CROUZAT Joseph

Joseph Constant CROUZAT. Général de division d’Artillerie. Commandeur de la Légion d’honneur le 24 décembre 1869, médaillé de la guerre de Crimée. Né 15 septembre 1811 à Montpeyroux (Hérault). Fils de Blaise CROUZAT, négociant et de Magdelaine VILLARS. Célibataire. Décédé le 6 mars 1879 à Montpellier, inhumé au cimetière St Lazare secteur B 6° division N° 8 du 2° rang.

 Préambule : Il ne faut pas confondre notre général avec un militaire homonyme, le général Joseph Crouzat (Sérignan, 25 février 1735 – Metz 25 avril 1825), nommé général le 22 septembre 1793 dans l’Armée du Nord, qui, envoyé en Vendée où il prit le commandement d’une « colonne infernale », obéissait avec une méticulosité extrême aux ordres et participa aux nombreuses tueries qui ensanglantèrent la Vendée, devenant alors l’un des chefs républicains les plus détestés des populations vendéennes. (« Joseph Crouzat » — Wikipédia).

Crouzat

Le général Joseph Crouzat avec ses décorations : cravate de Commandeur de la Légion d’honneur, Médaille de Crimée, de Chine, Croix de guerre…

Joseph Crouzat a tout juste 19 ans lorsque le 4 décembre 1830 il s’engage volontaire dans l’Artillerie. Aussitôt, c’est depuis le port de Toulon qu’il appareille pour l’expédition d’Algérie, les unités d’Artillerie employées là-bas étant détachées des régiments de la Métropole.

Quelques mois auparavant, une flotte de plus de 450 navires partie de Toulon s’était porté devant Alger et l’avait bombardée. 37000 soldats comportant gendarmes, logistique, approvisionnement et vivres, administration et sanitaires, cavalerie, 18 batteries d’artilleries accompagnées de 6 compagnies du train, au total 83 pièces de siège avaient été débarqués sur la plage de Sidi Ferruch. Alger avait été prise le 5 juillet, après des combats difficiles, les Français occupaient Mers-el-Kébir et le 14 décembre les négociations avec les beys du Titteri, d’Oran et de Constantine pour qu’ils acceptent le protectorat de la France s’étaient soldées par un échec.

Les pièces d’artillerie française étaient remarquablement mobiles, et pouvaient se retrouver en tête de colonnes et les canons au plus près des positions aux côtés des premières lignes d’attaque de l’infanterie. Par manque de chevaux, les pièces étaient souvent amenées à bras, mais un attelage à suspension et de nouveaux avant-trains et caissons augmentaient la mobilité et accéléraient la mise en batterie, malgré le manque de pistes carrossables et les déplacements dans les reliefs montagneux. Cette nouvelle expérience conduisit l’Artillerie à faire accompagner les troupes de pièces plus légères, facilement démontables et transportables d’où la mise en œuvre d’un obusier de montagne capable d’effectuer des tirs courbes à courte distance.

Artilleurs de campagne

Artilleurs de campagne

Le soldat Crouzat participe à des combats difficiles et incessants, échappe aux 415 morts du corps expéditionnaire et aux 2160 blessés, mais l’Armée d’Afrique venait de naître et avec elle, l’Artillerie d’Afrique aussi.

Devenu Capitaine, aux côté des troupes Britanniques, il participe à la guerre de Crimée en 1854 pour laquelle il reçoit la Médaille de la guerre de Crimée, destinée à récompenser tous les combattants alliés ayant participé à cette campagne contre la Russie avant le 8 septembre 1855 (date de la prise de Sébastopol).

Avers et revers de la Médaille de Crimée (source wikipedia)

Les médailles anglaises furent gravées sur la tranche (nom, grade et corps d’appartenance) et les Français reçurent la médaille non gravée mais purent le faire par la suite. Les médailles furent attribuées avec les agrafes de campagnes fixées à la médaille, en conséquence, lorsque plusieurs seront attribuées à un même titulaire, les suivantes sont à leur tour fixées au-dessus de l’agrafe supérieure existante. Les agrafes de Joseph Crouzat portent les noms de Sébastopol,  Mer d’Azoff et Inkerman.

Nommé Chef d’escadron en 1857, il part pour l’Extrême-Orient pour participer aux opérations de Cochinchine (Campagne de Chine) à partir de 1860. A 50 ans, pendant cette campagne de Chine, nommé lieutenant-colonel du corps de l’Artillerie, il participe activement de février à mai 1861, aux opérations de guerre exécutées dans la région de l’actuel Saigon à l’embouchure du fleuve qui forme le large estuaire dans la mer de Chine où le pavillon du commandant en chef battait sur la frégate « Impératrice Eugénie ».

