montpelliéraine d’alors.

En 1849, il est donc dans l’ordre des choses de trouver une équipe municipale dont: le maire, Parmentier, ses trois adjoints, de Calvière, Maxime et Rey ainsi que tous les membres du Conseil municipal, sont légitimistes.

Des propagandistes venus du département du Gard, où l’opinion légitimiste était très ardente, avaient introduit dans Montpellier, la société secrète de « la Montagne blanche » (c’est ainsi que l’on appelait la tradition la plus extrémiste du parti royaliste). L’autorité préfectorale avait supprimé et dissous le club légitimiste connu sous le nom de « Club de l’Urne », mais il s’était reconstitué, sous le nom de « la Petite Loge », par analogie respectueuse avec le nom de « la Grande Loge » qui était le cercle le plus aristocratique et le plus fermé de Montpellier, et où les légitimistes passaient pour être en majorité.

Le 15 juillet 1849, fête de la Saint-Henri, des messes solennelles furent célébrées dans toutes les églises, et les Montpelliérains y assistaient en foule. A la chapelle des Pénitents blancs, on distribuait du pain bénit décoré de fleurs de lys, le soir, dans les banquets populaires, on buvait à la santé du Roi. On se parait, ce jour-là, de vêtements ou de rubans dont les couleurs blanches et vertes intentionnellement associées rappelaient les volontaires de la Palud, la fidélité au Roi et au duc d’Angoulême … La police saisit des pains d’épices qui reproduisaient les traits du comte de Chambord, et des gravures où il était représenté sous ce titre : Henricus V, rex Francorum.

Les légitimistes disposaient d’un journal, l’Echo du Midi, qui parait tous les jours sauf le lundi, car il n’imprime pas le dimanche. L’Echo du Midi a pour rédacteur en chef Escande, bossu plein d’esprit et de talent, dont la plume est souvent piquante et qui sera la cause du duel entre De Ginestous et Aristide Olivier.

2016-04-05 16_00_35-Moritz Hartmann - Moritz Hartmann — Wikipédia

L’écrivain et poète allemand Moritz Hartmann (1821-1872) (illustration ci-contre à gauche) dans une de ses lettres au Deutsches Museum, datée de septembre 1851, de Montpellier où il séjournait quelque temps chez l’historien, homme de lettres et futur ministre,  Saint-René Taillandier (René, Gaspard, Ernest Taillandier, 1817-1879) et François Sabatier-Ungher (1818-1891)  (illustration  à droite)

2016-04-05 16_43_56-Courbet-Sabatier - François Sabatier-Ungher — Wikipédia

 

se fait sûrement l’écho des opinions qu’il a recueillies dans le milieu bourgeois, commerçant et protestant où il est reçu, quand il écrit : « Le catholicisme se laisse dominer par la politique. Le pays des pénitents blancs, bleus, etc., des moines et des religieuses innombrables, ne peut être que légitimiste. » Il se fait un écho fidèle de ses informateurs quand il dit : « Louis Napoléon, s’il réussit son coup d’Etat, ne rencontrera pas grande résistance dans ce pays. On l’acceptera comme envoyé de Dieu : car en France le fait accompli est tout-puissant. S’il veut profiter aussi des avantages que lui ont faits les gouvernements précédents en négligeant les intérêts du Midi, il promettra à ce pays qui étouffe dans sa prospérité le free trade pour son commerce à l’étranger et à l’intérieur. Alors ce pays, qui à l’occasion pourrait être une Vendée, chantera ses louanges et verra en lui un sauveur. »

Il ajoute : « Il y a une minorité républicaine très active. Elle comprend les ouvriers, et presque tous les protestants des villes et de la campagne. Il y a un petit parti orléaniste, fait de protestants riches, des banquiers que la spéculation du temps de Louis-Philippe a enrichis, et qui ne peuvent oublier que Guizot, malgré tous ses accords avec les Jésuites, était un des leurs. Mais si Louis Napoléon sert leurs intérêts, donne des débouchés aux vins de leurs grandes plantations, ils seront vite au nombre des satisfaits. »

Le baron Parmentier est fait chevalier de la Légion d’honneur le 11 décembre 1850.

Les notes si curieuses du poète Hartmann, ressemblent à des prophéties, car bien que légitimiste modéré, le 2 décembre 1851, Parmentier accepte le nouveau régime au moment du coup d’état du Président des Français, Louis-Napoléon Bonaparte.

Le baron Parmentier est un propriétaire riche et considéré qui est désigné comme candidat du gouvernement aux élections au nouveau corps législatif institué par la Constitution du 14 janvier 1852, et pressenti dans le département de l’Hérault, à la suite des refus successifs de de Bonald, (pour des raisons familiale) et de Jules Pagézy, industriel et grand propriétaire, orléaniste et protestant, qui, ne croyant pas que son heure était venue, avait jugé bon de décliner l’offre dans la circonscription de Montpellier.

Comme le préfet Durand-Saint-Armand, l’écrit dans son rapport, Parmentier « s’est toujours montré l’adversaire énergique de la Montagne Blanche. Il représente la fraction modérée du parti, et ne rencontrera probablement aucune hostilité de la fraction la plus ardente… »

Mais à 50 ans, malade, il décède à Montpellier en son domicile de la rue Carbonnerie, au matin du 8 mars 1852, huit jours seulement après son élection au corps législatif, où il n’eut finalement jamais l’occasion de siéger.

