DRAP Arnaud

DRAP Arnaud, citoyen domicilié à Montpellier en Brumaire de l’An 3 de la République une et indivisible.

Transcription des procès-verbaux faisant office de déclaration de décès (références : Archives départementales de l’Hérault, cote 3E 177/324, 33° feuillet).

Héros malgré lui d’un scénario dont le titre aurait pu être : « L’homme à la chaussure rouge ».

Genre : prose administrative

Auteur : Belmond, juge de paix à Montpellier

Lieux :

Scène 1 : aqueduc des Carmes Porte de la Blanquerie & maison du citoyen Brunet

Scène 2 : maison rue Saint-Sacrement, Isle Rosely numéro 270.

Les acteurs par ordre d’apparition : Belmond, juge de paix – Louis Gas, (remplaçant) juge de paix, officier de police de sûreté de Montpellier, arrondissement de police deuxième division, district de Montpellier, département de l’Hérault – citoyen Vernhes, greffier d’office (remplaçant du greffier ordinaire) – citoyens Joseph Vialla et Marcel Dessalles, témoins – citoyen Joseph Fages, officier de santé et expert médico-légal – Antoine Bertrand et son fils Jean Pierre Bertrand, découvreurs chargés de l’entretien de l’aqueduc – citoyen Pierre François Vialla, travailleur et témoin – citoyen Michel Sabatier, cordonnier ci-devant rue du Saint-Sacrement, témoin – Baptiste Piron, témoin – citoyenne Magdelaine Bonnet, fille de soin du citoyen Drap Arnaud.

 « L’An troisième de la République française et le dix-neuf Brumaire [dimanche 9 novembre 1794] nous avons enregistré le verbal dont la teneur suit, vu l’article premier du titre de la loi du 16 septembre mil sept cent nonante un et attendu ma maladie que depuis plus de deux mois me prive de l’exercice mes fonctions, j’ai prié Gas Juge de paix de faire aujourd’hui une dépose pour moi au sujet d’ossements trouvés à la porte de la Blanquerie de Montpellier le treize Brumaire an 3 de la République une et indivisible [lundi 3 novembre 1794],  Belmond juge de paix signé :

Ce jour d’hui, treize Brumaire An 3 de la République française une et indivisible, par devant nous Louis Gas, juge de paix officier de police de sureté de Montpellier arrondissement de police deuxième division district de Montpellier département de l’Hérault, 3 heures de l’après-midi, sur l’avis à nous donné par la clameur publique que l’homme chargé de nettoyer l’aqueduc qui conduit l’eau aux fossés servant de glacis au dehors de la porte de la Blanquerie, avait trouvé dans ledit aqueduc  des ossements d’un cadavre, nous nous y sommes transportés et sur ce que nous avons vu que l’endroit où étaient les ossements du cadavre d’un individu était dans l’arrondissement des Carmes ; avons fait avertir le citoyen Belmond juge de paix dudit arrondissement lequel étant attendu qu’il est atteint d’une maladie qui le prive de ses fonctions, en a fourni sa déclaration en date de ce jour d’hui, par laquelle il le prie de faire la dépose convenable et nécessaire relativement au dit cadavre. En conséquence déferrant à la prière du citoyen Belmond juge de paix avons pris et nommé pour Greffier d’Office le citoyen Vernhes en l’absence de notre greffier ordinaire lequel moyennant le serment par lui prêté a promis et juré de bien et [fidellement] remplir ses fonctions, de suite nous nous sommes transportés – accompagnés dudit Greffier et des citoyens Joseph Vialla et Marcel Dessalles notables de cette commune par nous requis, ensuite du citoyen Joseph Fages officier de santé – au dehors de la porte de la Blanquerie et arrivés à l’aqueduc qui conduit l’eau au glacis à maison gauche vis-à-vis la porte du citoyen Larguèze, avons vu que l’aqueduc avait été ouvert au moyen d’une couverte qui a été tirée par lequel trou on aperçoit les ossements d’un cadavre, qu’ayant demandé aux personnes présentes le nom de celle qui avait ouvert l’aqueduc et fait la découverte du cadavre, il nous a été dit que c’était Antoine Bertrand et son fils Jean Pierre Bertrand lesquels nous avons fait appeler et qui nous ont dit qu’ayant été chargés du [nettoyemment] dudit aqueduc, ils commencèrent à y travailler hier, qu’ils ôtèrent tous les deux une couverte vis-à-vis la maison Larguèze, que par cette ouverture, lui, Jean Pierre Bertrand fils, y a travaillé seul le matin attendu que son père a été occupé ailleurs – qu’après avoir nettoyé l’aqueduc, en étant du côté du premier glacis, il a trouvé à la distance d’à peu près quatre ou cinq pans, des ossements de cadavre, qu’il en a tiré d’abord le crâne, qu’ensuite il a trouvé dans la terre qu’il a tiré du dit aqueduc un pistolet de poche, une clef, une boucle [en] fer peinte en noir, un soulier rouge, qu’il nous a représenté le tout chargé de rouille et de terre, nous a déclaré en même temps que le pistolet était chargé qu’il en a jeté  la poudre et qu’il nous remet les deux balles qu’il a trouvées dedans.

