CABANEL Alexandre

2016-04-08 09_25_19-Résultats Google Recherche d'images correspondant à https___s-media-cache-ak0.pi

Alexandre CABANEL, Peintre considéré comme l’un des plus grands peintres académiques, ou « pompiers », du second Empire. Né le 27 septembre 1823 à Montpellier. Célibataire. Fils de Pierre Jean CABANEL et de Marie Anne JEAN. Décédé le 23 janvier 1889 à Paris, inhumé au cimetière Saint-Lazare de Montpellier au chevet de la chapelle dans l’allée principale.

Alexandre Cabanel, de Figuerolles au Parc Monceau, ou le chemin parcouru par un Montpelliérain de génie. (selon le titre de la séance publique de l’Académie des sciences et Lettres de Montpellier du 6 avril 2009, par Jean Nougaret)

Le 23 janvier 1889, en bordure du parc Monceau, ce travailleur infatigable meurt dans son hôtel parisien, laissant inachevé le portrait commandé par la marquise Diaz d’Albertini « Si j’avais encore 2 jours … ! Il me faudrait 2 jours ! » réclamait le peintre la veille de sa mort.

Rien à priori ne destinait le jeune Alexandre à une si incroyable carrière et à une telle renommée à la fois de peintre d’histoire, peintre de genre et portraitiste dont le talent fut reconnu de son vivant jusqu’à incarner « la Tradition du Beau » dans la France entière, en Europe et en Amérique. Une carrière pleine succès éclatants, d’honneurs insignes, mais aussi, rançon de la gloire, de bon nombre de critiques souvent féroces. Le lendemain de ses obsèques un journaliste dans Le Monde Illustré écrivait : « Quel que soit le dédain que la fantaisie de certains critiques professe pour sa gloire, ce fut un peintre de premier rang. Il eut des défauts parce que nul n’échappe à cette fatalité. »

65 ans auparavant, le 27 septembre 1823, Alexandre naissait à Montpellier dans la maison du faubourg Figuerolles où demeurait la famille Cabanel.

2016-04-07 14_44_36-5 MI 1_72 - Naissances 5 MI 1_72 - 1823 - Archives départementales de l'Hérault

Son père Pierre-Jean né à Meyrueis le 10 septembre 1777, alors âgé de 16 ans environ, était arrivé de sa Lozère natale pour devenir menuisier et fabricant de meubles à Montpellier. Ses parents, Antoine, maréchal-ferrant et Jeanne Fabre sont déjà décédés à Meyrueis quand il épouse à Montpellier, le 10 Messidor de l’an X (29 juin 1802) Marie Anne Jean, âgée de 23 ans et demeurant à Montpellier depuis 1790. L’épousée est une jeune aveyronnaise née le 6 septembre 1779 à Villefranche- de-Pannat dont le père, Louis qui exerçait la profession de tailleur d’habits est décédé au moment du mariage et dont la veuve, Anne Carrière, demeure encore à Villefranche-de-Pannat. L’union de Pierre Jean et de Marie Anne permet la légitimation d’une fille naturelle, sœur aînée d’Alexandre, prénommée Catherine Cabanel, née le 20 décembre 1801.

revendeur

Cet acte de mariage est révélateur d’un élément qui ne laisse pas de surprendre : il ne porte que la signature des témoins : deux fabricants de verdet, un tailleur d’habits et un ancien revendeur. La mariée déclare ne savoir signer, ce qui est fréquent pour la plupart des filles de cette époque, par contre, Pierre Jean, le père d’Alexandre déclare ne savoir également, alors que, curieusement, le 24 septembre 1766 à Trèves (Gard), son propre père signe son acte de mariage ainsi que son oncle paternel, Antoine, qui en avait été le témoin.

Pierre-Jean ne sait toujours pas signer quand son fils Alexandre nait en 1823.

