BLANCKLEY Elisabeth, épouse BROUGHTON

BLANCKLEY Elisabeth. Femme de lettres. Née vers 1802 sur l’Ile de Man, décédée le 26 juin 1859 à Montpellier. Fille d’Henry Stanyford Blanckley, consul général d’Angleterre à Alger, et de sa seconde épouse, Marie Richards. Veuve d’Edward BROUGHTON, propriétaire. Inhumée au cimetière protestant de Montpellier.

 En 1839, Elizabeth Broughton publie à Londres Six ans de résidence à Alger, 1806-1812. Il s’agit probablement d’une œuvre unique, écrite sans autre prétention que littéraire mais qui offre un témoignage capital pour la compréhension de cette époque où Français, Américains et Anglais se livraient à un grand jeu de stratégies politiques et économiques concurrentes. Dès sa parution, l’ouvrage rencontre un vif succès.

Elle a écrit, ou plutôt réécrit sous une forme littéraire, le journal intime que sa mère, Mary Blanckley, avait tenu durant le séjour que son mari, alors Consul Général de Grande-Bretagne auprès de la Régence d’Alger, elle-même et leurs enfants avaient effectué du 26 Mai 1806 à Mai 1812. Elisabeth y ajoute ses propres observations et souvenirs de petite fille.

 Son père, le major Henry Stanyford Blanckley (29 septembre 1752 Bath – 18 mai 1820 Versailles), qualifié d’esquire (chevalier), descend en droite ligne de Guillaume de Blanc-Lys, chevalier normand présent à la bataille d’Hastings au service de Guillaume le conquérant – le nom de Blanc-Lys étant rapidement devenu celui de Blanckley.

Son grand-père paternel était un ami intime du révérend Edmund Nelson, père de l’amiral Nelson (1758-1805), et la relation entre les deux familles n’est pas étrangère à la similitude des carrières de l’amiral et du major. Le lien entre ces deux familles se resserre encore en 1820 lorsqu’Edward Blanckley, un de ses frères issu du premier mariage de son père, épouse la nièce de l’amiral Nelson : Harriet Matcham.

Lettre de l'Amiral Nelson à H.S. Blanckley, 28 mars 1825

Lettre de l’Amiral Nelson à H.S. Blanckley, 28 mars 1805

 En 1800, veuf et père de quatre enfants, Henry épouse en secondes noces, à Berks, Mary Richards.

En 1802, quand Mary Blanckley met au monde sa première fille Elisabeth, le major a déjà une brillante carrière à son actif : il a servi en Amérique comme lieutenant de marine durant la plus grande partie de la guerre, ensuite, en 1780, comme capitaine puis major, il lève une compagnie à ses frais pour participer au siège de Gibraltar. Le siège terminé, en 1783, il vend sa compagnie et fait carrière dans les consulats : il est nommé consul général aux îles Baléares jusqu’en 1801 et en mai 1806, consul général à Alger.

Le consul de Sa Majesté britannique, voyage en famille : Lewis Tonna (décédé en 1828), ex vice-consul espagnol du Royaume des Deux-Siciles à Liverpool est du voyage, en effet, Henry Blanckley s’est attaché son gendre comme secrétaire et en mai 1806, toute la famille Blanckley embarque pour Alger à bord de l’Hydra, une frégate de la Royal Navy aux ordres du capitaine George Mundy (futur amiral), qui a participé à la bataille de Gibraltar et vient de capturer un navire français, le Furet.

 La traversée de la Méditerranée est périlleuse et Elisabeth, petite fille de 4 ans, se souvient de la pénible quarantaine à Cagliari en Sardaigne. Après une dernière escale à Malte, la famille débarque le 9 octobre 1806 à « Alger la Blanche », accueillie par une salve de la batterie des 21 canons du Pacha – Dey Ahmed-ben-Ali.

Les familles anglaises sont bien implantées à Alger et le consul Blanckley ne fait pas exception : sa famille loge dans le palais Rahat Eddey (« jardin de repos du dey ») magnifique villa mauresque surplombant la baie, ancienne demeure de campagne d’un Dey et résidence du consul de France Dubois Thinville en 1780.

Dès 1807, il passe un traité avec des Siciliens auxquels il loue une exploitation de pêche au corail, à La Calle sur la côte Barbaresque. En effet, les consuls anglais avaient l’idée que leur rôle commercial participait au rayonnement de la grandeur britannique. Politique et commerce faisaient bon ménage : pour limiter les attaques barbaresques et sécuriser le commerce il met en œuvre une police de garde côtes et les frégates maltaises ancrent librement dans le port d’Alger. Or, le gouverneur de Malte, Alexander Bail, un ami et ancien adjoint de Nelson,  avait chassé les Français de l’île, et M. le consul Blanckley avait aussi des parents et amis installés à Malte…

Elisabeth Blanckley-Broughton dit avec regrets au moment où elle publie son livre en 1839 : « Si les vues patriotiques de mon bien aimé père avaient été soutenues [par Londres], Alger ne serait pas maintenant aux mains de la France. »

On peut penser que Mme Elisabeth Blanckley-Broughton ne tint pas trop rigueur aux Français qui se répandaient en attaques contre « la perfide Albion », puisqu’en 1849 elle réside à Montpellier, en France, où elle décède à l’âge de 57 ans, le 26 juin en son domicile de la rue Durand. Elle est inhumée au cimetière protestant de la ville.

Acte de décès d'Elisabeth Blanckley (Archives départementales de l'Hérault)

Acte de décès d’Elisabeth Blanckley
[Archives départementales de l’Hérault]

 Source : L’ouvrage d’Elizabeth Broughton n’avait jamais été traduit en français. Alain Blondy, professeur à Paris-IV Sorbonne, a traduit et publié cet ouvrage pour le public francophone en avril 2011 (Editions Bouchène, Paris).

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