CABANEL Benjamin (Mgr)

Joseph Gilles Benjamin CABANEL. Abbé, Chanoine, Aumônier au Lycée de Montpellier, Aumônier militaire, prêtre soldat, Curé de Notre-Dame des Tables (Montpellier). Grand officier de la Légion d’honneur, 9 citations à l’Armée, Croix de guerre, Médaille des blessés. Né le 1er septembre 1867 à Bédarieux (Hérault), décédé le 7 février 1940 à Montpellier. Inhumé au cimetière Saint-Lazare de Montpellier (Section AF, 7° division, N° 3, du 1° rang).

L'abbé Cabanel, février 1915, aumônier de la  66° div., Husseren-Wesserling (68)

L’abbé Cabanel, février 1915, aumônier de la 66° div., Husseren-Wesserling (68)

Personnage hors du commun sans aucun doute, témoin actif du courage de la France qui se bat durant la première Guerre mondiale: « Il faudrait avoir le style de Dante pour graver dans l’airain des mots, ce chapitre de l’infernale tragédie » (Mgr Cabanel, 1915).

C’est dans la maison située rue des Asiles à Bédarieux, le dimanche matin 1er septembre 1867, que Sophie Jeanjean accouche d’un garçon robuste et vigoureux : Joseph Gilles Benjamin. Sur le berceau du nouveau-né se penchent ses aînés, Anaïs Lucie 12 ans, Pierre Théodore Marius 8 ans, et Cécile Valérie, 3 ans. Le nouveau-né a bien choisi son heure : tout près de là, les cloches de l’église Saint-Alexandre carillonnent à toute volée. Comme des messagers elles annoncent qu’un enfant de Dieu est né et c’est le cœur plein de joie et de fierté que le père, Pierre Joseph Cabanel, 39 ans, originaire de Saint-Crépin (Aveyron), professeur de musique et organiste, se rend à la messe dominicale.

La famille Cabanel, agrandie, aménage rue de l’orphelinat, puis place du pavillon. Les enfants grandissent, Théodore a entrepris des études de médecine. Mais le temps du bonheur est de courte durée, la grande faucheuse emporte Théodore d’abord en 1880, Valérie en 1882 et leur père, Pierre Joseph en 1883. L’année de sa « classe » en 1887, Benjamin Cabanel, étudiant ecclésiastique, n’est pas incorporé en tant que « fils de veuve » et le 30 mai 1890 à 22 ans, il est ordonné prêtre. Dès 1897, il réside à Montpellier 17 rue de la Saunerie, de 1900 à 1914 il est aumônier au Lycée de Montpellier.

Le 1er août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie et par le jeu des alliances, le gouvernement français décrète la mobilisation générale le même jour à 16 h. Dès le lendemain, Benjamin Cabanel se porte volontaire, il a 47 ans.

souvenirs dun aumonier

En tant que prêtre, il dépend de l’évêché, en tant que soldat, du service de Santé des Armées. Affecté sur le front d’Alsace, aumônier chef titulaire de la 66° division des Chasseurs Alpins, il est incorporé dans un groupe de brancardiers. Sous une pluie de projectiles, la soutane noire et la croix réglementaire d’aumônier sont ses seules armes. On le voit partout, sillonnant le champ de bataille pour secourir les blessés et absoudre les mourants. Aux côtés de ses enfants du 66°, le 17 août, il participe aux rudes combats de Zillisheim près de Mulhouse, en septembre à ceux de Lesseux, d’octobre à novembre à la prise de la Tête du Violu et aux combats de Steinbach, ce qui lui vaut le 17 novembre 1914 d’être cité une première fois à l’ordre de l’Armée : « A fait preuve des plus belles qualités d’abnégation, de courage et de dévouement aux blessés, auxquels il a prodigué, tant à l’ambulance que dans les tranchées, le secours de son assistance que de ses consolations ». Il recueillera ainsi 9 magnifiques citations dont 6 antérieures à la Légion d’honneur.

Citation Mgr Cabanel

Dès la fin de 1914, nommé chasseur de 1° classe et aumônier général de la 7° Armée d’Alsace, le général Joffre le fait chevalier de  la Légion d’honneur au front, sur le champ de bataille, le 20 janvier 1915 : « S’est fait remarquer par sa conduite et son dévouement dans tous les combats depuis le début de la campagne. Exerce l’action la plus bienfaisante et la plus entraînante par sa foi patriotique. Vient de se signaler à nouveau par son courage en allant visiter les tranchées et soigner les blessés au milieu d’un violent bombardement ».