Alexandre est le dixième et dernier enfant de la fratrie Cabanel, qu’avaient précédé les naissances de Catherine en 1801, de Jeanne Thérèse le 14 novembre 1802, Marie née le 13 août 1804. Son frère aîné, Pierre, né le 11 août 1807 est déclaré le 13 par l’accoucheuse « le père étant absent ».

Ce frère aîné, qui décèdera en 1850, sera le père de Louise, née en 1834, Sophie (1845-1937), future madame Paul Saint-Pierre (1836-1928) et Berthe née en 1847 qui épousera Alfred Rouquette en 1881. Très attaché à sa famille, Alexandre Cabanel fera en 1872 un portrait plein de tendresse de ses nièces Sophie et Berthe lors d’un de ses fréquents séjours à Montpellier.

2016-04-09 13_48_25-Gods and Foolish Grandeur_ Portraits des dames - paintings by Alexandre Cabanel

Double portrait de Sophie et Berthe Cabanel, les nièces d’Alexandre. L’oeuvre peinte en 1872, sans doute dans la dernière maison familiale des Cabanel au 11 rue des Casernes (actuelle rue Marceau) n’était pas destinée à être exposée mais à rester dans la famille ou dans l’atelier parisien du peintre.

Naissent ensuite, Marie Toussaint le 19 novembre 1809, François (le père du peintre Pierre Cabanel) le 13 septembre 1812, Barthélémy né le 16 septembre 1814, Marie Sophie née le 8 aout 1817 et enfin, Marie Joséphine née le 5 novembre 1819.

Après avoir habité plusieurs années rue Saint-Guilhem dans la maison du menuisier Pierre Rousset, la famille Cabanel toujours plus nombreuse, s’établit dans la maison Lepot, dite « Villa Marguerite » au faubourg Figuerolles où le père de cette famille pauvre a établi son atelier de menuiserie. C’est là qu’Alexandre voit le jour, le 27 septembre 1823 à minuit.

C’est dans cette même maison que Pierre Jean, meurt le 8 février 1826, « âgé d’environ 50 ans » alors que le petit dernier, Alexandre, n’est âgé que de 2 ans et demi à peine.

2016-04-07 21_25_20-5 MI 1_117 - Décès 5 MI 1_117 - 1826 - Archives départementales de l'Hérault

Le talent pour le dessin du dernier rejeton de cette modeste famille est prometteur, mais son entourage familial, totalement étranger au monde des arts, est parfois inquiet de son avenir, d’autant que le jeune Alexandre a pris la décision de se consacrer à la peinture et que rien ne le fera changer d’avis.

Devéria, autoportrait, eau-forte par Paul Lafond (1855)
Devéria, autoportrait, eau-forte par Paul Lafond (1855)

Le père absent, c’est probablement Pierre, le frère aîné qui s’en est ouvert au cousin de sa femme, le peintre Eugène François Marie Joseph Devéria (Paris 1805-1865 Pau) dont on dit qu’il aurait prodigué ses conseils au jeune garçon lors de ses fréquents séjours à Montpellier. Le cousin Eugène était avec Eugène Delacroix et Louis Boulanger, l’un des principaux représentants du mouvement romantique français.

Pierre veille sur son jeune apprentissage : Alexandre est un jeune garçon doué pour le dessin, mais il doit suivre un cheminement très précis pour espérer devenir célèbre et obtenir de prestigieuses commandes.

2016-04-09 16_12_07-Salle des Colonnes Musée Fabre

En 1834, à l’âge de 11 ans Alexandre entre à l’école des Beaux-Arts de Montpellier dans l’atelier de dessin où les cours sont gratuits, dirigé par le portraitiste et peintre de genre Charles Matet (1791-1870) par ailleurs portraitiste attitré de la bourgeoisie de la ville et qui sera, 4 ans plus tard et jusqu’à sa mort, conservateur du Musée Fabre inauguré quelques années plus tôt (en 1828). Par chance pour les élèves, l’école est située dans les mêmes bâtiments que le musée. Pour gagner sa vie en même temps qu’il étudie chez Matet, le jeune Cabanel se promène souvent dans le musée et étudie les grands maîtres en copiant leurs tableaux. Il apprend très tôt à maîtriser l’art du portrait et excelle déjà dans l’exercice de l’autoportrait.