Montpellier, Aqueduc près de la Glacière, par Amelin

Montpellier, Aqueduc près de la Glacière, par Amelin

Ce fait, avons fait ouvrir le dit aqueduc et requis le citoyen Fages d’examiner les ossements du cadavre qu’il y a dans ledit aqueduc, à l’effet par lui de nous rapporter autant qu’il lui sera possible, s’il peut découvrir la cause de la mort de cet individu et tout ce qu’il pourra reconnaitre à ce sujet. En conséquence avons exigé dudit citoyen Fages le Serment de bien prendre et rapporter ce qu’il pourra découvrir et cela fait, que par ledit Jean Pierre Bertrand conjointement avec son père, il sera continué à la recherche dans ledit aqueduc, des effets qui pourraient s’y trouver tout comme des ossements, à l’effet d’obtenir s’il est possible la connaissance de la personne du cadavre dont il s’agit.

Le citoyen Antoine Bertrand et son fils ont été de suite sur notre réquisition ouvrir l’aqueduc, ils y sont descendus et en ont sorti une calotte, un os du bras, un autre de l’avant-bras et celui de la jambe, ce qui a été examiné par le citoyen Fages officier de santé qui nous a rapporté ne pouvoir rien décider d’après la sure inspection des susdits os. Ce fait, nous avons exigé le Serment desdits Bertrand père et fils,  moyennant lequel ils ont promis de dire la vérité et nous ont en conséquence déclaré qu’ils ont fait dans ledit aqueduc, la recherche de ce qui pouvait y avoir et qu’ils n’ont trouvé autre chose que lesdits ossements, mais qu’il serait possible que dans le cours dudit aqueduc, il y en est d’autres. Ledit Jean Pierre Bertrand nous a déclaré en particulier qu’il y a réellement dans ledit aqueduc et tout près des ossements, le pistolet, la clef, la boucle et le soulier qu’il nous a représenté et qu’il nous a laissé en notre pouvoir, pour servir en ce qu’il appartiendra, que lorsqu’il a tiré de l’aqueduc lesdits objets, il l’a fait en présence du citoyen Pierre François Vialla, travailleur, âgé de seize ans. Restant à la Blanquerie, maison du citoyen Roussel, lequel dit Vialla ici présent après avoir prêté Serment de dire la vérité, nous a déclaré que ce matin vers les neuf heures, il était en dehors de la porte de la Blanquerie à l’ouverture de l’aqueduc qui conduit l’eau aux glacis, il a vu que Jean Pierre Bertrand qui était dans l’aqueduc pour le nettoyer, en a sorti la calotte, de plus, un pistolet de poche, une clef, une boucle de soulier peinte en noir et un soulier rouge à moitié. Avons représenté aux personnes ici présentes les susdits soulier, pistolet, clef et boucle, les requérant de nous dire s’ils connaissent la personne à qui le tout a appartenu.

