TISSON (Famille)

Famille TISSON, famille de militaires et propriétaires terriens, originaire de Lodève et devenue montpelliéraine.

Le 30 avril 1754, dans la ville de Lodève alors prospère par ses belles manufactures, Jacques TISSON, négociant en draps d’origine protestante, épouse Marie Martin (fille de François Martin et de Marie Sacreste) ; il est le fils de Mathieu Tisson, lui aussi négociant en étoffes et en draps décédé à Montpellier le 24 novembre 1806, et de Marguerite Sallasc.

Moulin à foulon de draps de Lodève (dessin de Jean-Baptiste-François Génillion, vers 1780)

Moulin à foulon de draps de Lodève (dessin de Jean-Baptiste-François Génillion, vers 1780)

Le couple Jacques et Marie eut notamment Mathieu qui reçut le prénom de son grand-père paternel.

Né à Montpellier le 15 mai 1757, ce dernier devient à son tour manufacturier, négociant en draps et fournisseur des armées royales. Le 12 novembre 1782, il passe un contrat de mariage chez Me B. Deshorts et épouse à Marsillargues Julie Elisabeth de Thoras, fille de Jacques Antoine de Thoras, capitaine-viguier de la ville et lieutenant de police général de Lunel, et de Julie de Vignolles, autres familles d’origine protestante dont les principaux membres ont exercé l’art militaire dans les grenadiers et la cavalerie.

Dès lors, Mathieu Tisson installé à Montpellier, apparaît sur le tableau de la loge de « L’urbanité » de cette ville, où il a abandonné le négoce des étoffes pour celui des armes. Gagné par les nouvelles formes de sociabilité de la période pré-révolutionnaire et aussi sous l’influence de la famille de Thoras, il décide d’abandonner le négoce et le poste trop tranquille à son goût de Prieur de la Bourse des marchands de Montpellier, se convertit à la vie militaire par conviction révolutionnaire et s’engage comme lieutenant volontaire dans la Garde Nationale dès le mois d’avril 1789. Là s’achève (déjà) la première partie de sa vie, le négociant de 32 ans va devenir général révolutionnaire puis d’Empire.

L’armée a besoin d’officiers supérieurs de valeur pour remplacer les anciens officiers nobles émigrés ou victimes des aléas de l’époque et rapidement remarqué par sa position sociale, ses qualités et son autorité naturelle, sa carrière militaire est lancée dès octobre 1791 au 1° bataillon des volontaires de l’Hérault. Il gagne rapidement des galons, lieutenant-colonel chef de bataillon le 2 août 1792, puis en 1793, passé à l’Armée des Pyrénées Occidentales, nommé général de brigade en récompense de son commandement des grenadiers. Son avancement au grade général de division est cependant refusé par le Ministre, il prend congé et par nécessité, redevient un temps négociant en armes. On lui propose alors le grade récemment réfuté et… il le refuse à son tour.

Serment du général Tisson: on remarque dans sa signature les 3 points de la Franc-maçonnerie, vers 1793 (source Léonor)

