JANKOWSKI Louis

Louis JANKOWSKI, Général lieutenant de l’armée russe.

Né vers 1826 (ou 1823 ?) à PIOTUKOF (Pologne), décédé à 56 ans le 25 octobre 1882 à Montpellier. Fils d’Antoni JANKOWSKI de NOWINA et Apolonia DUNIN-BRZEZINSKA. Epoux de la comtesse BIERGINSKA Elisabeth. Inhumé au cimetière Saint-Lazare (secteur AJ 5° division N° 19 du 1° rang).

Louis Jankowski (ou Iankowski) est issu d’une noble famille de militaires polonais dont la lignée et le blason sont attestés depuis 1296, date à laquelle 47 familles de boyards catholiques de Lituanie obtiennent le droit de porter des armoiries en remerciement des services militaires rendus. Pour les Jankowski, ce furent les armoiries lituaniennes du capitaine Nowina, fils  du chaudronnier  Boleslaw Krzywoustemu.

(source wikipedia)

Ce magnifique blason des Nowina raconte une légende extraordinaire :

En 1121, pendant la retraite, après avoir perdu la bataille contre les Ruthènes à la suite de la trahison de Skarbimir, gouverneur de Cracovie, le cheval du prince Boleslas III était trop fatigué et ne voulait plus avancer. Le capitaine Nowina, ne voulant point abandonner son prince, demeura avec lui. Par reconnaissance, Nowina eut le droit de posséder un blason et d’y faire figurer un bouclier bleu et une épée pour commémorer la bataille et le profil d’un chaudron pour honorer le père du héros, chaudronnier. Ensuite, en Tchéquie, le capitaine Nowina fut capturé avec son prince-commandant et enchaîné à lui par le pied. Ce capitaine décidément très courageux, d’une vaillance dépassant l’imagination et très altruiste, se coupa la jambe au-dessus du genou (certains affirment au-dessus du pied « seulement »), pour libérer la chaîne et permettre au prince de s’échapper. Quand Nowina appela les gardes, le prince était déjà très loin. Plus tard, par reconnaissance, le roi offrit à Nowina une médaille d’or, des bijoux et autorisa l’ajout au-dessus des armoiries, d’un bijou de crête (Złotogoleńczyk) représentant une jambe revêtue d’une armure d’or.

(source Wikipedia)

(source Wikipedia)

 Armoiries de Ludwika Chronówka de Griffin (source wikipedia)

Armoiries de Ludwika Chronówka de Griffin
(source wikipedia)

L’aïeul paternel de Louis, Ignatz Jankowski, capitaine et membre du Parlement en 1780 avait épousé Ludwika Chronówka de Griffin (fille du trésorier Anthony Chronowski-Griffin et d’Eve Dunin-Wasowicz et Swan). L’aîné du couple, Joseph, fut colonel (son petit-fils, major-général de l’armée royale) et le cadet, Antoni Jankowski de Nowina, (13 octobre 1783 Chronówku, paroisse de Wolanów près de Radom – 15 Août 1831 Varsovie), général de brigade de l’armée polonaise.

En décembre 1806, Antoni (futur  père de Louis) effectue son service militaire comme aspirant au 2e régiment des lanciers polonais de la Garde impériale du duché de Varsovie quand Napoléon 1° fait une entrée triomphale dans Varsovie, escorté par une garde d’honneur composée de nobles polonais dont la superbe allure le séduit. Aussitôt, l’Empereur ordonne la formation d’un régiment de cavalerie légère polonaise destiné à faire partie de la Garde Impériale dans laquelle tout Polonais, paysan libre, noble ou bourgeois, peut s’engager. Formé d’un millier d’hommes, le régiment qui reçoit le nom de Chevau-Légers polonais finit par constituer une élite au sein des troupes du Premier Empire.

