Histoire des cimetières

Histoire des lieux d’inhumation de Montpellier

1. Les cimetières actuels

Le Cimetière protestant : le plus ancien

Le décret sur les sépultures signé le 23 prairial an XII (12 juin 1804) par Napoléon Bonaparte instaure officiellement la possibilité de cimetières confessionnels : « Dans les communes où l’on professe plusieurs cultes, chaque culte doit avoir un lieu d’inhumation particulier ; et, dans le cas où il n’y aurait qu’un seul cimetière, on le partagera par des murs, haies ou fossés, en autant de parties qu’il y aura de cultes différents avec une entrée particulière pour chacune et en proportionnant cet espace au nombres d’habitants de chaque culte. »

La communauté protestante de Montpellier étant assez importante, elle demande aux autorités de la Ville la création d’un cimetière propre, qui est ouvert en 1809 : c’est le 4e cimetière protestant dans l’histoire de Montpellier – il a donc fêté en 2009 son bicentenaire.

Érigé sur un champ acheté par la ville comme l’impose désormais la loi, situé en face de la fontaine de Lattes et bordé par le ruisseau des Aiguerelles, au sud-est de la commune, le « cimetière des protestants » accueille sa première inhumation le 20 novembre 1809, celle d’une jeune femme de 21 ans – ce qui fait du cimetière des protestants le plus ancien des cimetières de la ville de Montpellier.

Rapidement trop petit, le cimetière est agrandi à plusieurs reprises, pour atteindre sa forme actuelle, triangulaire, et sa surface d’un hectare et demi. Érigé hors de la ville pour des raisons d’hygiène, il se voit progressivement rattrapé par l’essor urbain du 19e siècle, puis englobé au 20e siècle.

Ordonné autour de deux grandes allées perpendiculaires, le cimetière abrite une chapelle, élevée en 1899, et un carré militaire depuis 1890. Délimité par des chaînes reliant six obus de 370, le Carré militaire est complété en 1921 d’un Monument aux morts, portique avec colonnettes à chapiteaux sculptés séparant cinq plaques de pierre portant les noms de 99 soldats disparus pendant la Première Guerre Mondiale.

Le cimetière protestant présente enfin la caractéristique d’être l’un des rares cimetières urbains privés de France.

[Plan ass MPM]

Bibliographie : Charles Delormeau, Le Cimetière protestant de Montpellier, Montpellier, 1963.

Le Cimetière Saint-Lazare

En raison de l’insalubrité des cimetières de l’Ancien Régime toujours utilisés au début du XIXe siècle, la Municipalité décida en 1844 de la création d’un nouveau cimetière.

Après de nombreuses hésitations sur l’emplacement qui devait être retenu, il fut décidé d’établir le nouveau cimetière au nord de la commune, sur les anciennes maladreriesle long de l’ancienne route royale de Nîmes et en bordure du Lez. Les maladreries ayant été au XVIIsiècle la propriété de l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, comme en attestait un édit de Louis XIV de 1672 présenté comme titre de propriété par l’Hôpital Général, le receveur municipal Casimir Desmazes proposa en juin 1849 au maire de la ville de dénommer en souvenir de cette ancienne possession le cimetière « Saint-Lazare ».

Les travaux du nouveau cimetière sont achevés en août 1849. Le cimetière est encadré au nord par les eaux du Lez et le chemin des moulins de Sauret, au sud par le chemin du jeu de mail, à l’ouest par l’ancienne route royale, à l’est par la nouvelle route royale de Lyon à Béziers. Il occupe alors six hectares et trente-trois ares : on prévoit de mettre en service plus de 5700 concessions et 10.000 emplacements pour des inhumations ordinaires, pour une population totale de la ville de 45.000 habitants environ.

Le 14 septembre 1849 a lieu l’inauguration, en présence du maire, Louis Parmentier, du conseil municipal, des commissaires de police et des employés des divers services communaux. Après une cérémonie à la cathédrale Saint-Pierre, la foule se rend en procession jusqu’au nouveau cimetière communal.

Vue aérienne du cimetière Saint-Lazare

Des extensions furent nécessaires, dès 1864, puis en 1918, et en 1965.

Dans le cimetière repose la reine Hélène d’Italie (1873-1952), fille du roi Nicolas Ier de Monténégro, et épouse du roi Victor Emmanuel III d’Italie aux côtés de qui elle régna pendant près d’un demi-siècle.

