PETIET Augustin Louis dit Auguste

Augustin Louis dit Auguste PETIET, baron d’Empire. Général de brigade, Maréchal de camp, Commandant de l’Hérault, Grand officier de la Légion d’Honneur, chevalier de Saint-Louis et de la Couronne de fer. Né le 19 juillet 1784 à Rennes. Fils cadet de Claude Louis Petiet (ou Pétiet), ministre de la Guerre et d’Anne-Françoise Guillemette du Lièpvre du Bois de Pacé. Epoux de Céleste Sylvie Michelle Andoueaud. Décédé le 1er aout 1858 à Paris, inhumé au cimetière St Lazare à Montpellier (Extension 1 – 3° division – N°4 du 2° rang acte 25029).

Auguste Petiet est issu d’une illustre famille de grands serviteurs de l’Etat. En effet, les destins de Claude, le père, de ses fils ensuite, Alexandre, Auguste et Sylvain, furent intimement liés à l’épopée Napoléonienne.

2016-03-04 15_37_22-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - WordClaude Petiet (Châtillon sur Seine 1749 – Paris 1806), le père

Claude Petiet (Châtillon sur Seine 10 février 1749 – Paris 1806) d’origine Bourguignonne, 4° enfant de Paul Pétiet (1706-1759) lieutenant général du bailliage, avocat au Parlement de Paris et de Jeanne Jouard  (1714-1770) avait débuté sa carrière à 16 ans comme gendarme de la maison militaire du Roi, à Lunéville. Venu à Paris en 1767, pour y « faire son droit », il est reçu avocat. En 1774, sous Louis XVI, on le retrouve subdélégué général de l’intendance de Bretagne où il achète la charge de Commissaire des guerres le 30 septembre 1778. « Il fit connaître ses talents administratifs, son intégrité, ses hautes capacités jointes aux belles manières des grands seigneurs de l’époque». C’est aussi à ce moment-là, que, resté veuf de sa première épouse Julie Constance Marie Mesnard de La Rozais (1756-1779) quelques mois à peine après leur mariage, il épouse en deuxième noce en 1781 à Nantes, une demoiselle du Bois de Pacé, Anne Françoise Guillemette du Lièpvre du Bois de Pacé (1761-1830), fille d’Anne Alexandrine de la Croix et d’un gentilhomme breton Guillaume Nicolas (1718 – 1773), écuyer, seigneur du Bois de Pacé, avocat au parlement de Bretagne, contrôleur, puis receveur général et directeur du domaine du Roi. Ce fut une épouse « fort bien élevée [qui] avait tout ce qu’il fallait pour être la compagne de l’homme distingué auquel elle s’alliait. » (Sylvain Petiet, dans Souvenirs d’un page de l’empereur).

Leur premier enfant, Pierre-François Charles Alexandre Claude (1782-1835) nait à Rennes en 1782 alors que Claude est Commis à la levée de police des gardes côtes de la division de Brest. Le foyer s’agrandit encore avec Augustin Louis dit Auguste en 1784, Isidore Eugénie (1788-1869) et enfin Sylvain (1794-1868).

A la charnière de l’Ancien régime et de la période révolutionnaire, Claude poursuit sa carrière de brillant fonctionnaire incarnant parfaitement la transition entre ces deux périodes, assurant cumulativement différentes charges.

Nommé Procureur général syndic d’Ille-et-Vilaine en 1790, il passe rapidement aux postes de Commissaire ordonnateur à l’Armée de Sambre et Meuse, grand juge militaire de la 13e Division le 1er octobre 1791, puis Commissaire général de l’armée du Centre « commandée par le lieutenant général, le Sieur Lafayette » en mars 1792, et en octobre à l’armée des Ardennes. Après la retraite de l’armée prussienne, il fait valoir des ennuis de santé et demande son rappel en Bretagne où il est alors employé à Lorient par les représentants du peuple pour l’approvisionnement de Lorient, Belle-Ile, Port-Louis et Groix en février 1793, peu de temps après Ordonnateur en chef de l’armée des Côtes pour l’artillerie et le génie sous le commandement du citoyen « La Bourdonnaye », pour finir Ordonnateur en chef des Côtes de Brest et des Côtes de Cherbourg en mai 1793 avant de défendre Nantes contre les Vendéens.

En revenant de Nantes à Rennes, sans escorte, il tombe dans une embuscade d’une centaine de chouans, mais sa réputation d’humanité fait qu’il passe librement au milieu des rebelles : « Lorsqu’il se nomma, ceux-ci le laissèrent aller, ce qui montre l’opinion qu’on avait de lui dans le parti royaliste. » (Extrait des Souvenirs de son fils Auguste Petiet) ce qui lui vaut d’être soupçonné de royalisme « et faillit être incommodé par son parti pour avoir été épargné par le parti contraire ». (note sur Claude Petiet – Base Léonore).

Sous le Directoire, sa carrière prend un nouvel essor. Amené à signer l’arrêté nommant son ami intime le général Jean Victor Moreau (1763-1813) au Commandement de l’armée du Rhin et celui du fougueux général Bonaparte à celui de l’armée d’Italie, en retour, il est nommé ministre de la Guerre le 8 février 1796 et procède aux nombreuses réformes devenues indispensables. « Au milieu des scandales trop célèbres qui caractérisent l’administration du Directoire, le ministère Petiet fut une honorable exception. Ce ministre, homme de bien et de mérite, s’appliqua à tenir une comptabilité régulière et après une année d’exercice, il soumit le tableau complet de ses opérations aux jugements des Conseils Législatifs et du public ; Il le fit sans réticence et avec sincérité » (le 13 février 1854, Sainte-Beuve dans ses Causeries du lundi).

2016-03-04 15_41_19-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word  Jean Victor Moreau, général (1764-1813), par François Gérard. (Wikipédia)

Dès lors, Claude mène de front ses fonctions à une carrière de député, en Ille et Vilaine d’abord, puis en Côte d’Or. Suspecté de royalisme et écarté avant le coup d’état de fructidor, il ne s’occupe plus d’aucune manière des affaires publiques pour se retirer dans sa famille et ne se consacrer qu’à l’éducation de ses enfants jusqu’en 1797, quand il est élu Député au Conseil des Cinq Cents par le département de la Seine. Il se rallie à Bonaparte qui le fait Chef de la première division au Ministère de la Guerre et Conseiller d’état en 1799.

