LAISSAC Alexandre

Laurent, Alexandre LAISSAC. Propriétaire. Maire Républicain démocrate de Montpellier de 1878 à 1888 et en 1896-1897. Né le 7 novembre 1834 à Olargues (Hérault). Fils de Laurent LAISSAC et Rose, Sophie BERBIE. Epoux de Joséphine, Olympe, Denise LAISSAC. Décédé le 7 février 1913 à Montpellier. Inhumé au cimetière St Lazare secteur F 22ème tombe du 9° rang.

Lorsque Laurent Alexandre Laissac naît le 7 novembre 1834 à Olargues, gros village d’un millier d’âmes situé à cinquante kilomètres au nord de Béziers, il a déjà une sœur de deux ans prénommée Rose. Le nouveau-né reçoit en premier le prénom de son père, mais l’usage lui conservera le second, Alexandre. Il appartient à une famille modeste, son père est boulanger et sa mère, Rose Sophie Berbié, ne travaille pas.

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Toute la famille loge dans une maison du village rue Baubil (aujourd’hui rue du long de la muraille) et c’est là que le jeune Alexandre va grandir, entouré de ses parents devenus entre temps marchands de laine.

 2016-04-03 17_23_55-Olargues maison Laissac - Laurent Alexandre Laissac — Wikipédia

Comme ses parents qui sont laïques, il ne fréquente pas l’église mais participe à la vie du village, aux vendanges, apprend à lire et à écrire à l’école publique du village où ses petits compagnons de jeu sont les fils des agriculteurs, des petits commerçants et des artisans.

Toute sa jeunesse, Alexandre entend parler de l’oncle Gustave (Jean, Pierre, Gustave Laissac , 1809-1858), de son parcours social et politique et nourrit une grande admiration pour cet oncle, fils de marchands de grains, devenu avocat engagé en politique, ardent défenseur des ouvriers en grève durant la monarchie de Juillet puis élu élu à la députation, Procureur Général près la Cour d’Appel de Montpellier et Représentant du Peuple en 1849. Cette brillante ascension sociale marque profondément et influence fortement l’adolescent qui quitte Olargues pour s’installer à Montpellier chez l’oncle Gustave, 34 Grand rue. De toute façon, il faut quitter le village et aller en ville, lorsqu’on veut faire une carrière autre que paysan, agriculteur, artisan ou petit commerçant.

A 18 ans, Alexandre est doué, intelligent et travailleur. Devenu commis négociant, il côtoie le milieu viticole et comme son oncle Gustave, se tourne très tôt vers la politique et fréquente le milieu républicain. Il fait alors probablement de fréquents séjours à Paris avec son oncle Gustave qui y décède en 1858.

Il fréquente sa cousine Joséphine Olympe Denise Laissac (Montpellier 1841-1898), la fille de Gustave qui lui apporte en dot des propriétés viticoles lorsqu’ils se marient à Montpellier le 27 avril 1865.

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Mariage avec Denise le 27 avril 1865 (source Mémoire d’Oc n°142 octobre 2009 – UTT Montpellier)

Le couple installé au n° 7 du Boulevard de l’Observatoire aura 6 enfants, 4 filles et 2 fils, dont Marcel Alexandre Joseph, qu’ils auront la douleur de perdre avant qu’il n’ait atteint sa 20ème année.

Confronté au Second Empire, Alexandre Laissac apparaît sur la scène politique locale dès la proclamation de la République, le 30 avril 1871 et il est élu pour la première fois au Conseil Municipal de Montpellier.

Durant près de quarante année (plus précisément jusqu’en 1910), il multiplie les mandats et nominations aux diverses instances communales ou départementales, se présentant aux différentes élections sous la bannière des Républicains modérés : Maire par décret présidentiel dès 1878, Alexandre Laissac est réélu au suffrage universel en 1884 et conserve son fauteuil jusqu’en 1892 puis de 1896 à 1897, Conseil Général du canton d’Olargues en 1880, Président de ce même Conseil de 1895 à sa mort.