Tisson portrait Le 14 janvier 1794, nommé Commandant du département de l’Hérault, c’est lui qui parvient à « disperser les émeutiers et rétablir le calme à Montpellier, en opérant des visites domiciliaires et des désarmements nocturnes » et les républicains de la ville ne manquent pas de protester contre ses méthodes anti-constitutionnelles. En 1796, après avoir exercé les mêmes fonctions dans le département du Gard, il est chargé du Vaucluse « le département le plus scabreux de la république » et réussit à ramener le calme à Avignon avec le général Caban. Violemment attaqué par certains journaux qui lui reprochent ses méthodes brutales pour gérer « les Désordres » il est accusé de surpasser les crimes de son prédécesseur : « ce monstre a livré les républicains aux couteaux des égorgeurs » (Journal des hommes libres de tous les pays, ou le Républicain) il est suspendu de ses fonctions le 9 septembre 1797. « Je travaille comme un forçat, il serait dur qu’un autre vint prendre ma place », écrit-il dans un courrier adressé au citoyen Clément (le général ?). Réclamant à cor et à cri sa réintégration dans le service actif, c’est chose faite 19 jours plus tard : le 28 septembre 1797 il est réintégré Général mais aussitôt admis au traitement de réforme. Pendant les 2 années qui suivent, estimant qu’il « n’a pas démérité », il se démène comme un diable, seul contre tous y compris sa propre famille, pour démontrer l’injustice de sa mise à l’écart par le Directoire et la nécessité de sa réintégration. Il fait appel à toutes ses connaissances, tant représentants du peuple qu’à ses compatriotes Daru et Cambacérès, pour demander leur protection. En attendant, il accepte la proposition du général Pierre Petit-Guillaume (1734-1805) de présider le conseil de révision de la 9° division militaire, ce qui lui donne l’occasion unique d’intervenir énergiquement contre les déserteurs et enfin, le 8 mars 1801, réintégré dans cette même division, il dirige la lutte contre les « brigands » et en fait arrêter 80. Le 18 juillet 1802, pressenti mais non retenu pour le commandement du département de l’Hérault, il est envoyé au nouveau département de Jemmapes (nom donné au Comté du Hainaut en Belgique) qu’il quitte avec plaisir moins de 2 ans plus tard pour la 9° division, commandée alors par le général marquis Charles Louis Joseph de Frégeville (1762-1841), membre comme lui de la loge de « L’urbanité ».

Jean Jacques Régis CAMBACERES (1753-1824), portrait par Henri Frédéric Schopin (365*600), au Palais de Versailles (source wikipedia)

Commandant alors la place de Montpellier, le 14 juin 1804, il est nommé (enfin !) général de division et de suite, dès la création de la décoration, Commandeur de la Légion d’honneur, grâce au secours fort peu discret du Montpelliérain Cambacérès, tout juste nommé prince-archichancelier lors de la proclamation du Premier Empire. Dès lors, son loyalisme à l’égard du nouveau régime est total et c’est un général fier et heureux qui affirme « que ce serait avec plaisir qu’(il) verserait la dernière goutte de (s)on sang pour le service de Sa Majesté L’Empereur ».

Lettre du général Tisson (source Léonor)

A partir de septembre 1805, il est placé sous le commandement du général Gouvion-Saint-Cyr à l’Armée du Royaume de Naples dans laquelle d’autres Héraultais comme les généraux Mathieu Dumas (23 novembre 1753 à Montpellier – 16 octobre 1837 à Paris) et Martin-Campredon (13 janvier 1761 – 11 avril 1837) ont servi. Ensuite, il dirige l’Armée de ce Royaume avec le grade de Maréchal de camp et commande, le 6 novembre 1806 les 1200 hommes de la 3° division de l’Adriatique, la seule qui fut sur le pied de guerre.

Fait baron Tisson, il blasonne de gueules au chevron d’or chargé de la Croix d’Honneur, au franc quartier sénestre d’argent à épée de sinople en pal accostée de deux étoiles d’argent et en surmontant une troisième. (Pierre Burlats-Brun, Cercle généalogique de Languedoc n° 82/83, 1999).

Alors qu’il est muté à l’Armée de Dalmatie, le 4 décembre 1807 il demande sa mise à la retraite pour raison de santé « étant complètement privé de l’usage de l’œil droit avec menace pour le gauche d’un état pareil ». Il l’obtient avec une solde de 2000 francs, revient à Montpellier où il n’exerce plus de fonctions militaires ou politiques, mais conserve son siège au collège du département dont il est membre depuis le 23 juillet 1806. Il reste bien entendu en relation avec les autres généraux protestants du département, le général Martin-Campredon et son cousin le général Martin de Vignolles (1763-1824) qui, après avoir été Chef d’état-major à l’armée d’Italie, ministre de la Guerre de la république cisalpine, chef d’état-major de l’armée de Hollande en 1803, fut nommé préfet de la Corse sous la Restauration en 1818.