2016-03-04 15_46_24-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word Le général Bonaparte, Commandant l’Armée d’Italie

Sous le consulat, il est nommé Inspecteur en chef aux revues le 7 février 1800, puis, après Marengo, reste 2 ans en Italie nommé par Napoléon Bonaparte, Ministre extraordinaire du Gouvernement français à Milan (Conseiller d’État de la République Cisalpine de 1800-1802). Pour Napoléon, Claude Petiet fait preuve « de [son] attachement inviolable au Gouvernement et de [son] dévouement à la personne de son Chef » et sert avec loyauté et efficacité le premier Consul devenu Empereur. Pour cela, il est décoré de la Légion d’honneur.

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Légion d’honneur de Claude Petiet (Source LEONORE)

Envoyé en mission à Genève en avril 1801, le ministre Petiet et sa famille s’arrêtent pour voir des amis qu’ils avaient connus à Paris, Monsieur Necker et sa fille, Madame de Staël (1766 – 1817). La famille Petiet au grand complet séjourne alors au château de Coppet, ancien château fort acquis en 1784 et devenu par les bons soins du maître des lieux une véritable maison de plaisance près du lac. Pour l’anecdote, M. Petiet père, organisateur hors pair, fit le pari qu’il enverrait à l’écrivaine six semaines après son passage des pièces de musiques italiennes. Pari tenu, 15 jours seulement plus tard, le petit colis arrivait à Coppet, ce qui lui valut une charmante lettre de la romancière.

Fait Commandeur de la Légion d’honneur le 14 juin 1804 et le 29 août 1805, nommé Intendant général de la grande armée. « Une vérité qui doit être consacrée dans des mémoires contemporains, c’est que les victoires de 1805 remportées par les armées des côtes de l’océan doivent beaucoup des lauriers de leur couronne à M. Petiet, d’abord par l’organisation première, ensuite par ce dévouement entier de sa personne pour que tout fut toujours bien. Le jour il recevait les ordres de l’empereur ; la nuit il veillait pour qu’ils fussent exécutés… Aussi sa santé fut-elle détruite. » (Mémoires de la Montpelliéraine la duchesse d’Abrantès épouse Junot, tome V, p.34).

Enfin, c’est lui qui contribue au succès des troupes entraînées au fameux camp de Boulogne dont il organisa et dirigea l’intendance. Il fut chargé de préparer les quartiers d’hiver à Ulm et à Austerlitz où il suivit l’Empereur. Par ses soins, l’Armée fut parfaitement approvisionnée, soldats, bêtes vivres et fourrage assurés, hôpitaux entretenus, ambulances munies de tous les effets. Devenu sénateur en 1806 il est décoré Grand Officier de la Légion d’Honneur. Rentré en France à la paix de Presbourg, il meurt des suites de cette campagne le 25 mai 1806, en son hôtel parisien l’actuel 8 rue Monsieur à Paris 7ème, alors 6 rue de Fréjus.

Napoléon lui fit faire des obsèques grandioses auxquelles assistèrent le Sénat en corps et les principaux dignitaires de l’Empire. Après la cérémonie qui eut lieu dans l’Église des Missions étrangères, il fut inhumé au Panthéon de Paris où son éloge funèbre fut prononcé par le mathématicien Monge, Président du Sénat. L’ordonnancement de la cérémonie fut réglé par Joseph-François Baudelaire (chef des bureaux du sénateur et le père de l’écrivain Charles Baudelaire) et son nom fut inscrit sur l’Arc de triomphe à Paris.

2016-03-04 15_57_08-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word Insigne de la Promotion E.M.C.T.A. N° 31 “ Intendant Général PETIET ” 2007 – 2008 – (Bureau Triomphe, Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan)

Un ami de la famille sollicita une pension pour la veuve, l’Empereur répondit « […] comment Monsieur Petiet n’est-il pas devenu riche, je lui ai donné 20 fois l’occasion de faire sa fortune ? » Pour finir, ce fut le Sénat et non l’Empereur qui alloua une pension de 6 000 f. à la veuve.

Madame Petiet, « aux manières gracieuses et affable » décédée le 25 février 1830 à Paris, fut inhumée au cimetière du Père-Lachaise à la 27e division, dans la concession fondée par le fils aîné, Alexandre.

2016-03-04 15_59_17-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - WordLa tombe PETIET du Père Lachaise, dans la 27ème division, (1ere ligne, S, 27) (Source et crédit photo : Jacques Seynaeve pour Les Amis et Passionnés du Père-Lachaise)

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Claude Louis Petiet, Président de la commission extraordinaire du Gouvernement de la République Cisalpine avec ses deux fils aînés en 1800 : Auguste à gauche et Alexandre à droite par Andréa Appiani (1754-1817)

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Madame Anne Françoise Guillemette Petiet avec ses deux plus jeunes enfants: Eugénie (1788-1869) et Sylvain (1794-1868)

Claude Petiet était un homme de grand talent qui avait acquis l’estime de tous, sa carrière remarquable et modérée fut un exemple qu’il légua en héritage à ses enfants :

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Pierre-François Charles Alexandre Claude Petiet (1782-1835). Autour de sa taille, la ceinture-écharpe formée de nombreux écheveaux de laine cramoisie maintenus par des coulisseaux. Elle ne soutenait aucune arme mais, située au niveau de l’abdomen, protégeait du froid et d’éventuels coups de sabres. Sur la culotte brodée à la Hongroise, un ceinturon de bronze à 2 boucles-agrafes têtes de lion avec la pièce de jonction en forme de serpent ouvragée

Sous le Premier Empire, après Polytechnique et une carrière dans les armes comme lieutenant d’artillerie, le fils aîné, Pierre-François Charles Alexandre Claude (1782-1835) quitte l’armée pour l’Administration, devient auditeur au Conseil d’État, puis fait carrière comme Intendant des biens de la couronne de Toscane auprès de la sœur de l’Empereur, Elisa Bonaparte (née Maria-Anna 1777-1820) successivement princesse de Piombino et de Lucques, puis grande-duchesse de Toscane épouse de Félix Bacciochi, ancien capitaine du Royal-Corse. Il est nommé ensuite, Inspecteur de la comptabilité des bâtiments et du mobilier de la couronne. 2016-03-04 17_04_53-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word

Marie-Anne, dite Elisa Bonaparte (1777-1820) – Princesse de Lucques et de Piombino, grande-duchesse de Toscane

Côté cœur, après avoir courtisé et pris pied dans la maison familiale comme prétendant officiel, Alexandre épouse le 16 février 1808 Adélaïde Baptistine dite Adèle Rebuffel, née à Marseille le 23 octobre 1788, fille de Jean-Baptiste Rebuffel (1738-1804), cofondateur du théâtre de Marseille, inspecteur général des transports militaires, entrepreneur et homme d’affaires. Leur contrat de mariage signé aux Tuileries par l’empereur Napoléon, l’impératrice, et les principaux dignitaires de la cour impériale, Adèle suit son mari alors tout juste nommé intendant de la liste civile à Florence, capitale de la Toscane. La piquante baronne Adèle Petiet est surtout connue pour l’amourette que lui portait dans sa jeunesse son cousin Henri Beyle (l’écrivain Stendhal 1783-1842), amourette transformée en passion qui ne prit fin qu’au mariage d’Adèle avec Alexandre. En mars 1800, Stendhal écrit à sa sœur : « Je danse avec Adèle Rebuffel qui, quoiqu’âgée de 11 ans seulement, est pleine de talents et d’esprit. Une des choses qui a le plus contribué à lui donner de l’un et de l’autre, ce sont ses lectures multipliées ».