2016-04-09 14_38_45-PhotoManager (1938×2300)

Autoportrait d’Alexandre Cabanel en 1836, à 13 ans

Agé de 13 ans en 1836, il réalise avec brio son premier autoportrait, tout en fraicheur où il se représente avec simplicité et naturel. Il sera dit plus tard, qu’à sa vue, le directeur du petit séminaire de Saint-Pons-de-Thomières, aurait proposé au jeune artiste de devenir professeur de dessin dans son établissement, d’autres, flairant le génie en herbe, lui auraient encore proposé d’enseigner le dessin à l’école où il était encore élève.

Pourquoi le petit séminaire de Saint-Pons-de-Thomières ? En 1823, monseigneur Fournier, évêque de Montpellier, avait racheté l’ancien couvent des Récollets de Saint-Pons-de-Thomières, vendu comme bien national, et y avait fondé le petit séminaire – ou école secondaire ecclésiastique – qui avait pour but de former des enfants « dont on aura examiné les intentions et celles de leurs familles touchant l’état ecclésiastique ». L’établissement acquiert rapidement une solide réputation qui s’étend à tout le Languedoc et de nombreuses grandes familles héraultaises y plaçaient leurs enfants (Ferdinand Fabre y suit une partie de sa scolarité).

Quoi qu’il en soit, le jeune Alexandre aurait décliné les propositions, « Si j’enseigne ce que je sais, qui m’enseignera ce que je ne sais pas ? » (d’après son arrière petit-neveu François Saint-Pierre)

En cette année 1836, le 1er février exactement, le Conseil municipal de la ville ouvre un concours « entre les jeunes peintres et architectes de cette ville » destinés à être « envoyés à Paris aux frais de la Ville ». Matet serait alors intervenu en faveur de son élève, Alexandre, alors âgé de 15 ans et demi, et « objet de grandes espérances », le présentant comme un parent des frères Devéria…au grand dam de Charles Borely (1817-1881), un des concurrents au concours…. Finalement, le 11 avril, le maire de Montpellier, Zoé Granier, annonce à Cabanel qu’il a remporté le concours.

Cependant, les problèmes de santé du jeune Alexandre, atteint précocement d’une forme de tuberculose, l’amène en 1838, à faire un bref séjour en Algérie, afin d’y recevoir les soins du docteur Trolard dont il exécutera un portrait dédicacé. On peut se demander pourquoi en Algérie alors que les revenus de la famille sont modestes et qu’à cette époque toute récente de la conquête d’Alger, la réputation de ville balnéaire n’est pas encore connue ?

Vers 1839, a lieu une première rencontre entre deux jeunes hommes sensiblement du même âge qui restera immanquablement associée au milieu artistique montpelliérain : Dans l’atelier de Matet, Alexandre a l’occasion de croiser un compatriote de 2 ans son aîné, prénommé Jacques Louis qui s’intéresse à l’art depuis l’enfance. Il est l’héritier du riche banquier Montpelliérain Jacques Bruyas alors qu’Alexandre est orphelin d’un père menuisier, mais bien que d’origine sociale diamétralement opposée, l’amour et la passion de la peinture, la santé fragile de ces deux garçons vont créer un lien qui sera toujours placé sous le signe de l’amitié. Alors que Jacques Louis doit se rendre chaque année dans les Pyrénées pour soigner sa tuberculose et ses rhumatismes, Alexandre effectue des séjours plus ou moins longs dans la station thermale du Mont Dore et la correspondance qu’ils échangeront toute leur vie, évoquera souvent les questions de santé.