2° régiment des Chevau-Légers lanciers de la Garde impériale, plus souvent appelés les lanciers rouges en raison de leur uniforme à dominante rouge vermillon (ou encore les écrevisses). S’ils se distinguèrent par leur bravoure incomparable, les lanciers polonais furent également célèbres pour leur uniforme, et plus particulièrement pour leur fameuse czapska, coiffure typiquement polonaise, à fût cylindrique et fond carré, qui fut l’apanage des lanciers jusqu’en 1870

 
 

Dès lors, devenu Chevau-Léger dans l’Armée napoléonienne, Antoni Jankowski participe à la campagne de 1807, aux combats en Espagne et à la guerre contre l’Autriche. En 1810, nommé lieutenant en 1° de la 3° compagnie du 3° escadron de chevau-légers polonais de la Maison militaire de l’Empereur et à 28 ans, en 1811, nommé capitaine de la garde napoléonienne. Il participe à la campagne de Russie et aux campagnes de 1813, promu colonel du 1er régiment de chasseurs de ligne en 1815.

Antoni, de retour en Pologne, épouse en 1816 une cousine Zofia de la Tomkowiczów (fille de Joseph et de Marianne Jankowski) dont il aura trois enfants : Joseph (1817), Angela (1818), et Heliodor (vers 1820). Veuf en 1821, il se remarie avec Apolonia Dunin-Brzezinska. Naîtront trois fils : Louis (vers 1823 ou 1826), Adam et Anthony.

Napoléon avait ressuscité un État polonais, mais la fin de son empire a sonné le glas de l’indépendance et de l’unité polonaises. Fin 1830, une fausse rumeur circule : l’armée polonaise va être requise par la Russie pour réprimer les révolutions française et belge. Le peuple polonais tente une fois d’acquérir son indépendance, se soulève contre la Russie et l’armée polonaise se joint aussitôt à l’insurrection. Antoni JANKOWSKI, nommé général de brigade, participe à l’Insurrection de Novembre 1830, puis rapidement est promu général de division de l’armée polonaise qui, complètement désorganisée, doit faire face à une puissante armée russe plus nombreuse et mieux équipée. Bien que dirigée par des officiers très expérimentés, après une série de défaites et de revers, les Polonais sont défaits à Ostrołęka face aux Russes qui prennent Varsovie.

La bataille d’Ostroleka, 1831. Peinture de Juliusz Kossak
(source wikipedia)

Pour son malheur, en mai 1831, la famille Jankowski est restée à Varsovie, le général de 48 ans se remet lentement d’une attaque de paralysie partielle. Tout juste convalescent, c’est contre sa volonté qu’il est nommé commandant en chef de l’armée  pour conduire les forces armées contre les troupes russes, dans la province de Lublin. Il commet alors plusieurs erreurs involontaires (hésitations tactiques), dues à son état de santé et le 24 juin, il est arrêté et inculpé pour incompétence et haute trahison. Début août, traduit devant un conseil de guerre extraordinaire, le militaire se défend avec chaleur et indignation, fait une déclaration solennelle de son patriotisme et demande à combattre dans l’Armée comme simple soldat « pour prouver à ses fils que leur père n’est pas un traître à la Patrie ». Le conseil ne statue pas et renvoie à une prochaine séance, le général est reconduit en prison.

Le 15 août 1831, la foule déchaînée haranguée par des patriotes forcenés et mécontents l’accusant d’avoir trahi l’Insurrection de novembre 1830, se rend Palais royal de Varsovie où il est détenu. Les portes sont défoncées, le prisonnier et ses compagnons d’infortune enlevés. La foule emporte le vétéran de la garde napoléonienne (szwoleżer), le mutile cruellement, lui fait subir de terribles tortures et un affreux lynchage. Dans sa hâte à faire sa propre justice, la populace enragée a installé une potence et à l’humiliation de la pendaison s’ajoute l’horreur : pour le pendre, on doit s’y prendre à trois reprises, car par deux fois la corde se rompt. Plusieurs députés demandèrent que, pour la tranquillité de la capitale, tous les travaux du tribunal qui devait juger l’affaire Jankowski soient rendus publics. On perquisitionne chez plusieurs personnes suspectes, on retrouve même un ordre du dictateur Jozef Chlopicki prouvant que Varsovie avait été victime de sa trahison et de son allégeance au grand-duc Constantin… trop tard pour Antoni Jankoswki qui a payé de sa vie leur criminelle trahison. Le 8 septembre, la Constitution, la Diète et l’armée sont supprimées, la Pologne cesse d’exister comme nation. Les Russes entreprennent une destruction systématique de la nationalité polonaise, s’ensuit une répression sévère et une russification systématique poussant à l’exil 10000 patriotes qui trouvent bien souvent refuge en France, renforçant l’amitié franco-polonaise.