2016-03-04 17_09_56-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word   La baronne Alexandre Petiet, née Adèle Rebuffel, belle-sœur d’Auguste Petiet – Peinture anonyme, vers 1850. (Wikipédia)

Le hasard veut que les routes de l’amoureux et du futur mari s’étaient déjà croisées à Milan à la même époque, alors que Stendhal y séjournait. Alexandre Petiet et Henry Beyle, étaient deux fougueux jeunes hommes de 18 ans environ, déjà rivaux pour la conquête des belles Italiennes : en septembre 1800, se battant au sabre pour la jolie demoiselle Martin, Alexandre décocha un bon coup de pointe au pied gauche d’Henri qui en fut quitte pour quelques jours de repos et ensuite, pour faire tapisserie dans les nombreux bals donnés en l’honneur des Français. Le futur écrivain, était employé au ministère de la Guerre comme assistant du général Petiet (père) grâce au protectorat actif de son cousin Montpelliérain le ministre secrétaire d’État et comte d’Empire, Pierre Daru (Montpellier 1767 – 1829). Il avait suivi l’Armée jusqu’en Italie, puis, à Milan, travaillait pour le ministre Claude Petiet qui était l’ami intime de Daru depuis plus de 10 ans. Daru, que ses tournées d’inspection entrainaient fréquemment à la suite des Armées loin de Milan, avait demandé à son ami comme un service de recueillir et veiller sur ce petit cousin « arrivé à un âge où il est nécessaire de mettre une bonne fois le pied à l’étrier », ce que fit le ministre Petiet avec d’autant plus de bonne volonté qu’il convenait de réparer l’incartade du fils aîné qui, officier, s’était battu avec un camarade plus jeune et encore si peu militaire… Stendhal aménagea à la Casa Bovara chez les Petiet.

Fait baron d’Empire, pendant les Cent-Jours, Alexandre accepte le poste de préfet des Hautes-Alpes, ce qui lui vaut d’être révoqué à la Seconde Restauration. Adèle et lui se retirent alors sur leurs terres du château de Saint-Brice à Saint-Bris-le-Vineux dans l’Yonne. En 1830, il accepte un poste de directeur des subsistances militaires à Paris et y meurt le 9 novembre 1835. Il repose avec sa mère au cimetière du Père Lachaise dans la 27ème division, chemin du dragon. Adèle finit ses jours le 12 octobre 1861 au château de Saint-Brice.

2016-03-04 17_21_37-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - WordLe deuxième fils de Claude, Augustin Louis appelé Auguste, né à Rennes le 18 juillet 1784 et baptisé le jour même de sa naissance à la paroisse St Sauveur, eut pour parrain son oncle maternel l’écuyer Augustin Pierre Guillaume du Lièpvre du Bois de Pacé (1759-1825), Directeur à l’enregistrement des Domaines qui fit partie de la délégation du Finistère au sacre de Napoléon et pour marraine, sa tante paternelle Louise Petiet (1744-1821) épouse de Nicolas de La Croix (1737-1811), tous deux représentés par procuration pour tenir le nouveau-né sur les saints fonds du baptême.

Futur général, hussard et historien militaire, Auguste fut lui aussi un fidèle serviteur de l’Empire. Il avait pris soin de conserver soigneusement ses notes personnelles et des documents dans ses archives privées qui furent réunies par ses descendants (publiées dans une remarquable biographie par Nicole Gotteri). Egayés de quelques souvenirs d’enfance, ses « Souvenirs » sont d’extraordinaires témoignages de sa grande admiration pour son père, mais également pour la connaissance des opérations et des mouvements de troupe, des conditions de vie des soldats et sur l’état d’esprit auquel la guerre continuelle put les mener. L’historien qu’il était, avait accompli ce devoir de mémoire pour que, comme il le disait lui-même, « ses enfants eussent d’autres informations sur Empire que celles qui pouvaient circuler. ». Personnage très curieux et très ouvert, il fut sensible aux pays et aux villes traversés, il en fit souvent le récit, comme celui de sa visite au Dôme de Milan.

La légende familiale rapporte que, très jeune encore, Auguste se fit remarquer en chantant La Marseillaise devant un des acteurs de la Révolution alors invité à la table paternelle à Nantes, Jean Baptiste Carrier (1756-1794) dont le nom est resté tristement associé aux massacres et aux noyades de Nantes de 1793 et 1794. L’enfant, d’une intelligence remarquable et doué d’un réel talent d’écriture, reçut une excellente éducation dans le Paris du Directoire et du Consulat.

A 15 ans, Auguste était destiné au génie : il avait fini ses études et devait entrer comme son aîné à l’École polytechnique, ayant été examiné particulièrement par le mathématicien Adrien-Marie Legendre (1752-1833) alors Examinateur des élèves aspirants de l’artillerie et Examinateur permanent de mathématiques qui déclara à son ami M. Petiet père que « le jeune Auguste était de force à être reçu avec la foule des aspirants, mais, qu’en attendant l’année exigée pour la réception (l’âge de 16 ans), il entrerait l’un des premiers dans cette école célèbre ». Sur ces entrefaites, Bonaparte demande au conseiller d’Etat de l’accompagner en Italie pour assurer toute l’intendance des 40 000 hommes des divisions Watrin, Chambarlhac, Gardanne, Boudet, Monnier et celles des généraux de corps Murat, Lannes et Victor avec pour mission particulière, le passage par le Petit-Saint-Bernard de la division du capitaine au 5e bataillon de volontaires des Bouches-du-Rhône, Joseph Chabran (1763-1843).2016-03-04 17_39_13-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word 

Napoléon traverse les Alpes (Paul Delaroche en 1850 – Walker Art Gallery de Liverpool ) Delaroche a choisi de représenter le passage dans toute sa réalité. C’est sur une mule accompagnée d’un guide, Pierre-Nicolas Dorsaz, que Bonaparte fit le chemin. Dans le défilé de Sarreire, la mule glissa sur une pierre et si le guide ne l’avait pas retenue d’une main ferme, elle aurait chuté. Le guide sera récompensé de son geste.