BibliographieGuide historique du Cimetière Saint-Lazare, Montpellier, 1989.

Le vieux Cimetière israélite

Eu égard à la présence ancienne et renouvelée d’une communauté juive à Montpellier, et en raison des demandes répétées de la part des autorités israélites, le Conseil municipal décida en 1844 d’affecter un terrain « particulier et séparé » du futur cimetière aux inhumations israélites.

Lors de la bénédiction du cimetière Saint-Lazare par le vicaire général en 1849, fut exceptée une partie du terrain, de forme triangulaire, située à l’est : le futur cimetière israélite.

La plus ancienne tombe aujourd’hui visible dans le cimetière est celle de Joseph Vidal-Naquet (C 239), propriétaire, « décédé le 22 7bre1855 à l’âge de 59 ans. Que la paix l’environne, qu’il repose doucement dans sa couche parce qu’il a marché dans la droiture. Isaïe 57, 2 ».

Mais le défunt le plus célèbre du cimetière est certainement Eugène Lisbonne (1818-1891). Originaire de Nyons (Drôme), avocat, bâtonnier, républicain et procureur de la République à Béziers en 1848, victime de la répression du coup d’État de 1851, il devient à la chute de l’Empire préfet de l’Hérault, conseiller général puis président du Conseil général, député, sénateur.

Le cimetière israélite se trouve à près de trois mètres en contrebas des terrains du cimetière catholique, et il est séparé de celui-ci par un mur de clôture en moellon. Il bénéficie d’une entrée séparée, située à l’extrémité du cimetière catholique, « dans une espèce de renfoncement formé par le mouvement du sol de l’ancienne route royale » (désormais appelée plus souvent le chemin de Castelnau). En 2006, à l’occasion des travaux pour le passage du tramway, l’entrée principale fut déplacée sur la rue du Pont de Castelnau, une entrée secondaire étant possible par le cimetière Saint-Lazare.

Le Cimetière de Celleneuve

Autrefois un hameau, Celleneuve est devenu un quartier de Montpellier.

En 1677, le cimetière du village n’était autre que l’actuelle place Renaudel. En mai 1808, les Celleneuvois adressent au Maire de Montpellier, une pétition faisant ressortir «  que ce lieu d’inhumation est entouré d’habitations, qu’il est insuffisant, surtout depuis que l’on a réuni le territoire de Juvignac à Celleneuve, pour les besoins de la cause, etc.  »

En conséquence le 18 juin 1809, un décret de Napoléon 1er autorise le maire de Montpellier à acheter un terrain de 7 ares pour l’établissement d’un nouveau cimetière. Les deux architectes de la ville, Donnat et Nougaret, construisent un cimetière pour le faubourg, situé en bordure du chemin menant à la Paillade. Et en 1832 l’emplacement de l’ancien cimetière devient place publique.

En 1849, lorsque le cimetière Saint-Lazare est ouvert, la ville de Montpellier décide que les Celleneuvois, trop éloignés du nouveau cimetière, continueraient à utiliser leur cimetière. Celui-ci est agrandi vers 1860, puis au début de la Troisième République.

Le cimetière de Celleneuve abrite un Monument aux morts de la Première Guerre Mondiale, dédié « Aux enfants de Celleneuve et Juvignac morts pour la France ». 61 noms sont gravés sur le monument.

Le Cimetière Saint-Etienne

En 1970, alors que Montpellier est en pleine explosion démographique (123 000 habitants en 1962 pour 1576 décès enregistrés ; 196 000 habitants en 1975 pour 1967 décès enregistrés), le cimetière Saint-Lazare est arrivé à épuisement de terrains disponibles et la nécessité impérieuse d’augmenter le nombre de sépultures conduit la Ville à étudier la faisabilité de créer un nouveau cimetière.

Après avoir étudié plusieurs possibilités, le choix se porte sur le terrain du Domaine de Grammont représentant 91 hectares, à la limite des communes de Saint-Aunès et de Mauguio. La Ville en fait l’acquisition le 2 avril 1973, et le 11 juillet 1973 le Conseil municipal décide d’utiliser 8 hectares du Domaine de Grammont pour créer un nouveau cimetière. Le 25 février 1974, le principe de la création d’un « Cimetière-parc » ou « Parc du Souvenir » est définitivement validé : seuls 40% de la superficie seront utilisés, le reste de la surface réservés en espaces libres pour les allées et les espaces verts. Le cimetière paysager Saint-Etienne est mis en service le 4 février 1980.

