CAPPELLE Marie Fortunée

CAPPELLE Marie Fortunée, condamnée aux travaux forcés et détenue à Montpellier. Née le 15 janvier 1816 à Paris, décédée le 6 septembre 1852 à Ussat. Fille du Baron Antoine Laurent CAPPELLE (Toulouse 1777-1828) et Edmée Caroline Fortunée Alexis COLLARD. Epouse de Charles POUCH-LAFARGE. Inhumée au cimetière d’Ornolac (Ariège).

Marie Cappelle Lafarge

Marie passe son enfance au gré des affectations de son père, colonel d’Artillerie, membre de la Légion d’honneur, fait baron par Napoléon 1er. En 1828, ce père adoré décède dans un stupide accident de chasse, sa mère se remarie et décède peu après. C’est son grand-père, aimant et attentionné, qui prodigue à la petite orpheline une éducation digne de son rang social. Marie parle plusieurs langues, traduit le latin à la lecture et joue admirablement du piano. Sa vie se passe en douceur au château familial de Busagny à Villers-Hélon ou à Paris, chez ses tantes. Les Dumas, Talleyrand, les proches de la famille royale, des barons, des préfets sont les habitués de la famille…

Le_Glandier

Le Glandier en 1840

En 1838, son grand-père décède. Marie a 23 ans et est toujours célibataire, alors que ses amies et sa jeune sœur ont épousé de bons partis. Ses tantes ont un vrai problème, il faut la marier.  Elles décident d’arranger un mariage avec une agence et précipitent les choses. Moins d’une semaine plus tard, l’affaire est conclue, Marie fiancée, assure une dot de 80 000 francs-or pour épouser en août 1839 un bourgeois provincial, Charles Pouch-Lafarge (1811-1840), veuf de 28 ans, maître de forges au Glandier en Corrèze.

Pour Marie, l’arrivée au domicile conjugal est un choc : le Glandier n’est qu’un vieux monastère transformé en habitation et forge, délabré et infesté de rats. Très vite, elle réalise que ce mariage arrangé n’a servi qu’à éviter la faillite de son rustre de mari, « brave homme, un peu bourru », qui se révèle un personnage vil, corrompu, rongé par la violence et sujet à des crises d’épilepsie. Le changement de vie est radical, brutal, insupportable et Marie, désespérée, lui propose de s’enfuir en lui laissant sa dot. Charles refuse, mais consent à faire des travaux d’embellissement que Marie surveille et aux grands maux les grands remèdes, elle décide d’empoisonner les rats à l’arsenic.

En novembre 1839, Charles a mis au point un procédé de traitement des minerais et se rend à Paris pour trouver l’argent nécessaire au brevet. Marie restée au Glandier, confectionne une pâtisserie qu’elle lui envoie. Charles reçoit le paquet le 18 décembre : à l’intérieur, beaucoup de choses, dont un portrait peint de son épouse et … le gâteau. Charles en mange et tombe gravement malade.

De retour le 3 janvier 1840, affaibli, il s’alite, ne se relève pas et décède de manière inexplicable le 14 après d’horribles souffrances. Le 15 janvier, Marie qui a 24 ans ce jour-là est accusée par sa belle- mère d’avoir empoisonné Charles. Le procureur du Roi prévenu, la police perquisitionne le domicile et découvre de l’arsenic partout : sur les meubles, les aliments, de la cave au grenier. Marie est arrêtée, puis écrouée à Brive.

marie_capelleL’Affaire Lafarge commence, terrible ! Marie Fortunée a du sang royal dans les veines par sa grand-mère maternelle, fille naturelle de Madame de Genlis et de Philippe Egalité. Aucun doute, cette affaire déchaîne les passions à travers la France entière et embarrasse le pouvoir en place sous la monarchie de Juillet.

Le procès pour empoisonnement débute le 3 septembre 1840 à Tulle attirant une foule nombreuse de badauds. Le savant Orfila a trouvé une trace infime d’arsenic à l’autopsie et le chimiste Rapail appelé par la défense n’arrive pas à temps au procès.  Marie est condamnée aux travaux forcés à perpétuité.

Le 9 novembre 1841 c’est le départ pour la prison des femmes de Montpellier. Commence une vie très difficile de souffrances physiques et morales relatée dans son journal intime Heures de Prison publié posthume. Elle reçoit des milliers de lettres et des visites : la tragédienne Rachel, le père Coural, fondateur de la Solitude de Nazareth et bien d’autres. Marie a un grand-oncle responsable de l’asile de Montpellier, « l’oncle Collard » dont la fille, Adèle ,la visite le plus souvent possible. En février 1851, à 36 ans, gravement malade, elle est transférée à l’asile pénitencier de Saint-Rémy-de-Provence, où l’on compte sur le repos et l’air pour refaire sa santé. Finalement, le 1er juin 1852, après avoir passé 12 ans (un tiers de sa vie) en prison, elle est grâciée par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte.

L’oncle Collard lui conseille les eaux d’Ussat. Début août, avec la fidèle Adèle, elle rejoint le village thermal où malgré les eaux bienfaitrices et le climat, elle ne survivra pas à sa phtisie.

Intelligente, romanesque, lettrée, combative, attachante, elle n’a jamais cessé de clamer son innocence jusqu’à son dernier souffle le 7 septembre 1852 : « Je meurs tranquille et innocente victime de mes ennemis »… Marie Fortunée repose dans le petit cimetière d’Ornolac en Ariège.tombe Marie Cappelle

Coupable ? Non coupable ? Depuis plus de 170 ans, on s’interroge toujours.

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