Claude parti avec le premier Consul, emmène avec lui à la deuxième campagne d’Italie, le jeune Auguste breveté Adjoint aux commissaires des guerres dans l’armée de réserve depuis le 27 mai 1800 et nommé Adjoint à l’Etat-major général de l’Armée d’Italie.

Le 7 octobre, le soldat de 16 ans tout juste, reçoit son baptême du feu le 14 du même mois à la bataille de Marengo où le valeureux général Desaix devait trouver une mort glorieuse. Cette bataille fut l’évènement révélateur de sa brillante carrière militaire.

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La bataille de Marengo. Tableau de Louis-François Lejeune (source Wikipédia)

Impressionné à Marengo et demeurant désormais avec sa famille à Milan, Auguste ne voulut plus entendre parler de Polytechnique : il voulait de l’action et intégrer une unité combattante. En attendant, il logeait à la Casa Bovara, villa toute neuve proche du jardin public sur le Corso di Porta Orientale, jetait un regard émerveillé sur la société Milanaise, profitait des relations de son père dont la très charmante comtesse Gherardi, (célèbre pour ses folies amoureuses et avoir été la maîtresse de Murat), piquante Italienne auprès de laquelle le ministre Petiet était fort attentionné, mais aussi « d’un bataillon entier de jolies Italiennes, moins que farouches… ». Madame la ministre Petiet, élégante et gracieuse, aux manières douces et effacées, régnait sur la Casa. Pour elle, nous dit Stendhal, le général Daru aurait en vain, rimé force petits vers et de conclure avec ironie « sans doute, n’aimait-elle pas la poésie »…

Le 8 octobre 1800, le maréchal Guillaume Marie-Anne Brune (1763-1815) nomme le jeune Auguste adjoint de l’état-major général de l’armée d’Italie. Puis, l’élégant jeune-homme réalise son rêve, devient sous-lieutenant au 10e Hussards, les plus populaires des cavaliers, audacieux et habiles, tantôt éclaireurs, tantôt chargés de harceler l’adversaire, parmi les plus intrépides inlassablement employés à la collecte d’informations et de renseignements, alors commandé par l’impétueux chef de brigade Antoine Charles Louis Lasalle (1775-1809), futur général de brigade, « l’enfant terrible des Hussards ».

2016-03-04 17_50_27-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word Le Général Antoine Charles Louis Comte de Lasalle recevant la capitulation de la garnison de Stettin le 29 octobre 1806. peinture de 1808.

Ce « fonceur », véritable guerrier dans l’âme, entretenait soigneusement la réputation des Hussards : élégant, beaucoup de classe avec ses belles moustaches, grand collectionneur de conquêtes féminines, de bagarres, de cartes à jouer, de pipes en terre, grand amateur d’alcools forts, il avait fondé la « Société des Assoiffés », initiative qui avait fait jaser la bonne société parisienne. Doté d’une force physique, d’une endurance et d’un charisme incroyables, nul doute que les débuts du jeune Auguste furent marqués par de ce héros pour qui « Tout hussard qui n’est pas mort à 30 ans est un jean foutre ! ».

Il y a fort à parier que les belles moustaches qu’Auguste portera plus tard datent de cette époque.

Auguste ne quitte ce régiment qu’en 1804 pour devenir lieutenant aide de camp du général Jean-de-Dieu Soult (1769-1851). Revenu en France, attaché à l’état-major du général commandant, pendant plus d’un an, il fait les campagnes des camps de St Omer et de Bayonne dans l’armée des côtes de l’Océan.

Le 30 juillet 1804 il passe lieutenant, et le 11 février 1805, il devient officiellement aide de camp du maréchal Soult au sein de la « Grande Armée ». Enfin, le 17 juillet 1805, il passe au 8e régiment de Hussards par autorisation de l’Empereur. Il devait dès lors traîner ses bottes dans toute l’Europe et participer à presque toutes les campagnes Napoléoniennes

Le 2 décembre 1805, il combat avec bravoure à Austerlitz.

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Le soleil d’Austerlitz par Eugène Leliepvre (2 avril 1908 – 17 Novembre 2013) Peintre de cavalerie nommé peintre officiel de l’armée en 1951 (http://www.eugeneleliepvre.com/)

Le cheval qu’il montait fut frappé d’une balle sur les hauteurs de Pratzen lorsqu’il venait de porter l’ordre au général Dominique Joseph René Vandamme (1770-1830) de séparer par une vigoureuse attaque le centre des Russes de leur division occupée à la gauche du maréchal Soult. A la fin de la journée il charge trois fois avec une division de dragons et repousse l’infanterie russe avant d’emporter le village d’Augezd puis celui de Telnitz. La victoire est décisive, les Austro-Russes s’enfuient dans le plus grand désordre vers le lac gelé qui, sous les pas des hommes et les coups de boulets, engloutit un grand nombre de Russes.

Dans ses états de service, on peut lire « A la bataille d’Austerlitz, […] chargea trois fois à la tête d’une division de Dragons contre l’infanterie russe et une nuée de cosaques et contribua à la prise de quatre pièces de canon». Le 14 mars 1806, l’Empereur le décore chevalier de la Légion d’honneur.

Il séjourne alors un temps à Vienne et entre dans la Garde impériale en avril 1806, puis en juillet, est envoyé à l’armée de Naples pour prendre part à l’expédition de Sicile. Il gardera toujours et il l’écrivit dans ses Mémoires, une sorte de mépris haineux pour Murat auquel il dut un voyage forcé jusqu’à Naples, car sitôt arrivé, Auguste Petiet est rappelé par Soult pour rejoindre son corps et manqua ainsi la bataille d’léna (14 octobre 1806).

Revenu auprès de Soult en novembre, il effectue alors la campagne de Pologne et de retour au 8e Hussards, commande une compagnie à Eylau les 7 et 8 février 1807. En mai il est promu capitaine et en juin, toujours avec le 8e Hussards, participe à la bataille de Friedland près de Brandebourg « il s’empare de 300 chevaux de cuirassiers prussiens et de 2 canons ».