Montpellier, Porte de la Blanquerie, eau-forte de Rodriguez

Montpellier, Porte de la Blanquerie, eau-forte de Rodriguez

A l’instant le citoyen Michel Sabatier, cordonnier ci-devant rue du Saint Sacrement, âgé d’environ trente-huit ans, lequel après avoir fait Serment et avoir examiné le soulier susdit, nous a déclaré qu’il reconnaissait parfaitement d’avoir fait ces souliers et de les avoir remis au citoyen DRAP Arnaud père avant sa disparition qui eut lieu il y a environ huit mois. Les citoyens Vialla et Baptiste Piron après avoir prêté Serment de dire la vérité et avoir examiné le pistolet et la boucle, le citoyen Vialla nous a déclaré reconnaitre la boucle pour avoir été au citoyen Arnaud et qu’il la portait lors de sa disparition et le citoyen Piron nous a aussi déclaré qu’il reconnaissait le pistolet et la boucle comme appartenant au citoyen Drap Arnaud.

La citoyenne Magdelaine Bonnet ici présente, fille de soin dudit Drap Arnaud, demeurant à Montpellier, âgée d’environ vingt-huit ans, laquelle après avoir fait le Serment de dire la vérité, nous a déclaré qu’elle reconnait le soulier, le pistolet, la clef et la boucle  qu’elle vient d’examiner pour avoir appartenus au citoyen Drap Arnaud, qu’elle se reconnait lors de la disparition, que ladite clef qui est le passe partout de la porte d’entrée manquait.

De tout ci-dessus avons fait et rédigé le présent procès-verbal dans la maison du citoyen Brunet, près la porte de la Blanquerie et nous sommes signés avec notre Greffier, le citoyen Vialla, le citoyen Dessalles, le citoyen Piron, le citoyen Fages officier de santé, le citoyen Sabatier et non les citoyens Bertrand père et fils et ledit Pierre Vialla qui ont déclaré ne savoir le faire, non plus que la citoyenne Bonnet qui a également dit ne savoir le faire de ce requis.

Tous signent ou marquent l’original.

Le sus dit jour et An que dessus, nous ledit juge de paix et officier de police de sureté, à cinq heures de l’après-midi, procédant à la suite et à la continuation du procès-verbal ci-contre, attendu la déclaration qui nous a été faite par plusieurs personnes que la clef trouvée dans l’aqueduc et à nous remise  avait été reconnue pour être celle de la porte d’entrée de la maison qu’occupait le citoyen Drap Arnaud rue Saint Sacrement, nous nous sommes transporté à la dite maison rue Saint Sacrement occupée par le citoyen Drap Arnaud, Isle Rosely numéro 270, où étant, avons présenté la susdite clef (à nous remise par le susdit Bertrand fils)-  mentionnée à notre procès-verbal – à la petite ouverture de la serrure de la porte de ladite maison donnant sur la rue et ladite clef ainsi adaptée a ouvert le loquet de ladite porte et nous a fait reconnaitre parfaitement que c’était un passe partout de la dite porte maitresse donnant sur la rue, ce que nous avons encore reconnu en nous faisant représenter une autre clef passe partout de la porte à laquelle nous avons trouvé une parfaite conformité.

De tout quoi nous avons dressé la suite du présent procès-verbal pour servir ainsi qu’il appartiendra et nous sommes signé avec notre Greffier ordinaire qui est arrivé après la rédaction de notre premier procès-verbal, Gas, juge de paix officier de police, Richard Greffier.

Signés sur les originaux.

Nous officier public soussigné, attendu qu’il ne parait pas d’une manière claire et précise du procès-verbal ci-dessus transcrit, que les ossements dont il est fait mention sont du corps du citoyen Drap Arnaud, nous avons enregistré le procès-verbal pour servir et valoir ainsi qu’il appartient, le cas échéant. »

Procès-verbal faisant office de déclaration de décès, Archives départementales de l'Hérault

Procès-verbal faisant office de déclaration de décès, Archives départementales de l’Hérault

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