En 1809, le général Tisson, retraité redevenu propriétaire rentier, vend à la ville de Montpellier « la Tour des Pins » pour servir aux Dames de la Congrégation de Saint-Maur, dites les Sœurs Noires. Sous la première Restauration, il fait preuve d’un loyalisme de bon aloi à Louis XVIII et le 8 juin 1814 il finit par réclamer la Croix de Saint-Louis tout en rappelant qu’il a été l’ami du général Amédée Willot (1755-1823) fidèle royaliste, arrêté et incarcéré après le coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) et nommé par Louis XVIII en 1800 « gouverneur militaire des provinces Méridionales de France » et gouverneur de l’île d’Elbe. Il rappelle à sa Majesté également, qu’il a eu « un fils qui a été désigné par le préfet de l’Hérault comme garde d’honneur, monté, équipé et habillé à ses frais ». Ainsi, le 10 décembre 1814 il est nommé chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis à Montpellier, où il réside désormais jusqu’à sa mort le 8 mai 1825 à l’âge de 69 ans.

Le général Mathieu Tisson eut plusieurs enfants, dont 2 fils survécurent :

Jacques Eugène Tisson (16 septembre 1783 – 18 janvier 1881). Baron, propriétaire foncier à Montpellier, demeuré célibataire. Il géra une bonne partie du patrimoine foncier et la fortune familiale hérités tant du côté paternel que maternel, dont des immeubles, des terrains et une campagne à Castelnau-le-Lez. Décédé au 15 de la Grand-rue à Montpellier à l’âge de 98 ans. Il fut inhumé au cimetière de l’Hôpital Général de Montpellier (aujourd’hui disparu).

Emile Tisson (31 juillet 1795 Montpellier – 14 mars 1837), le fameux fils que le général Tisson dût équiper à ses frais, désigné par le préfet de l’Hérault comme garde d’honneur. A ce titre, il participe en 1813 à la campagne d’Allemagne au 4° régiment des gardes d’honneur. Puis, à la campagne de France, il se bat avec le général Marmont. Il poursuit sa carrière sous la Restauration, le 16 juin 1814, versé dans la compagnie Raguse, nommé lieutenant et garde du corps du roi Louis XVIII qui s’empresse de le nommer chevalier de la Légion d’honneur le 10 août 1814.

Etats de service d’Emile Tisson, dressés le 14 septembre 1816 (source Léonor)

Signature du lieutenant Emile Tisson (source Léonor)

En décembre 1815, il passe au 6° régiment des cuirassiers de Condé-Cavalerie.

Costume de cuirassier du 6° régiment de Colmar en 1819 (illustration de H. Ganier-Tanconville, 1911)

Costume de cuirassier du 6° régiment de Colmar en 1819 (illustration de H. Ganier-Tanconville, 1911)

Devenu Capitaine de cavalerie, le 29 novembre 1825 il épouse à Montpellier avec contrat chez Me Alicot, Marie Anne Augustine Zélia Bouché (fille de François Auguste, rentier et Anne Marie Josèphe Clotilde Martin) dont il eut deux filles, renommées pour leur beauté :

Clotilde Eugénie Mathilde (1829-1903), qui épousa le 20 juin 1845 Marie Théogène Rigaud, avocat (fils de Joseph Emilien, négociant et de Victoire Marthe Amélie Gabrielle Caussat) : leur fille Marie Joséphine Marguerite Rigaud épousera en 1884 Agathang Marie Raoul Duplessis de Pouzilhac, capitaine de cavalerie ;

– la cadette, Augustine Juliette Rigaud, épousa en 1850 Charles François Sadde, avocat et généalogiste.