Mais Napoléon porte toutes ses forces en Espagne et confie le commandement d’un corps d’armée au maréchal Soult fait Duc de Dalmatie qui rappelle près de lui l’officier Petiet comme aide de camp pour les campagnes d’Espagne en 1808 et celle de 1809 au Portugal. En février 1811, contre l’armée anglo-portugaise sous les ordres de Wellington à Badajoz, le commandant en chef de l’armée du Midi lui confie la tête d’une colonne d’attaque de 200 voltigeurs. Vers huit heures du soir, il s’élance depuis la tranchée, exécute une des plus belles charges de cavalerie et par sa conduite héroïque, enlève d’assaut le fort de Parvaleras défendu par 4 pièces de canon et 400 hommes de garnison. Quelques jours après, à la bataille de la Gebora il charge toute l’infanterie espagnole et portugaise avec deux escadrons du 10° Hussard et 21° Chasseurs à cheval : tous les fantassins ennemis sont faits prisonniers soit sabrés.

Le capitaine Petiet reçoit lui-même 2 blessures graves, un coup de sabre sur la tête et un sur l’épaule gauche, et est promu chef d’escadron sur le champ de bataille par Soult lui-même. Avec le recul du temps il percevra la fatale issue de cette guerre dont il décrira admirablement dans ses Mémoires, la dérive vers l’horreur.

2016-03-04 18_01_05-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - WordSiège de Badaroz par Richard Caton Woodville (Wikipédia)

Blessé, il quitte l’état-major du maréchal et revient en France en « convalescence de blessure grave » jusqu’en novembre 1812, date à laquelle il rejoint la Grande armée pour participer à Campagne de Russie. Il est présent à la Bataille de Krasnoë où l’armée impériale russe commandée par le général Koutouzov inflige de lourdes pertes au 4e corps d’Eugène de Beauharnais. Rentré en France et vivant à Paris, il est nommé en mars 1813 lieutenant-colonel du 13e Hussards, mais se trouvant trop jeune encore (29 ans) pour occuper au dépôt les fonctions de major, il sollicite et obtient d’être nommé chef d’escadron aux Chevau-légers Lanciers de la de la vieille garde, créés par Napoléon en 1810 à partir du régiment de hussards de la Garde royale hollandaise, commandés par le général Pierre-David de Colbert-Chabanais et plus souvent appelé les « lanciers rouges » ou « les écrevisses » du fait de leur uniforme à dominante rouge écarlate.

2016-03-04 18_03_19-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word La charge des lanciers rouges de la Garde impériale (par Job) (Wikipédia)

Le 16 août 1813, fait Officier de la Légion d’honneur dans la campagne de Lutzen, il combat avec bravoure à Dresde (26 et 27 août), bataille fameuse qui restera la dernière grande victoire de Napoléon.

Il obtient en 1813 de repartir pour la Saxe où il assiste aux défaites qui vont se poursuivre en France. Durant la retraite de Saxe (campagne d’Allemagne), il commande deux escadrons de l’arrière-garde du maréchal Adolphe Edouard Casimir Joseph Mortier Duc de Trévise (1768-1835), se bat encore comme un lion et revient alors qu’il ne lui restait plus que 55 hommes des 300 qu’il commandait.

Il reçoit le brevet de colonel en arrivant à Mayence. Devenu chef d’état-major de la cavalerie légère du 5e corps, le colonel Petiet fait avec cette brave division la campagne de France. Ensuite, il est à Wachau, Leipzig… En novembre 1813, en Alsace, il est promu adjudant-commandant (colonel) à la tête de l’état-major de la 9° division de Cavalerie légère du 5° corps de cavalerie et durant les derniers jours de l’année 1813, le 24 décembre, sous les ordres d’Édouard Jean-Baptiste Milhaud (1766-1833), il affronte les premières troupes ennemies à Sainte-Croix-en-Plaine, près de Colmar. Les cavaliers français, appuyés par l’infanterie, battent le corps des partisans du général autrichien de Scheibler et taille en pièces, le 27 janvier 1814, au combat de Saint-Dizier, la division de cavalerie du général russe Lanskoy. L’Empereur est acclamé. Auguste raconte : « Les habitants, maltraités par les cosaques, l’appelaient leur libérateur. Napoléon descendit de cheval et défendit à ses gardes d’éloigner cette population qui se pressait autour de lui ».

D’une fidélité complète à l’Empereur, remarquable exécutant, «  soldat élégant, sociable et cultivé, évoluant avec aisance dans la vie mondaine », excellent homme de dossier, rompu au travail d’état-major, en janvier 1814, « Napoléon le nomma baron de l’empire, noblesse du champ d’honneur dont on a le droit d’être fier, car le hasard ne la donnait pas. »

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Armes du baron d’Empire Auguste Petiet : «  écartelé au premier d’ azur à l’ étoile d’ or , au deuxième de gueules au portique ouvert de deux colonnes surmontées d’ un fronton d’argent, au troisième de sinople au lièvre contourné et rampant d’ or , au quatrième à une branche de laurier d’ argent en bande chargée d’ une épée basse d’ or »

Au furieux combat de Nangis, le 17 février 1814, il charge « dans la vaste plaine de Guignes à Nangis une ligne de quinze cents chevaux cosaques, lanciers et chasseurs russes, […] il les culbute, laissant les dragons s’occuper de l’infanterie, et poursuit la cavalerie russe l’épée dans les reins…». Une nouvelle fois blessé de deux coups de feu, son cheval tué sous lui, il s’attendait à recevoir la décoration de commandeur. « Mais Napoléon, qui vit sur ses états de services que le colonel avait fait deux campagnes en Italie, le nomma chevalier de la Couronne de fer, noble décoration, alors nationale, que M. Petiet n’a point voulu changer depuis contre les deux Aigles de l’empereur d’Autriche ! (La Couronne de Fer, ordre honorifique créé en 1805 par Napoléon comme Roi d’Italie, pour récompenser les services rendus à la couronne.)

Plus tard, le 31 mars 1814, sa division arrive à Saint-Mammès. C’est là que Petiet et ses hommes apprennent la capitulation de Paris. « Cette nouvelle répandit la consternation dans l’armée », écrit-il, avant d’ajouter que « Le 1er avril, la division [était] réduite à trois cent cinquante chevaux, c’est-à-dire, ayant à peine le cadre de ses régiments, par suite des combats continuels et de ses marches forcées… ». Le 5ème corps de cavalerie dont fait partie la division de cavalerie légère de l’adjudant commandant Petiet sera dissout le 21 juin 1814.