En mars 1915, on se bat sérieusement en Alsace. Toujours avec ses braves petits chasseurs de la 66° il combat dans les Vosges à Sudelkopf et sur l’Hartmannswillerkopf, un éperon rocheux surplombant la plaine d’Alsace du Haut-Rhin, rebaptisé Vieil-Armand par les poilus. Forteresse stratégique âprement disputée, à 7 km de Thann et 6 km de Cernay, c’est là que passe la ligne séparant la partie de l’Alsace redevenue française dès 1914 et celle reprise par les troupes allemandes. « Je vois encore, à la côte 425, au- dessus de la petite ville de Cernay, en Alsace, une tranchée pleine de boue et dans laquelle il fallait à tout prix rester. Visitant ses enfants, l’aumônier devait donner l’exemple. Je m’enfonçai donc dans la boue avec eux. Tout à coup, un obus arrive. Mon voisin de droite roule au fond de la tranchée. Nous le relevons, nous essuyons son visage. Il était entièrement recouvert de boue. Il était dans un tel état que je ne pus m’empêcher de m’écrier : Oh! Mon pauvre enfant ! » (Mgr Cabanel).

carte Alsace 1418

hartmannswillerkopf

Poste de secours près du Hartmannswillerkopf après bombardement, 1915

 Mitrailleurs allemands au Hartmannswillerkopf

Mitrailleurs allemands au Hartmannswillerkopf

 Hartmannswillerkopf, aujourd’hui (source : Wikipedia)

Hartmannswillerkopf, aujourd’hui (source : Wikipedia)

 En janvier 1915, les uniformes qui équipent nos soldats sont encore ceux de la guerre de 1870, la couleur beaucoup trop visible des pantalons (rouge garance) constitue une cible commode pour l’ennemi. Le service de l’Intendance va distribuer aux soldats français une nouvelle tenue. La nuance kaki a été prise par les Anglais, le gris par les Allemands, le gris-vert par les Italiens, la couleur neutre choisie par les Français est un bleu clair dit Bleu Horizon qui servira pour les uniformes de toutes les Armes.

tranchees« Aux Armes pour Dieu et la Patrie »

De juin à Juillet 1915, aumônier au 3° Bataillon de chasseurs à pied, en Artois à Notre-Dame de Lorette, un des champs de bataille les plus disputés et les plus meurtriers du front occidental, il est le témoin admiratif du courage des « Poilus », note au jour le jour, parfois heure par heure, les visions d’horreur des tranchées :

« La guerre actuelle semble avoir reculé les bornes connues de la souffrance humaine et demandé à des foules d’hommes une somme d’héroïsme et d’abnégation qui paraît incompréhensible, presque invraisemblable, à ceux-là mêmes qui en sont témoins. Comment peuvent donc s’en faire une idée ceux qui sont loin, qui ne voient ni n’entendent ?… ceux pourtant au profit desquels ces hommes souffrent, luttent et meurent. Ces pages écrites au soir des batailles, toutes frémissantes encore des horreurs et des beautés de ces luttes surhumaines où une telle force d’âme s’allie à une résistance physique vraiment insoupçonnée, ont du moins le mérite d’être plus proches de la réalité. Des parents, des amis de ceux qu’elles voudraient glorifier, ont désiré les conserver ».

Abbé Cabanel

Ces feuillets de campagne seront réunis en un article dans une revue sous le titre « Avec les Diables Bleus » parue à la Noël 1915. Mgr Cabanel précise :

« Vieilles déjà de quelques mois, leur actualité, cependant, demeure entière, le champ de bataille restant le même : même lieu de péril, même spectacle de désolation, même école du sacrifice, même exemple vivifiant des plus hautes vertus. Puissent-elles faire aimer davantage ceux qui peinent, qui combattent, ceux qui pèsent le poids lourd de l’horrible guerre et leur valoir encore plus la reconnaissance et l’admiration de ceux qu’ils défendent. »

Les aumôniers de Husseren-Wesserling (1916) : l'abbé Cabanel et le pasteur Monnier

Les aumôniers de Husseren-Wesserling (1916) : l’abbé Cabanel et le pasteur Monnier

 En 1916, chargé d’âmes au 7ème Bataillon territorial de Chasseurs Alpins, commandé par le Chef de Bataillon Georges Chicotot, il est à nouveau cité à l’ordre de l’Armée le 4 juillet par le général Etienne de Villaret, commandant la 7° Armée. 7e BTCA