A ce jour, 4000 concessions environ, y compris des carrés confessionnels israélites et musulmans, ont été implantés et plus de 1630 cases de Columbarium pour les urnes, dont 564 construites en 2011 (évolution des mœurs oblige). Le cimetière abrite également un monument à la Mémoire des « Pompiers morts au feu ».

2. Les autres lieux d’inhumation :

La cathédrale Saint-Pierre

La cathédrale de Montpellier abrite le tombeau monumental de l’un de ses évêques qui marqua l’histoire contemporaine de la ville, le cardinal de  Cabrières (1830-1921), évêque de Montpellier de 1873 à sa mort : le tombeau est orné d’un bas-relief qui représente la manifestation des viticulteurs de 1907.

La chapelle des Pénitents bleus

Dans la crypte de cette église du XIXe siècle de style néogothique (rue des étuves) repose Albine de Montholon (1779-1848).

Fille d’un fermier général, parente de Cambacérès, Albine-Hélène Vassal avait épousé le genevois Daniel Roger, banquier à Paris, créé baron d’Empire en 1809. Divorcée, elle épouse en 1812 Charles Tristan marquis de Montholon, comte de Sémonville, général de brigade, chambellan de Napoléon Ier. Tous deux accompagnent Napoléon sur l’île de Sainte-Hélène : Albine est réputée avoir été la dernière maîtresse de l’Empereur. Des deux filles d’Albine nées à Longwood, l’une est la filleule de l’Empereur, et l’autre, qui ne survécut pas, est même supposée être sa fille.

Le site des Pénitents bleus la présente ainsi : « La chapelle abrite également dans sa crypte, la dépouille embaumée de la comtesse Albine de Montholon. Etrange destin, en effet, que celui de cette femme exilée volontaire avec son mari et ses enfants, sur la petite île de Sainte Hélène située dans le sud de l’Océan Atlantique aux côtés de L’Empereur déchu. Issue de la petite noblesse de province, Albine de Vassal était la fille du receveur général des finances du Languedoc, lequel possédait le château de la Fertelle, près de Montpellier. Ruinée, à son retour de Longwood, par la faillite de son mari Charles Tristan de Montholon, Albine s’était réfugiée à Montpellier, où elle avait gardé de nombreuses attaches familiales. Elle meurt en mars 1848, au cours d’un bal donné en l’honneur de ses petits enfants. »

Son cercueil en verre porte l’épitaphe : « A Longwood erre encore son sourire ».

La chapelle Sainte-Foy des Pénitents blancs

Dans la crypte reposent certains membres de la plus grande famille d’hommes politiques de la ville, les Cambacérès.

BibliographieNotice sur la crypte funéraire de la chapelle Sainte-Foy, Montpellier, 1932.

* L’église Sainte-Eulalie

Dans cette église du XVIIIe siècle, située rue de la Merci, est enterré Ferdinand de Hompesch (en allemand Ferdinand von Hompesch zu Bolheim), né à Bolheim dans le Bade-Wurtemberg le 9 novembre 1744, et décédé à Montpellier le 12 mai 1805. Il fut le 71e grand maître de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

* La chapelle de la Solitude de Nazareth

chapelle Solitude Nazareth

[photo Michel Descossy, Inventaire général, Base Mérimée]

* Le parc du domaine de Grammont

Dans le parc du château du Domaine Grammont, on peut découvrir, près d’un bosquet à gauche en entrant, la stèle de Serge Ivanovitch Plestscheyeff, secrétaire du tsar Alexandre de Russie, mort à Montpellier en 1802 lors d’un séjour dans la ville destiné à soulager ses souffrances. Voici ce que l’on peut lire sur les quatre faces du monument :

[photo ass MPM]

