ABEILLE Magdeleine, épouse Borne-Desfourneaux

Magdeleine Julienne ABEILLE, épouse Borne-Desfourneaux. Née à Pointe-à-Pitre en 1777, décédée à Montpellier en 1850 ; inhumée au cimetière protestant de Montpellier.

Pour le plus grand malheur de la famille Abeille, un petit bout de terre Caraïbe, la Guadeloupe, a été tour à tour objet des ambitions britanniques et françaises.

Les Anglais ont comblé les marécages insalubres et créé un petit port dans la baie du Petit-Cul-de-Sac-Marin. En 1763, l’île, redevenue française, retient l’attention des agents royaux pour ses nombreux avantages naturels, et Dominique ABEILLE, né en France, chirurgien de son état, s’installe dans la baie qui se nomme maintenant Pointe-à-Pitre. La ville prend son essor, des magasins royaux et un hôpital militaire sont construits, mais le cyclone du 6 septembre 1774 anéantit ces efforts.

Quand Magdeleine Julienne ABEILLE, la fille du docteur et de son épouse Magdeleine JARY, vient au monde en 1777, les grands travaux n’ont guère avancé, sauf sur les terrains du roi et ceux de riches particuliers dont son père fait partie. Il a en effet amassé une immense fortune, acheté des concessions, fait construire un hôpital et une case en pierre dans l’élégant quartier « blanc » au sud de la ville.

En mars 1780 un gigantesque incendie ravage plus de 100 maisons construites en bois de poirier, arbre à pain ou goyavier. Cette catastrophe sans précédent permet l’alignement définitif en damier de la ville, et Dominique Abeille fait construire les nouveaux bâtiments de l’hôpital militaire en pierre, dans le plus pur style colonial. Jusqu’en 1794, le docteur est au sommet de sa carrière comme entrepreneur des hôpitaux, autrement dit comme directeur général des hôpitaux militaires de Belleplaine, Stevenson et Soubies. Lié contractuellement avec le gouvernement Conventionnel français, il doit aménager, approvisionner et fournir tout le nécessaire aux soins des malades et blessés de l’armée française.

Mais, le 12 avril 1794, les troupes anglaises du général GREY, profitant des troubles de la Révolution française, envahissent l’île. Ce dernier décide le jour même que les blessés de son armée à Morne Marescot et à Fleur de l’Epée seront soignés dans les hôpitaux réputés du docteur Abeille. Car il y a urgence : aux blessés s’ajoute une épidémie de fièvre jaune. Il propose au doctor Abeille le maintien de son poste au sein du gouvernement britannique, mais le docteur refuse tout net : son choix est fait, il retourne en France avec sa fortune et sa famille. Cependant, le général Grey obtient qu’il continue son service et lui impose de nouvelles conditions drastiques de travail et de fournitures. Par humanité et sous la pression, Dominique Abeille signe le contrat qui le lie au gouvernement Britannique et fait construire en urgence des bâtiments supplémentaires en bois, fournit sur ses propres deniers des centaines d’esclaves noirs pour l’entretien des locaux, les soins, le transport en hamac des malades, la cuisine, les vêtements et tout le nécessaire. Durant 4 mois, il se démène sans compter, pourvoit au bon fonctionnement des hôpitaux, sans recevoir aucun acompte ni défraiement pour lui-même, pour les drogues, remèdes et soins fournis aux nombreux malades Anglais.

Le 6 juin 1794, Victor Hugues, ancien accusateur public au tribunal révolutionnaire nommé Commissaire de la République, chasse les Britanniques de Pointe-à-Pitre. A 20 heures, le drapeau tricolore flotte à nouveau sur la ville, les Britanniques ont ordre d’évacuer et d’embarquer sur leur flottille ancrée dans le port. Les Anglais abandonnent sur place les malades intransportables et à minuit, ils rasent les bâtiments de l’hôpital, incendient ceux en bois et les registres d’admission, emmenant avec eux 84 des esclaves noirs du docteur qui ne reverront jamais leur île. Mais Pointe-à-Pitre libérée a hérité d’un tyran : le Gouverneur Hugues, surnommé Le Terrible, ne perd pas de temps ; il fait dresser une guillotine où il envoie récalcitrants, esclaves révoltés et suspects. Tout service rendu aux Anglais étant un crime de trahison, le cas du docteur Abeille est à étudier. Il confisque ses hôpitaux, ou du moins ce qu’il en reste, le fait arrêter et jeter en prison. L’urgence pour l’instant est de trouver des lits pour les soldats français malades et blessés, et de se débarrasser des malades anglais laissés sur place et indésirables. Les appartements privés des Abeille feront l’affaire, aménagés à la hâte, les Anglais y sont transférés. La famille du docteur les assiste jusqu’en décembre 1794, date où toute l’île est définitivement évacuée. Le docteur Abeille échappe par miracle à l’échafaud mais, ruiné, épuisé, n’exerçant plus, il finit misérablement sa vie. La famille Abeille paie au prix fort la confiance qu’il avait mise sur son honneur.