A midi, son décès est déclaré à l’Hôtel de Ville par deux de ses Adjoints, Adolphe Maxime et Adolphe Joseph Rey, à Jules Gaspard Prosper de Calvière, le premier Adjoint « faisant fonction de Maire, en raison du décès de ce dernier ».

2015-03-21 21_08_49-5 MI 1_124 - Décès 5 MI 1_124 - 1852 - Archives départementales de l'HéraultActe de décès du Maire Louis Parmentier (Source : Archives en ligne PierresVives).

Le jour même, le conseil municipal réuni en urgence, décide de concéder « un terrain à perpétuité pour recevoir la dépouille mortelle de ce regrettable magistrat ».

Au lendemain de sa mort, Félix Danjou, dans le journal Le Messager du Midi écrit : « Appelé à remplir les hautes fonctions de premier magistrat de la cité, dans des temps difficiles, au milieu des luttes des partis et des menaces de l’anarchie, Monsieur Parmentier s’est acquitté de cette tâche avec dévouement. C’est une justice que tous les hommes impartiaux doivent rendre à la mémoire de cet administrateur, malgré les réserves qu’ils peuvent avoir à faire au sujet de quelques-uns de ses actes. …»

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Ses funérailles furent organisées par l’Administration qui déploya à cette occasion une grande pompe : « l’Hôtel de Ville avait été garni de tentures aux fenêtres, avec lesquelles jurait un peu, il est vrai, l’affluence des curieux admis aux fenêtres et balcons de cet édifice » note le journaliste du Messager du Midi. Toutefois, il ajoutait « cette triste cérémonie ne s’est pas moins accomplie avec une dignité solennelle et avec une parfaite convenance de la part de la foule qui s’est portée sur le passage du convoi. »

Un service religieux fut célébré à la cathédrale par le vicaire général, assisté du chapitre et du clergé de toutes les paroisses. Le corbillard, précédé des membres de toutes les institutions et œuvres de charité de la Ville et de plusieurs draps d’honneur portés par toutes les hautes personnalités de la Ville, se rendit ensuite au cimetière Saint-Lazare suivi des membres de la famille, des élèves des frères des écoles chrétiennes dont certains exécutaient des chœurs religieux, et d’une foule de personnes de tout rang et de toute condition. La musique du 35°, un détachement des troupes de la garnison escortaient le convoi, ainsi que la compagnie des pompiers dont l’uniforme avait subi un certain changement.

Au cimetière, des discours furent prononcés sur sa tombe par M. de Calvière, son premier adjoint et par le préfet Durand-Saint-Armand. M. de Calvière retraça la vie administrative du Maire défunt et le préfet, apprécia surtout la conduite politique de Parmentier dans ses derniers temps. Il acheva en proclamant avec emphase : « Tous, grands et petits, riches et pauvres, quelles qu’aient été leurs opinions, leurs dissentiments, leur foi politique ou religieuse, ils t’apportent le tribut aujourd’hui unanime de leurs pleurs et de leur regrets ! »

2015-03-25 20_27_24-Résultats Google Recherche d'images correspondant à http___www.funeraire-info.frDiscours d’une oraison funèbre prononcé dans le cimetière du Père Lachaise

Parmentier fut ensuite inhumé dans la concession du secteur V au n°1 du 1° rang, située à une place d’honneur, à l’extrémité de l’allée centrale partant de derrière la chapelle du cimetière St-Lazare.

Sur le monument, une simple dalle plate, est inscrit une longue épitaphe ne comportant pas moins de 449 caractères :

«  Ci-Git – le Baron Louis Parmentier – Maire de Montpellier – Chevalier de la Légion d’honneur – membre du corps législatif – tendre époux –excellent père – il emporta les regrets de ses concitoyens – décédé le 8 mars 1852 à l’âge de 50 ans – Victime de son dévouement à la cause de l’ordre – il a été vu à son poste – le 2 décembre 1851 – .quoique frappé déjà par la maladie – qui devait l’enlever –au moment où il n’aurait eu (*) qu’à jouir de la paix – à laquelle il avait tant contribué – par son administration – sa mort a été calme et sainte – Âmes pieuses – priez pour lui – et pour sa famille en deuil. »

(* Le graveur a, par inadvertance, inverti les lettres de ce mot qu’il a gravé UE)

IMGP2459

Prosper de Calvière, le premier adjoint, fera office de Maire jusqu’au 19 mai 1852, jusqu’à ce que Victor de Bonald soit nommé par décret présidentiel puis, à son tour remplacé par David Jules Pagézy par décret impérial du 22 septembre 1852 pour un mandat qui durera 17 ans …

Par délibération du conseil municipal du 1er décembre 1899 approuvée le 31 mars de l’année suivante, une parcelle de terrain à perpétuité est concédée pour l’élévation d’un monument « à la mémoire des enfants de Montpellier morts à Madagascar » sur 6,50 m² situé à l’extrémité de l’allée centrale du côté nord, juste derrière la tombe du Maire Parmentier, ce qui lui donne l’aspect qu’on lui connait aujourd’hui.

IMGP2458

2016-04-05 14_15_59-Ministère de la culture - Base Léonore

Signature du maire Parmentier

Sources :

GHCSL  /  Monspeliensia : mémoires et documents relatifs à Montpellier et à la région montpelliéraine publiés par la Société archéologique de Montpellier – Fondation Joseph Pouchet. – 1928

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