Bien vite, Jacques Louis qui se fera appelé Alfred Bruyas (1821-1877), reconnaissant les limites de son talent, renonce à la peinture et débute, timidement d’abord, une carrière de collectionneur et se consacrera à la promotion d’œuvres d’artistes contemporains, tandis que Cabanel, fort d’une bourse d’études octroyée en décembre par la ville de Montpellier « monte » vers la capitale en 1840, accompagné de son frère Barthélémy « alors engagé dans une liaison sans issue ».

2016-04-08 09_32_01-CABANEL Alexandre (1823-1889) - LicornaMuseum.over-blog.com

Autoportrait d’Alexandre Cabanel en 1840, il a 17 ans.

A Paris, il est logé chez le marquis Auguste Monsanval de Saint-Hilaire, botaniste, futur membre de l’académie des sciences et des lettres de Montpellier en 1847 et sur sa recommandation, il entre à l’atelier de François-Edouard Picot en même temps qu’il est admis sous le n° 1883 bis , à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris dans la section peinture. Resté en contact avec son camarade d’école Alfred Bruyas, lors de ses séjours à Montpellier, il fréquente régulièrement l’hôtel particulier de la famille situé dans la Grand-rue (face à l’hôtel particulier de la famille Bazille).

2016-04-09 15_15_43-Cabanel_-_Christ_au_jardin_des_Oliviers La Tribune de l'Art
Le Christ au jardin des Oliviers, Montpellier, église Saint-Roch (presbytère)

En 1844, le Salon accueille L’agonie du Christ au Jardin des oliviers, conservé maintenant au presbytère de l’église Saint-Roch de Montpellier, premier succès public du jeune peintre et aussi sa première vente : la toile lui rapporte 500 francs.

2016-04-09 16_47_13-Alexandre Cabanel - The Mocking of Christ - Alexandre Cabanel — WikipédiaMais un seul chemin mène à Rome et s’est avec passion, zèle et sérieux qu’il prépare le concours pour le Grand Prix de Rome dont il obtient en 1845 le second Grand prix ex aequo avec Jésus au prétoire.

Il séjourne plusieurs années à la Villa Médicis (Italie), avec Ingres comme directeur, étudie Raphaël, Miquel-Ange et réalise quelques portraits dont celui de son ami et mécène Alfred Bruyas, venu le rejoindre à Rome à plusieurs reprises.

2016-04-08 09_23_15-Résultats Google Recherche d'images correspondant à http___alexandrecabanel.com_

Alfred Bruyas par Alexandre Cabanel

En tout cas, il brosse en Italie quelques toiles très prometteuses, presque toutes acquises aussitôt par son ami, le mécène montpelliérain.

2016-04-09 13_33_17-Fallen Angel (Alexandre Cabanel) - Alexandre Cabanel — WikipédiaL’ange déchu, exécuté en 1846-1847, est le second envoi de Rome de Cabanel
L’ange déchu, exécuté en 1846-1847, est le second envoi de Rome de Cabanel (vue partielle)
autoportrait à 26 ans, 1849
Autoportrait à 26 ans en 1849

En 1851, il est contraint de rentrer en France suite à la mort de Pierre, le frère aîné attentionné. Il n’a que 36 francs en poche et quelques portraits dans ses bagages, mais l’apprentissage est maintenant terminé.                   On a dit à cette époque de Cabanel, qu’il avait un “ego surdimensionné” ! 2016-04-09 13_33_54-Alexandre Cabanel - Death of Moses - Alexandre Cabanel — WikipédiaIl le fallait, en effet, pour avoir donné ses propres traits à la figure de Dieu le Père dans la « Mort de Moïse » !

La « Mort de Moïse » (vue partielle)2016-04-09 13_34_20-Alexandre Cabanel - Death of Moses - Alexandre Cabanel — Wikipédia

Les épisodes Montpelliérain et Italien sont finis, il regagne bientôt Paris.

Il n’a pas encore 40 ans, qu’il obtient rapidement du succès et connaît une ascension fulgurante comme portraitiste et mène de front la carrière officielle et celle de peintre de la Société d’argent du Second Empire. Il exécute pour l’Etat en 1852-53, les allégories des mois pour le salon des Cariatides de l’Hôtel de Ville de Paris, œuvres disparues dans l’incendie de ce bâtiment en 1871.

