CABEUIL Delphine de

CABEUIL Delphine de. Signare ; née en 1835 sur l’île de Gorée (Sénégal), décédée le 25 octobre 1850 à Montpellier. Célibataire. Fille d’Adolphe de Cabeuil et Marie Thérèse de SAINT-JEAN. Inhumée au cimetière Saint-Lazare de Montpellier.

A 15 ans, loin de son pays natal et de ses parents, Delphine de Cabeuil décède à Montpellier, boulevard de l’Hôpital Général chez le Professeur Pourché, chirurgien à la Maison centrale. Son père Adolphe est à Gorée, sa mère Marie-Thérèse de Saint-Jean est à Paris chez sa sœur Mary Valantin. Delphine avait pourtant un avenir prometteur…

Par sa mère, elle est issue d’une micro-société métisse matriarcale : les Signares (déformation portugaise de señora). Maîtresses femmes indigènes, libres et puissantes, parfois plus puissantes qu’un roi, différentes des  autres femmes africaines de l’époque, elles constituent la haute société de l’île de Gorée.

Une habitation à Gorée : Maison d'Anna Colas

Une habitation à Gorée : Maison d’Anna Colas

La Signare Anne Pépin (1747-1837), sœur de son grand-père Nicolas, fille de Jean Pépin, chirurgien-major de l’île et de la Signare Catherine Baudet (elle-même fille de la signare portugaise Caty de Rufisque), bien qu’analphabète comme la plupart des signares, est une redoutable et rusée commerçante en arachide, cuirs, peaux, indigo, spécialisée dans le commerce de contrebande, avec la complicité des gouverneurs anglais ou français, selon. Un de ses amants, le marquis Stanislas de Boufflers (1738 -1815), tombé en disgrâce et « déporté » en qualité de gouverneur du Sénégal et de la colonie de Gorée, témoin privilégié de leur art de vivre somptueux, de leur coquetterie quotidienne, des fêtes dominicales et des danses traditionnelles, réalise des croquis, dont l’un fera l’objet d’une huile sur toile dénommée Ourika.

La nièce d’Anne, la signare Anna Colas Pépin, grand-mère maternelle de Delphine, née en 1787 de Marie Thérèse Picard et Nicolas Pépin, reçoit en 1842, le fils du Roi de France Louis-Philippe Ier, François d’Orléans Prince de Joinville, dans la célèbre et jolie maison rose de style provençal (appelée aujourd’hui Maison d’Anna Colas) héritée de son père, construite sur des terrains achetés au très corruptible commandant Sieur William Lacy. Les petites esclaves, suite grouillante de captives richement parées, y occupent le rez-de-chaussée et la famille, occupée par le négoce de la gomme arabique de l’ivoire et de l’or, les appartements du 1er étage.

Quand Delphine naît en 1835, Dakar n’est qu’un « labyrinthe de rues et d’impasses » au milieu de la brousse et des dunes. En 1846 et 1848, pour remédier au surpeuplement de Gorée et à l’étroitesse de son port, sa grand-mère, représentante du matriarcat métis auprès des autorités françaises et son époux François de Saint-Jean, propriétaire, maire de Gorée, petit-fils du gouverneur Blaise Estoupan de Saint-Jean, demandent la création de la ville nouvelle de Dakar et exigent, avant même l’abolition de l’esclavage, des terres et une aide financière pour leurs ex-serviteurs. Il faudra attendre 1857.

D’Anna Colas et François de Saint-Jean, sont issues plusieurs signares.

L’ainée, Signare Marie Thérèse (1810-1888), mère de Delphine, épouse Adolphe de Cabeuil, propriétaire à Dakar et négociant qui a défriché en pionnier le commerce de Gorée au Rio Nuñez vers 1840. Membre en 1846-1848 du Conseil d’arrondissement de Gorée, « fort court » dans ses finances en 1847, il fait tirer 10 000 francs sur une place de France, fait faillite avec la crise de 1848 et finalement, est recruté comme fondé de pouvoir en 1856.

Mary de Saint-Jean

Mary de Saint-Jean

La signare Mary (1814-1853) vit à Paris pendant les mandats de son époux, Barthélémy Durand Valantin (1806-1864),

Durand Valantin

Durand Valantin

maire de Saint-Louis en 1848, député du Sénégal de 1848 à 1851, fils du négociant marseillais Barthélemy Valantin et de la signare Rosalie Aussenac. Enrichi et peu scrupuleux, notable initié à la franc-maçonnerie, il fréquente le monde artistique et en particulier le peintre de la Marine Édouard Nousveaux, qui les représente dans un tableau visible au château de Versailles.

En 1848, l’abolition de l’esclavage ne marque pas le déclin de Gorée, au contraire, les esclaves affranchis restent sur place et de nombreux autres viennent s’y réfugier. Malgré les épidémies de fièvre jaune ou de choléra, elle est surnommée “la joyeuse”.

De nombreux Européens épousaient les signares à « la mode du pays », c’est-à-dire pour la durée de leur présence, mais, avec les traitements préventifs des maladies tropicales, les Européennes suivent leur époux… et le code civil français a transformé en mineures à vie les filles des fières femmes d’affaires. Le temps des signares sensuelles et parfumées, aux costumes chatoyants, aux coiffures hardies, fantaisistes, monumentales est révolu mais le mythe de leur beauté reste intact.

Un bal des signares à Saint-Louis (gravure de 1890)

Un bal des signares à Saint-Louis (gravure de 1890)

 » Je me rappelle les signares à l’ombre verte des vérandas, les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève… » (L.S. Senghor, Joal).

Signare Delphine, étais-tu comme ça ?

Delphine de Cabeuil est inhumée au cimetière de Montpellier, la tombe a été reprise.

Sources : Jean-Luc Angrand, Céleste ou le Temps des Signares, Edition Anne Pépin, prix de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer 2006.

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