Du 25 juillet 1916 au 15 septembre, il est présent sur le champ de bataille du côté de Soultz dans les Vosges, théâtre de combats affreux et sanglants. Mgr Cabanel et Chicotot y font élever, une chapelle en bois, très simple, ‘Notre Dame de la Victoire’ appelée Chapelle Sicurani en hommage et à la mémoire de ce capitaine et de tous ses camarades français morts au champ d’honneur.

chapelle Sicurani

La chapelle Sicurani : Actuellement, une association entretient et restaure cette modeste chapelle ainsi que le monument élevé par les Allemands sur le versant allemand de la même montagne, l’Ehrenfriedhof, Cimetière transféré du 99ème LIR (Landwehr Infanterie Regiment).

 chapelle Sicurani 2

En 1917, toujours sur la ligne du front, il est au côté des « Diables bleus » à la Bataille de la Somme à Cléry et à Sailly-Saillisel où son dévouement aux soldats et son esprit de sacrifice forcent l’admiration de tous ceux qui l’ont vu à l’œuvre, de jour comme de nuit, visitant sans relâche les tranchées, soignant les blessés au milieu des bombardements, se signalant aux premières lignes principalement les jours d’attaque, allant jusqu’à leur apporter des gâteries, distribuer des paquets de tabac, de l’argent de poche et parfois, pour mieux supporter la puanteur inexprimable des tranchées, de l’eau de Cologne qu’ils acceptent avec reconnaissance. «Tout le monde le connaissait et les plus malins faisaient plus d’un détour pour se trouver sur son passage, certains qu’ils récolteraient, avec de bonnes paroles et de bons conseils, une belle pièce de 5 francs. Pour ses Poilus, l’abbé Cabanel se serait mis sur la paille.» (L’Esprit du Cor, 1919).

Il reçoit deux blessures, dont une très grave : le 9 avril 1917, il est intoxiqué au Chemin des Dames. Il reçoit la médaille des Blessés et cité une nouvelle fois à l’ordre du Bataillon le 19 septembre1917 : « Il n’a cessé d’accorder sa sollicitude paternelle à tous sans exception, officiers, sous-officiers, caporaux et chasseurs du bataillon, et de leur donner des preuves de son inaltérable affection. Par des paroles enflammées du plus pur patriotisme et débordante des plus consolants espoirs, a contribué même dans les instants les plus critiques à maintenir élevé le moral de tous. »

Tranchée au Chemin des Dames

Tranchée au Chemin des Dames

Abbé Cabanel 2Sur sa soutane sont cousus 5 chevrons, 5 trophées de guerre qui témoignent du temps passé au front, au plus près de l’apocalypse : 1 an pour le premier, 6 mois pour les suivants. Il suffit de compter : 3 ans ! Avec ces 5 chevrons, la photo date d’août 17, Février 18 au plus tard. On remarque la croix d’aumônier, celle de la Légion d’honneur et la croix des blessés.

Handicapé par sa blessure, pour laquelle il percevra une pension d’invalidité définitive à 100%, il doit abandonner le front et ses enfants. Il reçoit alors la mission de connaître et renseigner le clergé alsacien en Alsace occupée, car mieux que quiconque, il avait compris qu’il fallait à tout prix la paix religieuse pour mener à bonne fin la guerre nationale : « Comme elle était belle, cette union de la tranchée sanglante! Là, catholiques, protestants, israélites étaient unis. Là, riches et pauvres, gentilshommes et fils d’ouvriers constituaient la famille de la France. Tous étaient unis, gardant soigneusement à l’égard les uns des autres l’attitude respectueuse qui convenait ».  (Mgr Cabanel)

Le 17 septembre 1917, il est envoyé par le Haut-Commissaire de la République française en mission de 2 ans aux Etats-Unis, afin de recueillir des fonds nécessaires à la reconstruction des églises dévastées de France. Grâce à ses talents d’orateur, il donne des conférences de villes en villes où il démontre à nos alliés la grandeur de la cause française, dissipe beaucoup d’équivoques et fait comprendre la question d’Alsace-Lorraine. Il parle partout aux catholiques, aux non catholiques, aux israélites, s’efforçant de faire aimer la France. La ville de San Francisco l’honore du titre de citoyen honoraire et lui offre le sceau de la cité gravé sur une médaille d’or ainsi qu’une riche bannière étoilée. Les Universités américaines de Columbia et Baltimore lui confèrent leur doctorat et le diplôme de «Master of Arts» lui est remis lors d’une cérémonie émouvante.Abbé Cabanel 3

En 1920, il se rend également, pour les mêmes raisons, en Angleterre. Il n’est libéré de cette mission que le 24 juin 1920, après avoir reçu la Croix de guerre et le 16 juin 1920, la croix d’Officier de la Légion d’honneur des mains du Maréchal Foch au titre de la commission Fayolle (Conseil Supérieur de la Guerre) : « La rosette d’officier lui a été remise sur une place de Strasbourg, par le maréchal Foch qui avait tenu lui donner ce témoignage public de sa haute estime » (Journal La Croix). Il est également nommé officier de l’ordre du « British Empire » : « Il ne s’est pas contenté de rendre à la cause française les plus distingués services, durant sa mission aux Etats-Unis ; mais il a été un véritable apôtre d’union entre la France, les Etats-Unis et l’Angleterre ».