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Portrait d’Auguste Petiet – Succession Petiet – Collection privée – (La glorieuse épopée de Napoléon – Héros des chevauchées impériales – Editions Atlas mai 2004)

Sous la première Restauration, Louis XVIII le fait chevalier de Saint-Louis et le confirme dans son titre de baron par lettres patentes du 11 novembre 1814.

Le 1° baron Petiet, déçu par la première Restauration, semble l’avoir été également par les Cent-Jours mais se rallie cependant à Napoléon.

Arguant d’abord de son ophtalmie pour éviter de se battre en Belgique, il rejoint finalement l’armée du Nord le 6 juin 1815 comme adjudant-général près le major général de l’armée, ce qui vaut un exposé précis sur les conditions de la bataille de Waterloo.

En quittant le champ de bataille avec l’armée pour porter un ordre de l’Empereur, il eut un cheval tué sous lui et fut lui-même blessé. Il est enfin nommé général de brigade, mais les troupes qu’il commandait furent ensuite licenciées à l’armée de la Loire.

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Détail des décorations figurant sur le portrait d’Auguste Petiet : la couronne de fer (second modèle de 1809) et celle de l’ordre de Saint-Louis, recréé en 1814 par le roi Louis XVIII, avec le but avoué de le substituer à la Légion d’honneur. Cette tentative fit long feu

Les Bourbons de retour, il paye immédiatement son ralliement à Napoléon. La seconde Restauration ne remporte guère davantage les suffrages du général que la première. L’homme est déçu comme l’étaient sans doute nombre de ceux qui, depuis quinze ans , avaient attaché leurs pas ceux de Napoléon Bonaparte. Il n’est pas confirmé dans son grade de général et mis en non-activité.

M. Petiet, rendu à la vie civile, refuse d’abord tout emploi dans l’armée où il ne pouvait d’ailleurs rentrer qu’avec le grade de colonel. Le mémorialiste qu’il était, paraît alors désabusé et relate sur un ton tout à fait impersonnel, les changements de gouvernement avec une réserve toute militaire. (Souvenirs militaires de l’histoire contemporaine, Paris, Dumaine, 1844)

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Première page de « Souvenirs militaires de l’histoire contemporaine » par le général Petiet (1844), 

A 34 ans, en 1818, il est réintégré mais sa carrière est à l’arrêt.

Il a donc du temps disponible pour écrire et publier le Journal historique de la division de cavalerie légère d’armée pendant la campagne de 1814 en france (Paris, 1821).

Il pense aussi, enfin,  à sa propre destinée. Le 11 avril 1822 il épouse à Paris, la jeune demoiselle Céleste Sylvie Michelle Andoueaud née le 16 octobre 1803 à Nice, fille d’une vieille connaissance, son ami le capitaine du génie Armand Louis Andoueaud, polytechnicien de la promotion 1796 (An 5) : En effet, en 1811, durant la malheureuse campagne d’Espagne, après avoir marché au nord en Estrémadure, pris Olivenza en janvier, gagné la bataille de Gebora le 11 février suivant, occupé Badajoz en mai, Auguste et Armand , Auguste sous le commandement de Soult, Armand sous celui du général François Joseph d’Estienne de Chaussegros de Léry (1754-1824), avaient combattu ensemble au siège du fort de Pardaleras, puis à la meurtrière et indécise bataille d’Albuera. Chef de batterie, le courageux capitaine Andoueaud, commandant dans l’état-major au 5° corps du génie, avait été chargé de continuer les travaux d’une redoute commencée par les Espagnols sur la hauteur d’Atalaya, à sept cents mètres environ du fort San-Cristoval. Il y fut blessé, proposé pour la Légion et y trouva la mort quelques jours plus tard…

En 1823, Auguste, récemment marié, rentre dans l’administration comme directeur des archives historiques du dépôt de la guerre (ministère de la Guerre) à Paris et y effectue un remarquable travail d’historien militaire. (cf Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850).

C’est durant cette période parisienne, au domicile familial du 28 rue Godot de Mauroy, que naissent ses deux fils, Victor et Charles. Fait Commandeur de la légion d’honneur le 23 mai 1825, son avancement piétine encore en 1830, alors que la France réunit des forces pour « abolir l’esclavage sur les côtes d’Afrique ». Il demande et obtint la permission de faire partie de cette expédition. 2016-03-04 18_37_11-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - WordLe 23 mars 1830, il est nommé dans l’état-major de la 3° division de l’expédition d’Afrique commandée par le maréchal Louis Auguste Victor de Ghaisne, comte de Bourmont (1773-1846), un ardent royaliste avec qui Auguste rencontre quelques incompatibilités.

Pendant le siège de Fort l’Empereur, un cheval est tué sous lui et il assiste à l’énorme explosion qui pulvérise la grosse tour au centre du Fort: les Turcs, en l’abandonnant, avaient mis le feu aux poudres. Les Français et Auguste avec eux, s’emparent et tiennent désormais à leur merci la Casbah et la ville d’Alger.

Le maréchal de Bourmont

Malade, il doit bientôt rentrer en France, reprendre ses fonctions au Dépôt de la Guerre et après les événements de Juillet, en décembre 1830, le « roi des Français » Louis-Philippe lui rend le grade de maréchal de camp dont les Bourbons l’avaient privé pendant quinze ans.

Au début de la Monarchie de Juillet, en avril 1831, le maréchal de camp Petiet est appelé au commandement du département de l’Hérault, au moment-même où le gouvernement procédait à quelques destitutions spectaculaires de personnalités en vue. Dans ce moment bien difficile d’opposition au nouveau régime, les journaux d’opposition avaient lancé une campagne de souscription en faveur d’une association nationale censée combattre le retour des Bourbons et les risques d’invasion étrangère, que patronnaient toutes les notabilités de gauche qui n’avaient pas tardé à créer en province un réseau de comités locaux. D’ailleurs, une circulaire aux préfets interdisait l’affiliation des agents de l’État, fonctionnaires, militaires, magistrats, « à une association qui, en prétendant défendre la révolution et le territoire national, s’érigeait en rivale de l’État ». Le Commandant Petiet eut fort à faire pour calmer les émeutes et les luttes populaires dans le département « et empêcha le sang de couler ».