Conquête de l’Indochine (source atlas-historique.net)

Léopold Augustin Charles Pallu de La Barrière  [Espace tradition/Ecole navale]

Léopold Augustin Charles Pallu de La Barrière
[Espace tradition/Ecole navale]

Léopold Augustin Charles Pallu de La Barrière (1828-1891) lieutenant de vaisseau dans l’escadre des mers de Chine et futur vice-amiral, commande alors une Compagnie d’élite de 100 gabiers, chargée de frayer le passage des colonnes d’assaut. Dans l’Histoire de l’expédition de Cochinchine en 1861, il a relaté les faits d’armes du lieutenant-colonel Crouzat, prouvant son courage, son ingéniosité et la nécessaire interaction des différents corps d’Armée :

« Crouzat avait sous son commandement l’artillerie de siège et l’artillerie de campagne. Les pièces débarquées de leurs navires (l’Avalanche, le Sham-Rock, la Renommée, Fou-yen-mot) conduites aux pagodes furent hissées sur des plates-formes construites en 7 jours et approvisionnées de munitions à 100 coups. La pagode Barbet reçut de 3 obusiers de 80 et 2 chevalets pour fusées de siège de 125 mm ; la Pagode des Clochetons, 4 canons de marine de 30, rayés ; la pagode de Caï-maï, 1 canon rayé de 30 et 1 obusier de 80. Une 1° reconnaissance du terrain, commandée et dirigée par le lieutenant-colonel Crouzat, donna la certitude que le seul débouché praticable pour l’artillerie se trouvait en avant et à gauche de Caï-maï, qu’il aboutissait à un terrain ferme, situé à environ 1000 mètres des lignes ennemies.  Les travaux indispensables pour aplanir ce débouché furent exécutés par un détachement du Génie et la compagnie de « l’Impératrice Eugénie »  sous un feu  assez gênant mais qui ne toucha personne. Plus tard, pour prendre un fortin, l’artillerie eut plusieurs chevaux ou mulets tués ou blessés. Elle avait manœuvré dans des terrains difficiles, semés de fondrières et de puits, coupés de fossés, barrés de pans de murs; ces accidents de terrain, bon pour les tirailleurs, étaient détestables pour les pièces montées de l’artillerie dont le recul n’était pas facile : un affût de pièce de 12 fut cassé, 2 têtes de boulons sautèrent, une vis de pointage fut faussée. La batterie de 12 remplaça son affût cassé, remis les boulons sautés, mais ne parvint que très difficilement à redresser sa vis de pointage. Crouzat note : « il est à souhaiter que pour demain, 12 février 1861, qui nous promet une affaire beaucoup plus sérieuse, le terrain fut meilleur. » Le lendemain, l’artillerie tira 228 coups de montagne, 146 de 4, 128 de 12, et lança 80 fusées. La nature des obstacles, qui étaient en bambou et en terre, ne permettait pas d’espérer qu’on pût y faire brèche, soit en les incendiant, soit en les bouleversant. Le tir des pièces permit à l’Infanterie d’opérer son déploiement et d’arriver en position. Le génie pratiquait des brèches dans les parapets pour le passage de l’artillerie dont les munitions étaient renouvelées depuis Caï-maï et tirées des bâtiments servant de poudrière « Rhin et Loire » mouillés devant Saïgon. La technique du lieutenant-colonel Crouzat permit à l’armée de remporter la victoire sur les Annamites qui avaient l’avantage : le soleil était dans les yeux de l’armée française : établie à 1000 m, ayant déjà supporté des pertes en hommes et en chevaux, une roue de caisson avait volé en éclats. Il fit porter ses pièces par des élans rapides et brillants à 500 m, puis à 200 m, parvint à diminuer l’infériorité notable causée par le soleil, dont les rayons étaient presque horizontaux. De là il fit tirer à mitraille. Les Annamites se retirèrent et Crouzat écrivit : « l’Artillerie avait le soleil dans les yeux, elle combattait dans des conditions défavorables. Le combat avait prouvé que les annamites supportent bien ces engagements à longue portée et que leurs ouvrages faits de terre et de branchages, sans grand relief, ne s’éboulent ni ne se dégradent par les boulets, que fort peu par les obus. Tout cela n’est bon que pour des murs solides. »

L’Artillerie et l’Infanterie en Cochinchine

L’Artillerie et l’Infanterie en Cochinchine

Le lieutenant-colonel Crouzat sera décoré de la Médaille de l’Expédition de Chine.

Médaille commémorative de l’expédition de Chine (1860) (source wikipedia)

A 57 ans en 1868, il est promu Colonel au moment même où l’Artillerie est révolutionnée par l’emploi des canons rayés. En bon pédagogue, le colonel Crouzat s’emploie à rédiger à l’attention des officiers de batteries « quelques mots sur les moyens les plus pratiques à employer pour conserver, faire durer et conduire une batterie de campagne ».

Enfin nommé Général de Brigade en 1870, puis de division, il rédige divers manuels d’instruction pour les officiers « les canons rayés de l’armée de terre en 1870 et leurs effets en rase campagne et dans les sièges, exposition concise et pratique à l’usage des officiers de toutes armes », il rédigera également Les places fortes et les camps retranchés (1872), La guerre et la défense nationale, le 20° corps à l’armée de la Loire (Zouaves), et Batteries de guerre, soins et conduite en campagne (1873).