  • « Conseiller privé actuel de sa Majesté l’Empereur de toutes les Russies, chevalier de l’ordre de Saint-Alexandre et de plusieurs autres : né à Moscou le 4/15 janvier 1758, décédé à Montpellier le 23 janvier /4 février 1802 »
  • « Âmes sensibles, donnez quelques larmes à la mémoire du meilleur des époux et du plus tendre des pères, de l’ami le plus sincère et le plus désintéressé de son souverain, du consolateur des malheureux, de l’appel des opprimés, du père des orphelins, d’un homme qui n’a passé sur la terre que pour y faire du bien »
  • « Hommage d’amour, de respect et de reconnaissance aux mânes d’un oncle et d’un bienfaiteur regretté depuis 17 ans par une famille nombreuse que ni le temps ni de nouvelles affections n’ont pu consoler de leur vive douleur. Il fut l’ami le plus sur le plus désinteressé de son souverain, sujet le plus fidèle, le plus soumis, il fut le consolateur des malheureux, l’appui des opprimés, le père des orphelins »
  • « Ce Monument lui a été élevé par sa veuve Nathalie PLESTSCHEYEFF qui ne se consolera jamais de la perte d’un tel époux et par son neveu Alexandre WOLCOFF, Commandant de Moscou qui a fait exprés le voyage pour rendre un dernier hommage aux restes d’un oncle chéri. »

Un peu plus loin, on trouve aussi la tombe discrète de Suzanne de Frégeville, mère du général marquis Charles Louis de Frégeville (1762-1841) qui fit l’acquisition du domaine, vendu comme « bien national », en 1796 :

[photo ass MPM]

  • « Ici repose la dépouille terrestre d’une femme vertueuse, d’une […] mère, puisse tout mortel mériter comme elle la vie bienheureuse dans l’Eternité. Qui que vous soyez, respectez ce tombeau, âmes sensibles donnez un soupir à sa mémoire. »
  • « Fille de Pierre Périé, négociant à Bédarieux, seigneur des îles Sainte-Marguerite et du Môle, négociant, et de Marie-Suzanne de Lavit, épouse à Paris en 1753 Jean, seigneur de Grandval et de Plégades, officier de cavalerie, qui finit sa carrière comme lieutenant-général de Louis XV ».

Enfin, dans la chapelle du château furent inhumés Etienne et Amélie BOUISSON-BERTRAND, derniers propriétaires privés du domaine. Professeur à la Faculté de Médecine, grand chirurgien, député à l’Assemblée Nationale en 1871 et recteur de l’Académie, Etienne Bouisson avait acquis le domaine de Grammont en 1867. Devenu veuf en 1872 il épousa l’année suivante Amélie Bertrand, fille du professeur Toussaint Bertrand, chirurgien richissime. Etienne Bouisson-Bertrand mourut en 1884 à l’âge de 71 ans. Au décès d’Amélie, la majeure partie de leur fortune, leur bibliothèque et le château furent légués à la Faculté de Médecine.

La donation comportait comme condition la construction d’une chapelle, qui fut édifiée dans un style néo-gothique entre 1895 et 1897 par l’architecte Pierre Arribat. A l’intérieur furent réinhumés les époux Bouisson-Bertrand. Sur la dalle de marbre de la tombe, devant l’autel, on peut lire :

  • Domine, apud te fons vitae. In lumine tuo videbimus lumen. Ps. XXXV, V. X. Responsum mortis habuimus, ut non simus fidentes in nobis, sed in Deo qui suscitat mortuos. Saint Paul, II Corinth., c. 1, v. IX. Disciplina medici exaltabit caput illius et in conspectu magnatorum collaudabitur. Ecclésiast., c. XXXVII, v. III.
  • Faire bien, s’estimer peu [qui est la devise de Bouisson-Bertrand].

* Le Jardin des Plantes

Créé en 1593 par lettres patentes du roi Henri IV, le Jardin des Plantes abrite, en plus de ses collections végétales et d’une importante statutaire consacrée aux naturalistes montpelliérains, un cénotaphe du XVIIIe siècle, le tombeau de Narcissa, qui lui confère un charme romantique ayant inspiré Paul Valéry et André Gide. La tradition rapporte qu’à cet endroit reposerait la fille du poète anglais Arthur YOUNG, Narcisse, décédée à Montpellier en 1736, inhumée clandestinement faute d’avoir pu être enterrée au cimetière en raison de sa confession protestante.