Libre penseur, il fait partie du groupe Libre-pensée Victor Hugo de Montpellier. Naturellement, il prend position contre le cléricalisme, interdisant par exemple les processions dans les rues de Montpellier dans un arrêté du 20 mai 1880 et débaptise de nombreuses rues de la ville, ainsi, la rue Saint-Roch devient la rue de la République. Dans sa sagesse, il a cependant évité les conflits ouverts avec l’évêque de Montpellier, Monseigneur de Cabrières

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Il a aussi, bien entendu, beaucoup œuvré au développement de l’enseignement laïque, avec notamment, la construction du Lycée Clémenceau, le premier lycée de filles en France qui ouvre ses portes le 11 octobre 1881 à 73 élèves. 2016-04-03 17_09_49-Résultats Google Recherche d'images correspondant à http___www.montpellier-histo

Pour Laissac, l’éducation doit se faire dans un espace exaltant « les idées modernes, les principes démocratiques (pour) éclairer les esprits et les prévenir des mauvaises doctrines ».

Dans le cadre municipal et départemental, décidé à renverser les montagnes, Alexandre Laissac s’est distingué en impulsant une politique dynamique d’aménagement du territoire : Comme Conseiller Général, il soutient la construction par la Compagnie du Midi de la ligne de chemin de fer reliant Bédarieux à Mazamet et le chemin reliant Olargues à Fraisse-sur-Agout par le Col de Fonfroide est transformé en route carrossable.

Sur le plan communal, la Ville lui doit en 1890, le nouveau hôpital suburbain Saint-Eloi, construit alors à la périphérie de la ville et l’installation des facultés de Droit, de Sciences et de Lettres dans les anciens bâtiments rue Blanquerie (aujourd’hui de l’Université),

le marché de la place de l’Observatoire (appelé plus tard Halles Laissac) qui insuffle une nouvelle vitalité commerciale au quartier de la gare.

2016-04-03 16_58_11-Halles Laissac 130 ans et trois constructions _ La Gazette de Montpellier.fr

L’agrandissement de la place de la Comédie doit également être mis à son actif, lié à la reconstruction du théâtre municipal détruit par un incendie en avril 1881 et sur l’Esplanade, il fait bâtir l’hôtel de l’association des étudiants, qui est aujourd’hui le Pavillon Populaire.

Il poursuit l’opération de la « rue Impériale » ou rue Nationale souhaité par le précédent Maire Jules Pagézy (actuelle rue Foch) et devant la Préfecture, fait aménager un square avec une fontaine.2016-04-03 19_27_50-Archives Municipales de Montpellier - Visualiseur d'images

Il se démène également auprès des ministères pour que l’école des Beaux-Arts devienne École Régionale des Beaux-Arts, transformation acceptée en 1882 par un arrêté ministériel, ce qui permet à l’école d’obtenir des subventions de l’État, et rétablit la Faculté de Droit supprimée à Montpellier à la Révolution, prenant en charge son fonctionnement.

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Le Maire Laissac a marqué son temps et son territoire d’une empreinte indélébile : Montpellier est transfiguré et embelli, dans la décennie qui précède la première guerre, les diverses municipalités qui se succèdent n’ont que des retouches à apporter en ce qui concerne les quartiers du centre.

Grâce à lui, la ville s’impose progressivement comme la principale cité du Bas-Languedoc.

En mai 1890, il accueille le Président Sadi Carnot qui le décore de la rosette de la Légion d’Honneur, à l’occasion de l’inauguration du nouveau Lycée de jeunes filles que la Ville a fait construire avenue de Toulouse (actuel Lycée Clémenceau).

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Par son allure simple, sa bonhomie, cet illustre Héraultais visionnaire, très populaire au Clapas, attirait à lui les suffrages de ses administrés. Celui que ses contemporains décrivaient comme un homme de « haute stature à la figure austère surmontée d’une belle chevelure blanche » décède le 7 janvier 1913 à 6 heures du matin, en son domicile du 7 boulevard de l’Observatoire, à l’âge de 78 ans.2016-04-03 19_35_25-LAISSAC Laurent Alexandre - Word

Ses obsèques civiles ont lieu le lendemain à 15 heures. Le convoi funèbre suivit le trajet du point Terminus et du faubourg de Nimes pour se rendre au cimetière Saint-Lazare où le Maire de la Ville, le médecin et pharmacien Paul Pezet, rend hommage à ce brillant prédécesseur, puis il fut inhumé aux côtés de son épouse décédée en 1898 et de son fils tôt disparu, dans le caveau de famille secteur F 22ème tombe du 9° rang.