« L’ordre règne à Varsovie », par Grandville (1803-1847)
(source wikipedia)

Louis n’a que 5 ou 7 ans lorsque son père meurt, mais il demeure avec le reste de sa famille en Pologne russifiée. Ayant à son tour embrassé la carrière militaire, c’est en tant que sujet russe du tsar Nicolas 1er puis, à partir de mars 1855, d’Alexandre II, qu’à 28 ans, au service de la Russie impériale, il combat à la Campagne de Crimée (1854-1855), véritable bourbier coûteux en vies humaines et en finances qui verra la défaite russe.

Grâce ou à cause de cette défaite, le ministre de la guerre, le comte Dimitri Milioutine, introduit des réformes militaires majeures qui améliorent nettement les conditions de vie des soldats, notamment, le casernement des « permanents » qui étaient logés jusque-là dans des abris et des cabanes.

Demeuré catholique (une croix est sculptée sur sa pierre tombale) Louis unit sa destinée à une famille qui, depuis le fond des âges russes, a toujours côtoyé le pouvoir : il fait un beau mariage selon le rite orthodoxe avec la comtesse Elisabeth Bierginska (née à Kiev le 11/6/1842, fille du comte Sventoslas Bierginsky et de la princesse Catherine Dolgorowky).

A 48 ans, en 1874, Louis Jankowski est nommé Lieutenant-Général Major des troupes russes. Il sert une armée professionnelle mise en place par Pierre le Grand dont le fonctionnement est obsolète. C’est donc en connaisseur qu’il apprécie les réformes militaires que le tsar Alexandre II vient d’approuver et qui donnent naissance à l’armée russe moderne : le service militaire est rendu obligatoire pour tous les hommes de 20 ans, la durée du service réduite à 6 ans pour l’armée de terre, à 9 ans dans la Réserve. Ainsi, la nouvelle conscription créé un grand nombre de militaires de réserve expérimentés, prêts à être mobilisés en cas de guerre, tout en maintenant une plus petite armée permanente en temps de paix.

Le Tsar Alexandre II
(source wikipedia)

Le tsar succombe le 13 mars 1881 à Saint-Pétersbourg, victime d’un attentat au retour d’une visite au manège pour assister à une parade militaire. En 1882, Louis Jankowski est officiellement domicilié à Paris (selon son acte de décès), et le 25 octobre, âgé de 56 ans, le général vient mourir à Montpellier, 1 Impasse du Merle Blanc, chez son fils qui porte le même prénom que le tsar, Alexandre. Celui-ci se charge de ses obsèques et lui donne une sépulture temporaire au cimetière Saint-Lazare.

Restée à Montpellier, sa veuve, la comtesse Elisabeth, épousera en 2° noces dans cette même ville le 3 janvier 1884, le professeur à la faculté de médecine Amédée Hyppolite Pierre Courty (1819-1886), membre de la société de l’Académie des sciences et des Lettres de Montpellier.

Plus tard en 1910, sa fille Marie Jankowski épouse Nicolas Tchelistcheff, qui demeure à Juan-les-Pins, se chargera de lui donner une sépulture à perpétuité toujours dans le même cimetière. Elle y fait graver une croix-stèle et aménager une dalle de pierre froide massive et très simple sculptée d’une deuxième croix où il repose toujours.

La tombe Jankowski au cimetière Saint-Lazare [photo ass MP]

La tombe Jankowski au cimetière Saint-Lazare
[photo ass MP]

Sources : Biographie universelle, ancienne et moderne, vol. 20, par Michaud, 1858. Article de Wikipédia en polonais intitulé « Antoni Jankowski »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s