Bibliographie : Laure Pellicer, « Autour du tombeau de Narcisse », dans Bulletin du centre d’histoire moderne et contemporaine de l’Europe méditerranéennes et des périphéries, n°7, Presses de l’Université Paul-Valéry Montpellier III, 2001.
On lira également avec intérêt l'article ancien d'Eugène Thomas, "Narcissa ou la fille adoptive d'Young", dans Académie des Sciences et Lettres de Montpellier. Mémoires de la section des Lettres, tome premier, 1854, p. 349-377.

3. Les cimetières disparus

Extrait du plan du centre de Montpellier, octobre 1825, par les architectes Foué, Bovis et Silvas (Archives mun. Montpellier)

Extrait du plan du centre de Montpellier, octobre 1825, par les architectes Foué, Bovis et Silvas
[Archives mun. Montpellier]

* Le cimetière de la Blanquerie

Le « cimetière commun » dit de la Blanquerie fut le cimetière principal de la ville de Montpellier jusqu’à sa fermeture en 1849. Il était situé au bas de la rue de la Blanquerie (actuellement rue de l’Université), entre l’actuel boulevard Pasteur et le Verdanson, sur une surface de 5000 mètres carrés environ. S’étendant entre le boulevard et le faubourg, il se trouvait à la fin du XVIIIe siècle dans l’enceinte de la ville ; les bords du Verdanson, occupés par trois cimetières (outre celui-ci, le cimetière de l’Hôpital Saint-Eloi et le cimetière de l’Hôpital Général), étaient donc particulièrement déplaisants pour les habitants qui se plaignaient de ce « voisinage pestilentiel », des « odeurs méphitiques » et des « exhalaisons extrêmement insalubres » se répandant lors des fortes chaleurs. Les pétitions des riverains furent à l’origine de la création du déplacement du cimetière en 1849.

* Le cimetière de l’Hôtel-Dieu Saint-Éloi

L’Hôtel-Dieu Saint-Éloi, dont les bâtiments sont occupés aujourd’hui par le Rectorat de l’Académie de Montpellier, possédait en effet son cimetière au bas de la rue d’Université : celui-ci était donc mitoyen de celui de la Blanquerie, dont il était séparé par un mur de clôture. Il occupait une surface de 1600 mètres carrés.

Bibliographie : Louis Dulieu, Essai historique sur l’hôpital Saint-Éloi de Montpellier (1183-1950), Montpellier, 1953.

* Le Cimetière de l’Hôpital Général (Hôpital Saint-Charles)

L’Hôpital Général, fondé en 1678, reçut l’autorisation d’accueillir des inhumations en 1777. Le cimetière fut consacré le 11 avril de cette année-là, pour les tombes, non pas des miséreux décédés dans les locaux hospitaliers, mais des bienfaiteurs de l’établissement ou des membres influents du bureau de l’Hôpital. Les familles aisées élevèrent souvent de somptueux monuments funéraires, ce qui en faisait l’un des cimetières les plus remarquables de la ville. Il s’étendait au nord-ouest de l’Hôpital, le long du Verdanson.

Une ordonnance royale du 16 juin 1824 confirmait le privilège accordé à l’Hôpital Général de faire des concessions perpétuelles ; en 1844 la municipalité décida de fermer ce cimetière aux inhumations ordinaires mais de respecter ce privilège pour les seules concessions perpétuelles.

Le cimetière fut au cours du XXe siècle de moins en moins utilisé, et il fut désaffecté dans les années 1960 ; les sépultures furent alors transférées  dans l’extension du cimetière Saint-Lazare .

Bibliographie : Robert Dumas, Histoire de l'Hôpital Général, Montpellier, 2002.

* Le Cimetière du Séminaire

Installé après la Révolution dans l’ancien couvent des Récollets, au-delà du Verdanson le long du chemin de Castelnau, le Séminaire abrita un cimetière de 1811 à 1872. En 1844, le conseil municipal y interdit toute inhumation laïque, pour n’y autoriser que les inhumations des ecclésiastiques et des séminaristes.

Les sépultures furent transférées vers le cimetière Saint-Lazare (dans l’extension) dans les années 1960.

* Les anciens Cimetières protestants

Pendant les premières années qui suivirent l’établissement de la Réforme à Montpellier, les protestants continuèrent à enterrer leurs morts dans les mêmes endroits que les catholiques. Mais le problème de l’inhumation des protestants s’est posé dès que la Réforme a été considérée comme une hérésie par l’Eglise catholique : les cimetières paroissiaux étant des « lieux saints » au statut canonique, ayant reçu une bénédiction initiale, l’inhumation d’un protestant devint impossible, quel que soit son rang social, même les notables devenus protestants ne pouvant plus rejoindre leurs ancêtres dans la chapelle familiale, ou dans le caveau de la nef de l’église. Les cimetières ordinaires leur étant interdits, les protestants durent s’organiser autrement et créer des cimetières spécifiques.