En 1921, revenu à Montpellier, où il réside 35 avenue Bouisson-Bertrand, il est nommé curé de Notre-Dame des Tables et chargé de mission auprès des Chevaliers de Colomb (ordre de laïcs catholiques engagés dans la célébration de la foi, de la famille et de la fraternité, leur premier principe étant la charité). La terrible guerre est terminée, mais pas ses conséquences. Notre abbé met toute son énergie à aider « Ses petits chasseurs de la 66°», compagnons de souffrance et des heures sombres, restés à jamais dans son cœur. Il devient le principal bienfaiteur de l’œuvre d’entraide « l’Alsacienne » destinée à soulager les nombreuses infortunes des familles de chasseurs, grâce à la générosité patriotique de nombreux donateurs : en effet, la marraine de la Division est Madame la baronne Henri de Rothschild et le parrain André Citroën. A la même époque, Mgr Cabanel devient aussi Directeur des œuvres d’hommes (centres d’hébergement). Il travaille ferme et écrit : « Je viens d’acheter une maison où j’établis une crèche pour les enfants pauvres avec les sœurs de St Vincent de Paul, un cabinet de consultation pour les pauvres avec médecin et chirurgien, une école ménagère pour les filles pauvres et un patronage pour les petits garçons. Depuis que je suis à Notre-Dame, j’ai déjà dépensé 550.000 Francs pour les œuvres. Voyez que je fais bon usage de mes revenus. »

Signature de Mgr Cabanel

Signature de Mgr Cabanel

Alors qu’il remplit toutes les conditions requises par la loi du 28/12/1923 pour être promu au grade de Commandeur de la Légion d’honneur, pensant que ce grade lui sera automatiquement attribué, ce n’est qu’en octobre 1930 qu’il fait valoir ses droits. En février 1932 il est honoré du grade de Commandeur de la Légion d’honneur. « Parmi les récentes promotions dans l’Ordre de la Légion d’honneur, nous relevons avec un vif plaisir celle de Mgr Cabanel, protonotaire apostolique, curé doyen de Notre-Dame des Tables de Montpellier, qui reçoit la cravate de commandeur. C’est la consécration d’une longue carrière sacerdotale. » (Journal La Croix).

Sa ville, Montpellier, n’est pas en reste. En 1933 il offre au carillon de l’église Notre-Dame des Tables, la plus petite de celles qui sont aujourd’hui dans le clocher dont l’inscription est la suivante :

« L’an 1933, Pie XI régnant, cette cloche a été bénie par Monseigneur Gabriel Brunhes, Évêque de Montpellier. J’ai été offerte par Monseigneur Gilles, Joseph, Benjamin CABANEL, curé. Je suis l’aînée de mes cinq autres sœurs qui chanteront avec moi les gloires de Marie. Je m’appelle : NOTRE DAME DES TABLES. »

En 1936, il choisit le 11 novembre, date chère à son cœur et hautement symbolique, pour recevoir les insignes de Grand Officier de la Légion d’honneur.

A la même époque, Mgr Cabanel, se porte acquéreur du château de Fayet et de son domaine, situés à proximité de l’abbaye cistercienne de Sylvanès et du château féodal de Montaigut, à l’aide d’un don anonyme d’un million. Il y créé un orphelinat dirigé par des religieux de la congrégation des Salésiens (œuvre de Saint Jean de Bosco), qu’il installe dans les dépendances et qui deviennent légitimes propriétaires lors de son décès, abritant ensuite une colonie de vacances.

Infatigable, homme de cœur animé d’une foi patriotique profonde, il devient Vice-président de la PAC (Prêtres Anciens Combattants) de l’Hérault, aumônier diocésain des cheminots et Mgr Mignen le nomme Chanoine titulaire-doyen de Notre Dame des Tables.