Peu après, en octobre 1832, Louis-Philippe appelle à la présidence du Conseil « un homme de confiance », le maréchal Soult, une vieille connaissance du Commandant Petiet pour lequel « il vouait une déférence éclatante qui forma toujours contraste avec la neutre retenue mise dans l’évocation de l’empereur qui n’exclut pas la fierté de l’avoir servi et rencontré ». Le nouveau président du Conseil adressa une circulaire aux hauts fonctionnaires civils et militaires ainsi qu’aux hauts magistrats, résumant sa ligne de conduite en quelques mots : « Le système politique adopté par mon illustre prédécesseur sera le mien. […] L’ordre au-dedans et la paix au-dehors seront les gages les plus sûrs de sa durée. »

Nul doute que le Commandant Petiet exécuta cette note avec zèle et dévouement.

À la même époque, le département du Gard était commandé par le général Louis Pierre Alphonse, comte de Colbert-Chabanais (29 juin 1776 – 29 juin 1843 – Rennes). A Naples (Italie), le comte Alphonse avait épousé le 9 mars 1809, Isidore Eugénie Petiet (1788-1869) la jeune sœur d’Auguste. Les témoins de leur mariage furent Joachim Murat (1767-1815), roi de Naples et son épouse la princesse Caroline Bonaparte (1782-1839). 

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Le roi Murat. Par Heinrich Schmidt (1814) – source wikipedia
Marie-Annonciade, dite Caroline Bonaparte (1782-1839) – Princesse Murat, Reine des Deux-Siciles (Napoléon & Empire.com)

Le baron Auguste Petiet et le comte Alphonse de Colbert étaient donc beaux-frères, les deux départements du Midi commandés « en famille » par deux hommes qui eurent des carrières semblables. Le comte de Colbert-Chabanais s’était illustré durant les campagnes de la Révolution et de l’Empire, avait servi successivement dans l’ouest, aux armées de Sambre-et-Meuse, d’Italie et d’Orient ainsi qu’à Saint-Domingue sous les ordres de Leclerc, servi Bonaparte qui lui portait une sincère affection et Murat à Naples pour entrer en novembre 1808 comme chef d’escadron dans le régiment des vélites à cheval de la Garde de Joseph-Napoléon, alors roi des « Deux-Siciles ».

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Louis Pierre Alphonse, comte de Colbert-Chabanais (29 juin 1776 – 29 juin 1843 – Rennes)

Un décret impérial l’ayant autorisé à rester au service de ce prince, il devint major de son régiment le 12 décembre de la même année, et colonel aide de camp du roi Murat le 28 février 1810. Démissionnaire du service de Naples le 15 décembre 1811 et réadmis au service de France le 11 janvier 1812 avec son grade de colonel, il fut placé à la tête du 9e régiment bis de Hussards (devenu 12e) et le rejoignit à l’armée d’Espagne, puis aux campagnes d’Allemagne et de France. Confirmé dans son grade par Louis XVIII en 1814, il servit dans l’armée de Belgique en juin 1815 et poursuivit sa carrière sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Commandant la 3e subdivision de la 8e division (Var) où il avait été appelé le 14 août 1830, le comte Alphonse fut envoyé le 19 mars 1831 dans le département du Gard et y reçut le 20 avril suivant la croix de commandant de la Légion d’honneur.

Auguste Petiet occupa le poste de Commandant de l’Hérault jusqu’en 1833, et demeurait avec sa famille à Montpellier rue Ste Foy, dans la maison du parfumeur Pierre Riban (petit-fils du célèbre parfumeur Maurice Riban), avant d’être muté pour la même fonction dans le département du Loiret.

Le comte de Colbert-Chabanais  prit à son tour le commandement du département de l’Hérault le 29 juin 1835, puis le roi le nomma lieutenant-général et le plaça ensuite à la tête de la 13ème division militaire. Le comte mourut à Rennes, dans l’exercice de son commandement, le 2 juin 1843. Isidore Eugénie décédera à son tour en 1869 et sera inhumée à Paris dans la tombe où reposaient déjà son frère Alexandre et sa mère.

Après le département du Loiret, Auguste Petiet devenu membre du comité supérieur de cavalerie, entra comme maître des requêtes au Conseil d’état et publia en 1844 Souvenirs militaires de l’histoire contemporaine. Promu grand officier de la Légion d’honneur le 2 mùai 1846, il est admis à la retraite en 1848, époque où il prend résolument le parti du prince Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. Élu le 29 février 1852 député au Corps législatif dans la 1ère circonscription de la Nièvre comme candidat du gouvernement, il est réélu député du même département dans la majorité impérialiste le 22 juin 1857.

Il écrit encore et publie Pensées, maximes et réflexions (1851-1854), et Souvenirs historiques, militaires et particuliers, 1784-1815 : mémoires d’un hussard de l’Empire, aide de camp du maréchal Soult. Il a aussi collaboré à plusieurs journaux militaires, notamment au Spectateur militaire.

Il décède le 1° août 1858 en son domicile parisien. 

Sa dépouille fut rapatriée à Montpellier dans la concession familiale perpétuelle qu’il avait fondée en 1833 au cimetière de l’hôpital général (le cimetière communal St Lazare n’existait pas encore et ne sera mis en service qu’en septembre 1849) pour inhumer sa jeune épouse décédée dans cette ville le 21 février à l’âge de 29 ans, alors qu’il commandait le département de l’Hérault

Elle lui avait laissé deux jeunes orphelins, les jeunes  Victor Augustin (Paris 25 mars 1823 – 1899), 2e baron Petiet (en 1858), futur sous-préfet du Second Empire à Autun, et Charles Armand (Paris 2 octobre 1825 – 1905 Lorient) 3ème baron Petiet (en 1899), futur général de brigade.

Auguste Petiet fut également le père nourricier d’Henri Fortuné de Laforcade (Lauzerville 1807-1864 Beaulieu), ancien élève de l’Ecole Royale spéciale militaire de Saint-Cyr, Capitaine d’Etat-Major, Sous-intendant militaire et Aide de Camp du Général Petiet avec lequel il fit la campagne de 1830 en Algérie au 9ème régiment d’infanterie légère et fut décoré de la légion d’honneur en avril 1831.

Sur la tombe de son épouse, Auguste Petiet avait fait graver cette émouvante épitaphe :

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En avril 1967, lorsque le cimetière de l’hôpital général fut désaffecté, la sépulture du baron Petiet et de sa jeune épouse fut transférée au cimetière de l’Extension de St Lazare (Extension 1, 3° division, N°4 du 2° rang). Ils y reposent toujours et le monument que l’on peut encore voir aujourd’hui est celui qu’Auguste avait fait élevé sur la tombe de sa chère épouse.