Le premier cimetière protestant fut offert à la communauté par un gentilhomme huguenot en 1565 ; il était situé hors de la ville, à l’endroit actuel de la citadelle, s’étendant probablement sur une partie des terrains occupés par le Polygone et les jardins de l’Esplanade, jusque vers l’Office du tourisme. Très endommagé lors du siège de la ville en 1622, il fut supprimé lors de la construction de la Citadelle décidée par Louis XIII.

Après de multiples réclamations auprès des autorités de la ville, les protestants purent obtenir un nouveau cimetière, en 1632 ; d’une superficie équivalente au précédent, il s’étendait à l’emplacement actuel du temple de la rue Maguelone et du square Planchon, devant la gare. Mais ce cimetière n’allait pas servir plus de cinquante ans. La révocation de l’Edit de Nantes en octobre 1685 par Louis XIV interdisant le protestantisme dans tout le royaume, et le cimetière protestant de Montpellier fut confisqué par les administrateurs de l’Hôpital Général. Pendant un siècle de proscription, les protestants qui refusaient de se convertir au catholicisme durent ensevelir leurs morts clandestinement, dans des propriétés privées. On sait ainsi que jusqu’aux années 1760 un ancien procureur à la Cour des Aides de Montpellier autorisa les protestants à enterrer leurs défunts dans un jardin qu’il possédait à Boutonnet.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la répression contre les protestants s’allégea considérablement, et le « bureau pour la gestion des deniers consacrés aux pauvres » de l’Eglise réformée de Montpellier put acheter en 1783 un terrain qui servait à l’inhumation des protestants, situé hors de la porte de la Blanquerie près des Récollets, c’est-à-dire près des Archives départementales avenue de Castelnau. Ce terrain fut revendu en 1794.

 Avec la signature de l’Edit sur les non-catholiques, dit « Edit de Tolérance », par Louis XVI en 1787, les protestants retrouvent une existence civile officielle : le premier enterrement protestant public eut lieu à Montpellier le 25 mars 1788. La création d’un cimetière public pour les non-catholiques fut alors décidée : acheté pour une part par la Municipalité, pour l’autre part par deux paroissiens protestants qui servaient de prête-nom au Consistoire réformé, le nouveau cimetière fut ouvert en 1789, sur un terrain voisin du jardin des Carmes déchaussés, entre l’actuelle avenue Clemenceau et la rue Chaptal. Mais les tempêtes de la Révolution allaient menacer très vite ce cimetière : en 1797 la partie payée par la ville fut aliénée comme bien national ; ne pouvant recouvrer la partie vendue, les protestants décidèrent de vendre à leur tour la partie restante en 1799. Les protestants inhumèrent alors leurs morts soit dans le cimetière commun de la Blanquerie, soit dans leurs propriétés privées – jusqu’au décret de Bonaparte qui ouvrit la perspective d’un nouveau cimetière protestant, le cimetière actuel dont il a été question plus haut.

* L’ancien couvent des Cordeliers

 Le couvent des Cordeliers, installé à Montpellier dès l’an 1264, fut reconstruit et agrandi en 1631 ; il était situé rue de l’observance (actuelle rue de Verdun). Et c’est dans l’église du couvent que fut enterré en 1785 Charles Bonaparte, le père de l’empereur Napoléon.

Souffrant d’atroces maux d’estomac et de vomissements, Charles Bonaparte s’était en effet rendu fin 1784 à Montpellier où exerçaient des médecins renommés. Atteint d’un cancer à l’estomac, décelé lors de son autopsie, il y décéda en février de l’année suivante, à l’âge de 38 ans, et fut inhumé sur place.