Le capitaine Emile Tisson, décède à Montpellier dans la maison du Plan de l’Encivade et est inhumé le 16 mars 1837 dans la concession du cimetière de l’Hôpital Général, où son épouse le rejoint le 6 mai 1861. En 1967, lorsque ce cimetière est désaffecté, les dépouilles du couple et celle d’Eugène furent ramenées dans la concession du cimetière Saint-Lazare appartenant à Mme Duplessis de Pouzilhac, au secteur AI 5° division n° 4 du 1° rang.

Emile eut aussi un fils, Raymond, né le 1° septembre 1831 à Paris (2°) connu sous le nom de Raymond baron Tisson de Thoras. Propriétaire à Montpellier et à Marsillargues, du domaine de Thoras à Aimargues et du domaine de St-Martin à Pignan, à 35 ans, il épouse à Montpellier le 24 août 1867 la jeune demoiselle Elisabeth Mathilde Espinas, âgée de 16 (née le 14 juillet 1851 à Montpellier), fille de Guilhelmin Artidore Vulpia Emile Espinas, avocat et propriétaire de Pignan décédé le 28 septembre 1865 et de Marie Anne Catherine Pauline Berlen.

Rapidement, le 4 août 1868, chez le couple alors domicilié 4 place Jacques-Cœur à Montpellier, naît un fils prénommé Eugène Emile qui héritera du titre de baron Tisson de Thoras, deviendra à son tour propriétaire terrien exploitant les terres viticoles du château de Thoras à Aimargues. Spécialisé dans l’étude des coléoptères d’Europe, il deviendra membre de la société entomologiste de France. En mai 1906, en « filochant par un jour de très grande chaleur, sur la colline de Prime-Combes, près de Sommières (Gard) », il découvre et capture 2 cotypes femelles d’une espèce « fort intéressante » : le Curculionide du genre Orthochaetes, dont il est reconnu le découvreur (Société d’étude des sciences naturelles de Nîmes, 1906). Il fut décoré la même année de la médaille coloniale.

Domaine St Martin à Pignan en 1834, par Jean-Marie Amelin (1785-1858) (source Médiathèque Montpellier Agglomération)

Domaine St Martin à Pignan en 1834, par Jean-Marie Amelin (1785-1858) (source Médiathèque Montpellier Agglomération)

En fin janvier 1909, le baron Raymond Tisson domicilié à Montpellier au 22 rue de l’Aiguillerie, fait l’acquisition d’une concession au cimetière Saint-Lazare pour fonder une concession familiale à perpétuité. Il se déclare alors rentier propriétaire et prend soin, d’une écriture déjà hésitante d’y interdire formellement les inhumations de tous parents « qui ne seront pas nés Tisson ». En fait, le vieux baron ayant divorcé de son épouse prend d’ultimes précautions… peu avant de décéder le 18 avril 1909 où depuis, il repose seul dans la concession secteur AJ 2° division n° 18 du 2° rang.

Sépulture du baron Tisson au cimetière Sain-Lazare [photo ass. MP]

Sépulture du baron Tisson de Thoras au cimetière Sain-Lazare
[photo ass. MP]

Le monument qu’il a fait élever sur sa concession est remarquable par ses gravures.

Tisson

Détail de la sépulture Tisson de Thoras [photo ass. MP]

Sur la stèle figurent un écu portant une image solaire de forme réaliste, le tout encadré de branches de lauriers (?) surmonté d’une couronne de baron.

Détail de la sépulture Tisson de Thoras [photo ass. MP]

Détail de la sépulture Tisson de Thoras
[photo ass. MP]

Que pouvait signifier pour lui cette image insolite, la représentation du grand-père le général ?

Tisson 2

Emblème du Roi Soleil rayonnant sur le monde, gravé sur l’un des canons de la cour des Invalides à Paris (source wikipedia). L’emblème de Tisson est étrangement semblable, la devise en moins.

Sources : Grands notables du Premier Empire (Gard ; Hérault ; Drôme), 1980.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s