Le général THORNTON

Le général THORNTON

En 1870, le Général d’Artillerie commande le 20° corps à l’Armée de la Loire, soit 30.000 hommes, pendant la guerre franco-prussienne. Il est présent le 26 novembre 1870 au grand bourbier de Beaune-La-Rolande où les Allemands se sont fortement retranchés. Le général Crouzat hésite à bombarder « une ville française », ce qui aurait été la seule solution pour annihiler la résistance et ouvrir une brèche vers Paris. Il attend l’arrivée des troupes du 18e corps commandé par le général Billot, pour lancer une attaque générale, mais le général Billot a beaucoup de mal à assurer son aile droite. Il reçoit l’aide du général Thornton, qui combattait avec les 2° et 3° bataillons de zouaves sur un terrain planté d’arbres fruitiers et de vignes.

Depuis leur retranchement, les Prussiens, suivant leur tactique habituelle, couvraient de feu l’espace qui les séparait des Français. Ordre est donné de déloger les Prussiens des maisons qu’ils occupent et, pour précipiter le mouvement, de déposer les sacs à terre. Les jeunes zouaves obéissent et, avec un entrain remarquable, s’élancent, gagnent quelques centaines de mètres sans se laisser arrêter par les pertes cruelles qu’ils subissent. Ils parviennent à pénétrer dans 2 maisons et à repousser l’ennemi Prussien, ils ne sont plus qu’à quelques 300 mètres de la ville et préparent la voie au reste du régiment. … Les projectiles labourent le sol autour d’eux. Le général Crouzat cependant, leur demande un dernier effort : « La bataille est perdue, sans doute, mais il faut assurer le salut de l’armée »… Tous, baïonnette en avant, se ruent sur le faubourg de Beaune-la-Rolande. Toujours retranchés, les Prussiens avaient vu depuis leurs abris, s’avancer les Français. Quelques-uns de leurs soldats qui, pendant les années de paix, étaient venus en France chercher leurs moyens d’existence ou édifier leur fortune, qui avaient été reçus en amis dans les familles françaises et avaient appris à parler notre langue, crièrent : « En avant les zouaves ! » et répétèrent les commandements des officiers français. Incapables de reconnaitre et de discerner à travers les fumées et les bruits de la bataille l’origine de ces cris, les zouaves s’élancèrent avec entrain et ardeur. A 50 pas, quand ils croient toucher au but, la colonne est littéralement fauchée avec à sa tête le général Boisson. La retraite sonne, les zouaves se trouvent diminués de moitié, mais les ennemis n’osent pas les poursuivre. Leur dévouement a assuré la retraite de l’armée.

Les 18e et 20e corps, sous le commandement supérieur du général Crouzat, commencent la manœuvre et attaquent le Xe corps de Von Voigts-Rhetz, solidement retranché dans Beaune.

Les 18e et 20e corps, sous le commandement supérieur du général Crouzat, commencent la manœuvre et attaquent le Xe corps de Von Voigts-Rhetz, solidement retranché dans Beaune.

Le Prince Friedrich Carl arrive avec des renforts, Crouzat doit se retirer avec de lourdes pertes : 3000 tués dont Frédéric Bazille et 1600 hommes faits prisonniers.

Monument de la bataille du 28 novembre 1870 à Beaune-la-Rolande, route de Ladon

Monument de la bataille du 28 novembre 1870 à Beaune-la-Rolande, route de Ladon

Monument du 20e corps d’armée à Beaune-la-Rolande (source http://www.loire1870.fr)

Monument allemand de Beaune-la-Rolande, inauguré le 20 octobre 1905

Monument allemand de Beaune-la-Rolande, inauguré le 20 octobre 1905

En 1871 le général Crouzat devient Gouverneur militaire de Lyon. En 1873, après 49 ans de service, 40 campagnes, 6 blessures et 6 citations à l’ordre de l’Armée, il prend enfin une retraite bien méritée à Montpellier, ville à laquelle il lègue pour le Musée Fabre, une collection d’objets chinois recueillis pendant la campagne de Chine en 1860 (Dictionnaire de Biographie Héraultaise).

Fait Commandeur de la Légion d’honneur, il décède chez lui 3 rue Montcalm, le 6 mars 1879, à Montpellier, et est inhumé au cimetière Saint-Lazare dans le caveau de sa sœur Félicité (épouse Sabatier), avec cette épitaphe : « Honneur et Patrie était sa devise, Priez pour lui ».

Sépulture du général Crouzat au cimetière Saint-Lazare [ photo asso. MP]

Sépulture du général Crouzat au cimetière Saint-Lazare
[ photo asso. MP]

Détail de la stèle [photo asso. MP]

Détail de la stèle
[photo asso. MP]

Sources :Histoire de l’expédition de Cochinchine en 1861, Léopold Augustin Charles Pallu de la Barrière ; Histoire de la guerre franco-allemande 1870-71, Amédée Le Faure, 1875 ; Le combat de Beaune-la-Rolande d’après « La Guerre de 1870-71 : histoire politique et militaire», Alfred Wachter, 1873.

Le site : http://www.loire1870.fr/index2.html

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