Mais avec la Révolution, le couvent fut démembré et vendu comme bien national en 1791. Aussi, quelques années plus tard, ses fils Louis – futur roi de Hollande – et Joseph – prochain roi de Naples et de Sicile, puis d’Espagne -, très inquiets des risques d’effondrement encourus par cette église endommagée par le temps, décidèrent, contre l’avis de leur frère Napoléon – alors premier consul de la République – de faire exhumer puis transférer en 1803 le corps du défunt dans le parc du château de Mortefontaine, propriété de Joseph. Louis prétexta une cure thermale à Balaruc-les-Bains et put ainsi se rendre facilement à Montpellier pour diriger en secret les opérations.

Cette même année 1803, l’église du couvent était achetée par le consistoire protestant et devenait, jusqu’en 1870, le temple de la communauté réformée de Montpellier.

Les travaux de rénovation du « Rockstore », qui s’est installé dans ces murs en 1986, viennent de révéler la présence de très nombreux caveaux individuels sous toute la nef, ainsi que d’une chapelle funéraire enterrée. Faute de pouvoir être fouillés, ces vestiges ont été protégés, pour une étude exhaustive qui aura peut-être lieu dans 30 ou 50 ans…

* Les catacombes du couvent des Carmes

On peut lire sur une plaque conservée au Cimetière Saint-Lazare :

[photo ass MP]

 
  •  » Le 29 janvier 1810 on a déposé sous cette pierre par ordre de S. E. le prince archichancelier de l’Empire Duc de Parme, les restes de quelques personnes de sa famille qui avaient été ensevelies dans les catacombes de l’église des ci-devant Carmes déchaussés de cette ville. »

L’illustre personnage auquel cette plaque fait référence est Jean-Jacques-Régis de Cambacérès (1753-1824), avocat puis conseiller à la Cour des comptes de Montpellier, avant qu’il ne commence lors de la Révolution une carrière politique qui le mènera aux plus hautes fonctions de l’Etat : il sera deuxième Consul en 1800, puis prince-archichancelier lorsque l’Empire sera proclamé en 1804.

Appelés à Montpellier en 1663, les Carmes déchaussés s’étaient établis sur l’emplacement de l’ancien Cimetière Saint-Barthélemy (du côté de l’actuelle avenue Clemenceau). Ils y construisirent un couvent et une nouvelle église, dédiée à St-Joseph, qui fut achevée en 1707. De style classique, très pure dans ses lignes et considérée comme « la plus belle de toutes les maisons religieuses de la ville » selon l’historien d’Aigrefeuille en 1738, cette église se situe actuellement dans le collège catholique de la Providence.

Les Carmes avaient également construit des Catacombes en utilisant la pierre des églises antérieures saccagées (l’escalier qui y mène est actuellement inaccessible). Or, pendant la Révolution française, l’activité des Carmes dut s’interrompre ;  l’enclos devint bien national, et l’église Saint-Joseph fut transformée en magasin ; les catacombes, quant à elles, furent rachetées par la famille de Bonald, qui voulait que soient respectées les cendres de ses ancêtres enterrés là.

Il est probable que les « restes » des membres de la famille Cambacérès évoqués par la plaque aient été transférés en 1810 des catacombes des carmes vers l’église des Pénitents Blancs, dont le grand Cambacérès était le prieur depuis 1790. Ensuite, et pour des raisons inconnues, la plaque seule aurait suivi jusqu’au cimetière Saint-Lazare… En tous cas, aucune tombe de la famille Cambacérès ne se trouve à Saint-Lazare de nos jours.

* Le Cimetière Saint-Barthélemy

A l’emplacement du couvent des Carmes s’étendaient auparavant l’Hôpital, l’Eglise et le Cimetière Saint-Barthélemy : il en reste aujourd’hui trace dans le nom de la rue Saint-Barthélemy (à ne pas confondre avec le massacre de la Saint-Barthélemy 1572), rue perpendiculaire au Cours Gambetta.

Le Cimetière Saint-Barthélemy servait déjà au douzième siècle. Le célèbre juriste italien Placentin, professeur à la Faculté de droit de Bologne puis fondateur de la première Ecole de droit Montpellier, y fut enterré. Durant tout l’Ancien Régime, l’Université lui rendit un constant hommage en faisant coïncider la fête patronale de la Faculté (sainte-Eulalie) avec le jour anniversaire de sa mort (un 12 février). Oublié après la Révolution, cet hommage fut ranimé une première fois dans les années 1950, puis depuis 2010.

Une chapelle fut édifiée à l’extrémité nord du cimetière, consacrée à la Vierge et appelée Notre-Dame du charnier, inaugurée par l’évêque de Maguelone en 1481.