2016-04-09 10_28_15-La Naissance de Vénus _ Panorama de l'art

Il a également ses entrées à la cour impériale et à l’exposition universelle de 1863 il expose la « Naissance de Vénus » tableau acquis par l’empereur, aujourd’hui au Musée d’Orsay à Paris, des portraits de membres de la cour et lors de l’Exposition universelle de 1867, le « Paradis perdu » œuvre monumentale commandée par Louis II de Bavière pour le Maximilianeum de Munich lors de l’Exposition universelle de 1867 et pour laquelle il est décoré de la croix de chevalier de première classe de l’ordre du Mérite de Saint-Michel de Bavière. (ce tableau sera détruit durant la deuxième guerre mondiale)

Extrait détruit pendant la 2éme guerre

Vue partielle du « Paradis perdu »

En 1863 encore, il succède à Horace Vernet (1789-1863) à l’Institut et entre à l’Ecole des Beaux-Arts comme chef d’atelier. L’année suivante il est fait officier de la Légion d’honneur et en 1884, il est promu Commandeur. Il était décoré aussi de beaucoup d’ordres étrangers. Quelques jours à peine avant son décès, le 8 décembre 1888, il est également décoré de.la croix de chevalier de l’ordre de Léopold dont il reçoit le brevet de sa Majesté le roi des Belges.

2016-04-09 14_35_15-PhotoManager (1979×2300)Portrait de madame François Cabanel, née Suzanne Laviale, belle-soeur de l’artiste – Legs de son fils Pierre Cabanel, 1918 (Musée Fabre- Montpellier)

2016-04-09 14_38_09-PhotoManager (1872×2300)

Achille Cabanel, neveu d’Alexandre, parfois appelé « Cabanel fils » mais qui avait choisi l’usage de son deuxième prénom,  Pierre, pour ne pas avoir les mêmes initiales que son illustre oncle. Fils de François et Suzanne.

Entre 1868 et 1888, il est 17 fois membre du jury du Salon, dont il reçoit la médaille d’honneur en 1865, 1867 et 1878. Il est un des peintres les plus renommés dans l’exécution des portraits et des célébrités (beaucoup de riches bourgeoises, aristocrates et têtes couronnées) accourent de toute l’Europe et des Etats Unis pour être immortalisés par son pinceau. Les collectionneurs américains se ruent sur ses tableaux et lui commandent des portraits. Ennemi des naturalistes et des impressionnistes, en particulier d’Édouard Manet, il est brocardé par Émile Zola et tous ceux qui défendent l’émergence d’un art moins suave et plus réaliste.

2015-07-27 20_05_49-CABANEL Alexandre photo agglo.docx - Microsoft Word

En 1880 il offrira sa composition « Phèdre » au musée de Montpellier en souvenir de la bourse que lui avait accordé sa ville natale, lui permettant de se rendre à Paris et d’accéder au succès.

2016-04-08 15_22_56-Alexandre Cabanel - Phèdre - Alexandre Cabanel — Wikipédia

2016-04-09 14_24_47-Rétrospective Alexandre Cabanel au Musée Fabre de Montpellier

Vue partielle de « Phèdre »

Cabanel eut une production extraordinairement abondante et continue, ininterrompue. Toutefois, il trouvait le temps encore de diriger de nombreux élèves. Il aimait à enseigner : « Je leur donne le meilleur de mon âme et de ma vie ». Il avait ce qu’il faut pour bien instruire, « la foi, l’enthousiasme, l’unité de principes, la passion du juste, le langage vif, pittoresque, affectueux, l’autorité d’un talent reconnu ».