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Vue générale  de la tombe du cimetière Extension à St Lazare . Les gravures de la stèle commencent à s’effacer (photo MP en 2009)

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Détail de la dalle du cimetière Extension  à St Lazare. La dalle devient tachée et moussue (photo MP en 2009)

En 1907, un manuscrit fut mis à la disposition de la Société Historique des Deux-Sèvres qui avait pour titre : Souvenirs d’un page de l’empereur Napoléon.

Ce page était le jeune Sylvain Petiet (1794-1868), le 3° et le plus jeune fils de Claude Petiet. Au moment d’Austerlitz en 1805, il n’avait pas encore 12 ans, et lorsqu’il atteint cet âge, le 18 octobre 1807, après la mort de son père, il fut nommé Page à la Maison de l’Empereur qui appartenait et dépendait des services du grand écuyer, Armand de Caulincourt duc de Vicence.

2016-03-05 19_47_58-Gravures anciennes _ Portraits _ Caulaincourt, Duc De VicenceArmand de Caulincourt duc de Vicence 

Sitôt nommé Empereur, Napoléon avait jeté les bases d’une aristocratie nouvelle et restauré la fonction de page, établissant ainsi « l’Étiquette du palais impérial ». D’abord au nombre de 10, puis rapidement de 23, ces jeunes gens issus des meilleures familles de la noblesse impériale, étudiaient sous la férule de leurs professeurs et de leurs instructeurs, les mathématiques, les sciences, le dessin, mais surtout l’instruction militaire et l’équitation.

Les jours de grande cérémonie, les pages endossaient leur bel habit vert brodé d’or rehaussé d’écarlate, « se cramponnaient comme ils le pouvaient à l’avant et à l’arrière du carrosse impérial » et au cours des grands dîners d’apparat, étaient chargés du service de leurs Majestés. En campagne le Page de service suivait Napoléon dans tous ses déplacements, portant en bandoulière la célèbre lunette dans un étui de cuir et dans ses fontes, les gants et les mouchoirs de l’Empereur. Vu son jeune âge, il n’était pas obligé de veiller, comme le faisaient les Aides de camp, les Officiers d’ordonnance et les valets de chambre qui étaient de service jour et nuit.

Sylvain fut alors un « témoin, alors bien jeune, et qui, avec la vive et forte mémoire qu’ont les enfants, n’en avait perdu aucune » (Michelet)

Les souvenirs du jeune page Petiet offrent un intérêt spécial dû à ce qu’il remplissait ses fonctions à la cour au moment du divorce (15 décembre 1809) et qu’il rapporte maint détail inédit de la vie intime de l’Empereur à cette époque et des relations continuées secrètement avec l’ancienne impératrice Joséphine. Il nous révèle ainsi des foules de détails, évidemment absents des sources archivistiques, qui permettent de mieux comprendre quelle était la vie quotidienne au sein de la Maison de l’Empereur et comment l’étiquette et le service pouvaient s’adapter aux circonstances.

Ainsi nous savons que Napoléon ne déjeunait pas toujours à table, servi par un maître d’hôtel. Il lui arrivait aussi de prendre un repas froid à la « bonne franquette » : « Quelquefois aussi l’Empereur faisait halte en plein champ, descendait, s’asseyait sous un arbre et demandait son déjeuner. Roustam et les valets de pied tiraient les provisions de la voiture de Sa Majesté, qui était garnie de petites casseroles d’argent couvertes, et contenant poulets, perdreaux, etc. ». Le Premier page Petiet raconte par exemple avoir eu l’opportunité, en 1811, de partager une cuisse de poulet avec l’Empereur en plein milieu d’une forêt normande : « on ouvrit une boîte de fer blanc où était une volaille rôtie, l’Empereur la prit par une cuisse et me dit de tirer l’autre ; il donna aussi un membre à l’écuyer de service et un autre au Grand maréchal. »

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Photo d’illustration montrant l’Empereur et un Page porte lunette – (http://fr.empirecostume.com/page-porte-lunette-de-l-empereur-a1334.htm)
Comme tous les costumes du sacre, celui des pages fut dessiné par Jean-Baptiste Isabey. L’écharpe en satin brodé d’aigles était portée lors des déplacements normaux ou en campagne. Cet habit se portait avec une culotte verte et des bottes à revers que l’on pouvait retrousser, ou avec une culotte de peau et des bottes à écuyère. 

Comme tous les pages de l’Empereur, il quitte ce service à 18 ans pour être intégré dans les rangs de l’armée, devient chef d’escadron de cavalerie, prend part à l’expédition de Russie (1812), fait officier de la Légion d’honneur et décoré de la médaille de St Louis. Il avait épousé vers 1825 Marie Anne de Sainte-Hermine (1799-1869).

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Campagne de Russie (1812) : Dans le sens horaire en commençant par la gauche: La bataille de Borodino, le grand feu de Moscou, l’arrière-garde dirigée par le Maréchal Ney, les traînards de la Grande Armée.

 

« L’art d’être tantôt très audacieux et tantôt très prudent est l’art de réussir.» Napoléon Bonaparte

« Un homme est véritablement libre, s’il ne craint ni ne désire rien. » Auguste Petiet

2016-03-04 19_54_28-PETIET Auguste [Mode de compatibilité] - Word Signature d’Augustin Petiet en 1813

Sources :

  • Auguste Petiet, Souvenirs historiques, militaires et particuliers, 1784-1815. Mémoires d’un hussard de l’Empire, aide de camp du maréchal Soult, Edité par Nicole Gotteri, préface de Jean Tulard, Paris : S.P.M., 1996, 528 p.
  • Claude Petiet, ministre de la Guerre, intendant général de la Grande Armée, et ses fils Alexandre, Auguste et Sylvain. Le devenir de la condition militaire de la fin de l’Ancien régime au Second Empire, 1749-1868, Préface d’Yves-Marie Bercé, Paris : S.P.M., 1999, 427 p.
  • Le Plutarque de 1847 : Biographie des hommes du jour, Germain Sarrut, Paris, 1847.
  • Sylvain Pétiet, « Souvenirs d’un page de l’Empereur », in Société historique et scientifique des Deux-Sèvres, procès-verbaux, mémoires, notes et documents, 4e année, 1908, 2e partie, p. 47.
  • Le cœur de Stendhal, l’histoire de sa vie et de ses sentiments, Volume 1, Henri Martineau , Editions Albin Michel, 1952.
  • Pour connaitre l’histoire de leur descendance : http://www.christaldesaintmarc.com/claude-petiet-et-sa-descendance-c103276/1
  • Le site très intéressant : http://lestafette.unblog.fr/