Dès 1808 en France, et en 1814 auprès du gouvernement anglais, la veuve du docteur Abeille dépose une requête pour la reconnaissance de la créance et obtiendra du gouvernement Britannique 1.380.000 £, soit 33 millions d’euros actuels environ.

Pour l’instant, en novembre 1798, rien ne va plus : la Guadeloupe est à nouveau en état de siège, l’ordre public n’est plus assuré et les planteurs békés (habitants créoles de race blanche) envisagent une nouvelle fois de livrer l’île aux Britanniques. Sous la pression des émigrés de Guadeloupe rentrés en France, Hugues est rappelé et le Directoire nomme le général d’infanterie Edme Etienne Borne Desfourneaux (Vézelay, Yonne 1767 – Paris 1849) Gouverneur de la Guadeloupe.

Fils d’Etienne, avocat au Parlement, et d’Antoinette Chauveau, ce général de 31 ans, nommé 4 ans plus tôt, distingué par sa fermeté dès 1789 à Amiens (la ville reconnaissante lui offre une montre d’or gravée de l’inscription Au brave Desfourneau), ne compte plus ses blessures dont sa main gauche partagée d’un coup de biscayen. Quand il débarque à la Guadeloupe le 22 novembre 1798, il a déjà servi dans les Caraïbes comme Commandeur de la place de Port-au-Prince (Haiti).

Les états de service de Desfourneaux

Les états de service de Desfourneaux

Aussitôt, il doit lutter pour conserver l’île intacte, la défendre contre les Anglais qui ne démordent pas, et tente une réforme de la gestion locale qui est mal perçue par la population et une partie de l’armée.

La paix approximative lui permet de se marier le 21 juin 1799 à Magdeleine Julienne Abeille, mais rappelé en France pour mise à disposition du ministre de la Marine, il y débarque en 1800 avec sa jeune épouse. La veuve Abeille est restée sur l’île où elle loue un dortoir dans une propriété du quartier élégant de la rue Täscher.

En 1801, commandant les secours envoyés en Egypte sur la frégate l’Africaine, le général est fait prisonnier par les Anglais à Gibraltar, après un combat où périssent trois de ses aides-de-camp, son frère et son neveu. Blessé lui-même, il revient en France par suite d’échange, et repart pour Saint-Domingue avec le général Leclerc.

La colonie de Saint-Domingue pendant la guerre civile

La colonie de Saint-Domingue pendant la guerre civile

Mis à la retraite en 1803, il se retire dans sa propriété de l’Yonne, au château de Cézy édifié par Jacques Cœur. En 1811 il est élu à la Chambre des représentants, nommé baron de l’Empire en 1813 et comte en 1819, Grand-Croix de la Légion d’honneur par ordonnance du 3 août 1814, chevalier de Saint-Louis.

Les armoiries du baron Desfourneaux

Les armoiries du baron Desfourneaux

Pendant les Cent-Jours, nettement hostile à Napoléon, il commande les troupes chargées de défendre les hauteurs de Montmartre, mais son caractère entier et ses intempérances de langage lui valent quelques ennemis et, un temps suspect aux Bourbons, il cesse définitivement de servir à la seconde Restauration.

Magdeleine Julienne Abeille lui donnera un fils unique, Etienne Pierre Henri Jules BORNE-DESFOURNEAUX (1803-24/1/1887), propriétaire, qui héritera du château de Cézy. Honoré de Balzac utilisera ce château comme référence dans La Comédie humaine et le pseudonyme du Général comte de Montcornet pour le général comte Desfourneaux où il apparaît pour la première fois en 1809 dans La Paix du ménage.

Le nom du général, mort à Paris le 22 février 1849 à l’âge de 81 ans, est inscrit sur le côté Ouest de l’Arc de triomphe de l’Etoile.

Celui de sa veuve, décédée le 23 avril 1850 à Montpellier à l’âge de 73 ans, est gravé un an plus tard sur une simple dalle du cimetière protestant à Montpellier, où elle repose toujours.

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