2016-04-08 21_09_26-Dans l'atelier. L'artiste photographié, d'Ingres à Jeff Koons au musée des Beaux

Dans l’espace étroit de cette notice, il n’est pas possible de faire entrer seulement le titre de toutes les peintures d’un artiste aussi laborieux et à ce point occupé. La chronologie de ses œuvres ainsi que la liste des centaines de jeunes artistes qui furent formés dans son atelier et dont la plupart sont devenus célèbres est consultable sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Cabanel

2016-04-08 20_41_36-Le Monde illustré

Malade depuis plusieurs années déjà, les forces l’abandonnent peu à peu. Le 23 janvier 1889, Alexandre Cabanel décède dans son fauteuil en son hôtel de la rue Alfred de Vigny à Paris, entouré de son frère Barthélémy et du couple Saint-Pierre.

Quelques jours auparavant, dit-on, en dépit des affectueuses tentatives de sa nièce Sophie pour l’en dissuader, il avait signé la plupart des dessins restant dans son atelier…les œuvres non signées par le maître ont reçu plus tard une estampille reproduisant ses deux types de signatures.

Son corps a été embaumé et « il repose cravaté de blanc et semblant dormir, sur ce lit dans lequel, depuis si longtemps, il ne trouvait plus le sommeil ». Camille Belanger, dessinera son ancien condisciple de la Villa sur son lit de mort, le croquis est au musée Fabre.

2016-04-08 20_44_03-Le Monde illustré

Une foule immense de plus de deux mille personnes profondément impressionnée, d’élèves, d’amis, d’admirateurs, de personnes représentant l’élite des arts, de la littérature, de la Finance et de la haute société assiste aux obsèques solennelles célébrées en l’église Saint-Philippe du-Roule à Paris. Le président de la République s’était fait représenté par M. Lichtenstein.

Après l’éloge funèbre prononcé par le sculpteur Henri Chapu, membre de l’Institut, les prises de parole des diverses autorités, après qu’au musée du Luxembourg, deux tableaux, La Naissance de Vénus et la Glorification de Saint-Louis, aient été voilés de crêpe noir, le bataillon du 76e de ligne rend les honneurs dus au commandeur de la Légion d’honneur.

Le cortège, immense, a traversé lentement toute la ville, depuis la maison mortuaire, jusqu’à l’église d’abord, puis de l’église jusqu’à la gare de Lyon pour que la dépouille soit transférée vers sa ville natale, selon la volonté de l’artiste.

MM. Gustave Larroumet, représentant le ministre de l’Instruction publique, Chapu, le sculpteur Eugène Guillaume, délégué de la Société des artistes français, William Bouguereau et le peintre Jacques Fernand Humbert, ancien élève de Cabanel, tenaient les cordons du poêle ; six élèves de l’Ecole portaient quelques-unes des couronnes, dont une, anonyme, était composée de roses et de feuillages (celle représentée plus tard sur le monument ?). On remarquait par sa composition, celle de la Société des artistes français et des élèves anglais de Cabanel.

Arrivés devant un wagon tendu de noir, sept nouvelles allocutions sont prononcées Le cercueil, aussitôt après les discours, est placé dans le wagon disposé en chapelle ardente, sur lequel on avait placé les habits d’académicien du maître. De toute part, s’entassaient les couronnes, les gerbes de fleurs, les palmes…

2016-04-08 20_45_01-Le Monde illustré

2016-04-08 20_46_43-Le Monde illustré

Le 28 janvier 1889, la dépouille enfermée dans un triple cercueil orné d’un médaillon en bronze du graveur Jules-Clément Chaplain (dit Jules Chaplain, 1839 – 1909) arrive en gare de Montpellier à 7h19 précises.