 On peut penser que cet homme de foi et de dévouement connaîtra avec une immense douleur le début de la deuxième guerre mondiale le 1er septembre 1939. Il a vu, il sait.

télégramme décès Mgr CabanelEnfin, le 7 février 1940, à Montpellier, dans son église rue de l’Aiguillerie, Mgr Cabanel rejoint ses frères d’armes au Paradis des héros, « à la suite d’une douloureuse maladie que depuis des mois il essayait de surmonter avec une souriante énergie. »

Le journal La Croix raconte :

« La levée de corps a été faite par M. le chanoine Raffit, archiprêtre de la cathédrale et ce fut à travers les rues étroites de la Ville un inoubliable cortège qui, toute autre circulation interrompue, gagna la place de la Comédie pour rejoindre Notre-Dame des Tables.

Congrégations religieuses, écoles libres, collèges, pensionnats, orphelinats, patronages, hospitaliers de St Roch, Confrères de St Vincent de Paul, Croix Rouge, anciens combattants précédaient les prêtres anciens combattants devant le corbillard où reposait dans un simple apparat le regretté défunt dont le drapeau tricolore et les insignes de la prélature recouvraient le cercueil. Y assistaient les chanoines Maubon et Granier.

Un détachement du 28° Génie dont les clairons avaient sonné « Aux Champs » escortait le char funèbre.

M. le Préfet Monis, les généraux Hanotte et Muratet, le professeur Turriere faisant fonction de Maire, le Président du Conseil Général, le 1° président, le Procureur général, le recteur Pariselle, une foule d’officiers, professeurs de faculté, … lui faisaient cortège parmi un quadruple rang d’assistants respectueux et émus.

Le généralissime Gamelin avait envoyé un télégramme de condoléances.

Après la messe de funérailles, célébrée par M. l’archiprêtre Raffit, Mgr Brunhes, assisté des vicaires généraux Rouquette et Barthelemy, donna l’absoute, non sans avoir du haut de la chaire drapée de deuil, évoqué la physionomie du prélat en la chère église que le Pape venait de déclarer basilique en novembre dernier.

Figure de noble prêtre-soldat que les honneurs signalèrent à l’attention de la France et de plus d’un autre pays. Mais plus encore, figure de prêtre zélé et délicat qui, jusqu’à la fin, garde une extrême jeunesse de cœur, jeunesse d’âme, en tant d’entreprises où  sa ténacité inlassable voulut réussir, où sa charité aimable se fit conquérante.

Mgr CABANEL repose aujourd’hui dans un caveau de famille. Il survivra dans ses œuvres car il a fait une grande part aux pauvres et aux orphelins. »

 

Caveau de la famille Cabanel au Cimetière Saint-Lazare

Caveau de la famille Cabanel au Cimetière Saint-Lazare [photo Ass. MP]

1° Mgr Ruch, évêque de Strasbourg, qui pendant la guerre était en quelque sorte l’évêque de l’armée a déclaré :

« De tous les services que les prêtres ont rendus à la Patrie, le plus grand fut de demeurer fidèles à leur vocation sous l’uniforme… Beaucoup avouent qu’ils devront s’imposer de généreux efforts, soit pour se draper de nouveau dans la dignité sacerdotale, soit pour redevenir pleinement des hommes d’étude et d’oraison, soit pour célébrer dignement le Saint Sacrifice et reprendre tous les actes de leur ministère. …

Les prêtres-soldats rendirent aux aumôniers officiels les plus importants services. Je suis heureux de leur rendre ce témoignage: sans leur concours, notre ministère aurait été souvent stérile, toujours insuffisant… Les prêtres-soldats, admirables de dévouement, de vaillance et de zèle apostolique, s’offrirent pour être nos auxiliaires. Leur situation officielle était fausse, très difficile parfois. Ils devaient garder l’uniforme, ils n’étaient reconnus qu’en fait et non en droit. Aucun avantage ne leur était accordé; au contraire ils assumaient des fatigues supplémentaires, des travaux écrasants, ils vivaient plus que personne dans la zone du danger et de la mort. C’est vers ces soldats-aumôniers, vers ces vicaires d’élite que se portent surtout ma reconnaissance et mon admiration…Nul, à mon avis, ne fit plus de bien et nul n’acquit plus de mérites.»

2° Le clergé pendant la guerre de 14-18 :

Clergé séculier : 23.076 mobilisés, 3.101 morts, 11.799 cités à l’ordre du jour, et 7.751 à la fois cités et décorés.

59 ordres religieux différents ont fourni à l’armée française 9.271 hommes, dont 1.504 morts, 4.186 cités à l’ordre du jour et 2.613 décorés en même temps que cités.

Gilda Vicart, Conservateur des cimetières de la ville de Montpellier

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