Coupé de plusieurs chemins, ce grand cimetière fut clos par les carmes déchaussés lorsqu’ils s’installèrent à Montpellier : ces derniers y édifièrent leur monastère et y plantèrent des arbres.

* Le Cimetière Saints-Côme et Damien

Le cimetière, initialement extra-muros, de Saints-Côme-et-Damien a livré aux archéologues les vestiges d’édifices de culte successifs et les restes de milliers de sépultures, réparties en plusieurs phases du Xe au XVIe siècle.

Il a fait l’objet d’une remarquable étude intitulée : La Mort, les morts et la ville. Saints-Côme-et-Damien, Montpellier Xe-XVIe siècles, sous la direction d’Eric Crubézy, S. Duchesne et Catherine Arlaud, éditions Errance, 2006.

* Le Cimetière Saint-Denis

Ce cimetière se situait au nord de la Citadelle, hors les murs de la ville. L’étudiant bâlois Félix Platter raconte dans ses Mémoires (1552-1557) que les étudiants en médecine y allaient déterrer clandestinement les cadavres lors d’expéditions nocturnes :

« Une première excursion de ce genre se fit le 11 décembre 1554… A minuit, dans le plus grand silence et l’épée à la main, nous nous rendons au cimetière du couvent de Saint-Denis, où nous déterrons un corps avec nos mains, car la terre n’était pas encore tassée, enterrement ayant eu lieu le jour même. Une fois mis à découvert, nous le tirons dehors avec des cordes, et l’enveloppant de nos flassades, nous le portons sur deux bâtons jusqu’aux portes de la ville. II pouvait être trois heures du matin, nous mettons le corps à l’écart, pour aller frapper à la poterne, qui s’ouvrait pour rentrer et sortir la nuit. Le vieux portier vient nous ouvrir en chemise ; nous le prions de nous donner à boire, sous prétexte que nous mourions de soif, et pendant qu’il va chercher du vin, trois d’entre nous font passer le cadavre et le portent sans désemparer dans la maison de Gallotus, qui n’était pas bien éloignée. Le portier ne se douta de rien, et nous rejoignîmes nos compagnons. En ouvrant le linceul où le corps était cousu, nous trouvâmes une femme, avec des jambes contrefaites de naissance, les deux pieds tournés en dedans. Nous en fîmes l’autopsie… Encouragés par le succès de cette expédition, nous la renouvelâmes cinq jours plus tard.

« Nous étions avertis qu’un étudiant et un enfant avaient été enterrés au même cimetière Saint-Denis. La nuit venue, nous sortons de la ville pour nous rendre au Couvent des Augustins. C’était le 16 décembre. Nous nous régalons d’une poule au chou, dans la cellule du frère Bernard ; nous avions cherché nous-mêmes le chou dans le jardin et nous l’avions apprêté avec un vin excellent qu’avait fourni le frère. En quittant la table, nous nous mettons en campagne avec nos armes, car les moines de Saint-Denis, s’étant aperçu que nous leur avions déterré une femme, avaient menacé de nous faire un mauvais parti. Myconius portait son épée nue, et les Français leurs rapières. Les deux corps sont déterrés, enveloppés de nos couvertures et portés sur deux bâtons, comme la première fois, jusqu’à l’entrée de la ville ; mais n’osant pas réveillé le concierge, l’un de nous se glisse à l’intérieur par un trou que nous découvrons sous la porte, car le service s’en faisait avec assez de négligence. Nous lui faisons passer les cadavres par la même ouverture, il les tire au-dedans et nous suivons le même chemin à notre tour, en nous traînant sur le dos ; je me rappelle même que je m’égratignai le nez au passage. Les deux sujets furent portés dans la maison de Gallotus, et débarrassés de leur enveloppe. L’un était un étudiant de notre connaissance. L’autopsie révéla des lésions graves : les poumons étaient décomposés et répandaient une odeur affreuse malgré le vinaigre dont nous les arrosions ; nous y trouvâmes de petits calculs. Quant à l’enfant, c’était un petit garçon dont nous fîmes un squelette . »

2 réflexions sur “Histoire des cimetières

  1. J’ai découvert votre très intéressant site/blog grâce au petit journal gratuit. Je vais le faire connaître à mes amis sur Facebook.

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