2016-04-03 19_39_38-LAISSAC Laurent Alexandre - WordOlargues, sa ville natale, lui a rendu hommage par la construction d’un monument à son effigie, œuvre du sculpteur Jean Marie Joseph Magrou (1869-1945), sur la place qui porte également son nom.

La tradition veut que le buste déposé sur la tombe d’Alexandre Laissac au cimetière saint Lazare de Montpellier soit une version en terre cuite de Magrou, ayant servi de maquette pour le buste réalisé en pierre à Olargues en 1914.

Buste en pierre d’Alexandre Laissac à Olargues, oeuvre de Magrou

 

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Buste en terre cuite du cimetière Saint-Lazare – Vues prises avant l’enlèvement du buste par mesure de sauvegarde 

Cette version comporte deux erreurs : La première, la tombe sur laquelle a été déposé le buste n’a jamais été celle où repose l’ancien Maire de la Ville, mais celle appartenant à son fils Joseph né en 1875 époux d’une demoiselle Thouret.

Comme dans tous les cimetières, il y a à Saint-Lazare des objets qui se déplacent… Ainsi, le buste de l’édile municipal, déposé dans un premier temps sur sa tombe , a été « emprunté » il y a de nombreuses années. Lorsqu’il réapparut, il fut déposé sur le caveau le plus proche de l’entrée qui était celui de la famille Thouret.

La seconde erreur, qui n’est pas la moindre, attribue ce buste à Magrou, comme le buste d’Olargues avec lequel, il faut bien reconnaître, il a une sérieuse ressemblance. En réalité, la sculpture est dédicacé sur l’épaule droite par le sculpteur biterrois Jean- Antoine Injalbert (1845-1933) : « à Monsieur A. Laissac, Maire de Montpellier, Souvenir affectueux » suivi de la signature de l’artiste, A Injalbert.

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Sans un examen attentif de l’œuvre, la confusion est compréhensible, Magrou, ayant été l’élève d’Injalbert, son style en avait subi l’heureuse influence.

Mais pourquoi cet hommage du sculpteur Injalbert au Maire ?

Cette marque de reconnaissance affectueuse et respectueuse peut s’expliquer par l’amitié et l’estime qui unissaient le Maire et l’artiste.

Injalbert était un sculpteur exceptionnel, reconnu et glorifié de son vivant, prix de Rome de 1874 pour La Douleur d’Orphée, il expose Le Christ à l’Exposition universelle de Paris de 1878, obtient un grand prix à l’Exposition universelle de 1889 et son buste de Marianne 2016-04-03 20_02_35-Marianne bust - Jean-Antoine Injalbert — Wikipédiaréalisé à l’occasion du Centenaire de la Révolution française en 1889 est un des plus répandus dans les mairies et les écoles françaises à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

De son côté, Alexandre Laissac s’était intéressé aux arts et avait passé des commandes à Injalbert : les «Lions», statues à l’entrée du Peyrou en 1883, les quatre statues du théâtre, le fronton «Injalbert» place de la Comédie, aujourd’hui à l’entrée du Musée Fabre et le fronton de l’hôpital Saint-Éloi…

Ce sculpteur de génie avait le talent incomparable de donner la sensation du mouvement et de la forme à ses œuvres, à la fois pleines de sensibilité, de sensualité et de vie et parfois d’humour. Le buste de Monsieur Laissac nous offre une image vivante et réaliste d’un homme de son temps, aux moustaches frémissantes, au regard vif, la rosette de la Légion d’honneur à la boutonnière, très proche de son portrait réalisé en 1905.

Par mesure de sauvegarde, le buste a été enlevé par le Conservateur des cimetières.

« Hélas, aujourd’hui, l’ingratitude de la vie nous le ferait oublier si ce n’était le nom de la place et des Halles Alexandre Laissac qui lui sont consacrées au centre de Montpellier … » Conférence de Régis MARTIN dans le cadre de MEMOIRE D’OC

Les halles en 2016 et le projet de reconstruction des nouvelles halles, assez proche finalement des halles du XIXème ...