2016-04-08 18_04_45-m099400_5d66166_p.jpg (600×600)

La foule est si dense que « la tête du cortège arrivait au Peyrou alors que la gare n’était pas totalement évacuée » relate un chroniqueur. Le corbillard traîné par 4 chevaux caparaçonnés de noir est conduit par les neveux du peintre selon un itinéraire précis : boulevard Ledru-Rollin, Jeu de Paume, église Saint-Denis où sont prononcés l’éloge et l’absoute par Mgr de Cabrières, tandis que les grandes orgues jouent le Piu Gesu de Gevaert et le De profundis en faux bourdon ; puis, la rue de la Saunerie et après un détour au 11 rue Marceau, maison où demeuraient les Cabanel depuis 1880, la Grand-rue et la rue Cardinal (actuelle rue de la Loge), la place de la Comédie, l’Esplanade pour atteindre le musée Fabre, le cercueil est installé sur un catafalque dans la cour.

Le maire Alexandre Laissac, le directeur de l’Ecole des Beaux-Arts Ernest Michel, le peintre Eugène Castelnau, au nom de la Société artistique de l’Hérault, ses anciens élèves et quelques peintres montpelliérains s’associent à une prise de parole pour rendre hommage au maître disparu. Eugène Castelnau rappelle la bienveillance du professeur envers ses élèves natifs de Montpellier.

Enfin, par un temps splendide, « on se rendit au cimetière Saint-Lazare » où le corps fut inhumé dans le caveau de famille appartenant à sa sœur Berthe veuve Rouquette. (S n° 3 du pourtour)

Le 28 mars 1889, Barthélémy Cabanel, le frère du peintre, écrit au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, pour obtenir son intervention auprès des autorités municipales, afin de pouvoir « élever un monument plus digne de sa personnalité…» sur une « place d’honneur pour un des plus glorieux enfants de la Ville de Montpellier. »

Du 22 au 25 mai, la vente de l’atelier Cabanel a lieu à la galerie Georges Petit dont un catalogue garni d’une photographie collée est édité en 653 numéros.

Le 14 juin 1889, par arrêté municipal, la rue Triperie-Neuve à Montpellier prend le nom d’Alexandre Cabanel. Le même jour, le Conseil délibère et accepte le principe de la demande de la famille Cabanel, réservant le choix définitif de l’emplacement à l’examen des plans et des dimensions du monument… tout en regrettant que Barthélémy Cabanel n’aie pas fait une confiance suffisante aux autorités locales et qu’il soit allé rechercher l’appui du ministre.

2016-04-09 22_41_48-CABANEL Alexandre - Word

Projet pour le monument (Archives Municipales Série M Cimetière Saint-Lazare) et photographie réalisée au début du XX° siècle. 

C’est finalement par délibération du 19 décembre 1890 qu’un terrain de 6,25 m² de superficie situé « derrière la Chapelle, au milieu de l’allée centrale » est accordé gratuitement par le Conseil. Le caveau monumental érigé par l’architecte Jean Camille Formigé avec un buste en marbre de Paul Dubois et une sculpture, Regret, d’Antonin Mercié, est terminé en 1892.

2016-04-09 14_25_01-Rétrospective Alexandre Cabanel au Musée Fabre de Montpellier

Une large pierre tombale supporte la sculpture allégorique en marbre blanc de la Peinture offrant des fleurs au buste de l’artiste. Le monument est inauguré par le délégué du ministre des Beaux-Arts, Roger Baller, le maire de Montpellier François Baumel et Ernest Michel, le Conservateur du Musée Fabre.

Alexandre CABANEL (1823-1889 Peintre) (derrière la Chapelle)

IMGP7460-001

IMGP7460

Vue de la tombe d’Alexandre Cabanel (photo MP)

Inscriptions Tombe d'Alexandre CABANEL (derrière la Chapelle)

La dépouille du peintre, membre de l’Institut, Commandeur de la Légion d’honneur, y a été transférée.

Avec Alexandre Cabanel, c’était « plus purement, plus poétiquement beau » (Louis Auvray, Exposition des beaux-arts : salon de 1863)

Sources : Guide Historique du Cimetière Saint-Lazare – séance publique de l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier du 6 avril 2009, par Jean Nougaret – Alexandre Cabanel, 1823-1889 : la tradition du beau – Le Monde Illustré de février 1889 –