VANTINI Marie Edouard

VANTINI Marie Edouard dit YUSUF ou YOUSSOUF. Général de division, Grand officier de la Légion d’honneur, décoré de l’ordre du Nichan-Iftikhar, du Medjidié de Turquie, de St Lazare, Commandeur de l’Aigle royal de Prusse. Né vers 1808 sur l’Ile d’Elbe (Italie), décédé le 16 mars 1866 à Cannes. Epoux Adélaïde WEYER.

Marie Edouard, né vers 1808 sur l’Ile d’Elbe, serait fils d’un intendant corse au service de Napoléon. Rien n’est moins sûr, il n’a conservé aucun souvenir de sa famille, et se rappellerait seulement d’avoir vu l’Empereur en 1814. A 6 ans, parlant déjà italien et français, il est confié aux bons soins de sa préceptrice polonaise et embarque pour l’Italie pour parfaire ses études. Le navire est arraisonné par des pirates tunisiens, l’enfant fait prisonnier. Sa prestance lui vaut d’échoir dans la part beylicale. Au sérail, converti d’office à l’islam il reçoit le nom de Yusuf (Joseph).

Rapidement Yusuf maîtrise le turc, l’arabe et l’espagnol, acquiert une connaissance approfondie du Coran et de la calligraphie, sans compter le maniement du cimeterre et l’équitation. Cette excellence lui attire l’amitié du Bey et l’admiration enfantine de sa fille, la princesse Kaboura.

Recruté dans le corps des Mamelouk à 13 ans, il reçoit le turban qui fait de lui un guerrier à 15 ans. Courageux et audacieux, Yusuf participe à toutes les expéditions pour percevoir les impôts ou mater les tribus récalcitrantes. Dès son premier combat, blessé par balle, il tranche la tête de son adversaire : il est nommé bey de camp (équivalent de général) et décoré du Nichan Iftikhar.Yusuf 2

Engagé dans une intrigue amoureuse avec la princesse Kaboura, il est surpris un jour par un eunuque du harem. Le lendemain, la princesse reçoit de Yusuf un magnifique bouquet  à l’intérieur duquel se trouvent l’oreille et la langue de l’esclave trop curieux.

L’aventure s’ébruite, et le bey consterné fait arrêter Yusuf qui, selon la coutume, doit être étranglé et Kaboura, enfermée dans un sac et jetée dans un lac. Le bey qui adore sa fille, se laisse attendrir, lui pardonne mais condamne Yusuf à l’exil avec l’intention de le faire assassiner pendant le trajet. Prévenu par son amie de cœur, il s’échappe et embarque à bord de l’Adonis, un brick français qui fait voile vers Alger.

En juin 1830 Yusuf entre au service de la France, engagé comme interprète auprès du général de Bourmond, commandant l’expédition de la conquête d’Alger. Vers Blida, ils sont attaquées et Yusuf, simple interprète, ne résiste pas à la tentation, se joint aux chasseurs de l’escorte, coupe quelques têtes et fend quelques crânes. Plus tard, au cours d’un engagement où il est blessé, il tue son adversaire et s’empare de son superbe cheval blanc auquel il restera particulièrement attaché. A la mort de ce cheval, il fera couper la queue et s’en servira de fanion de commandement.

 Il met sur pied un escadron de cavaliers indigènes, les Mamelouks. Capitaine en 1831 au 1° régiment de chasseurs d’Afrique, décoré de la Légion d’honneur en 1832 pour son action décisive à Bône, il enchaîne campagnes et honneurs, devient chef d’escadron des Spahis. Le maréchal Clausel lui confie le beylik de Constantine et en 1835, il est nommé officier de la Légion d’honneur.

Plusieurs fois blessé, il prend un congé de santé à Paris de 1837 à 1838 où « il y accomplit de douces razzias et ravage plus de boudoirs parisiens qu’il n’a ravagé de douars arabes ». En 1839 il est naturalisé Français. De retour en Algérie, lieutenant-colonel puis colonel, maréchal de camp, il continue glorieusement sa lutte contre Abd el-Kader par la prise de la smala le 16 mai 1843. A Paris, le 1er mars 1845 il embrasse le christianisme et épouse Adélaïde Weyer, sœur de son secrétaire et nièce du général Guilleminot.

Grand officier de la Légion d’honneur en 1852 pour sa belle conduite à Laghouat. En 1854, à la guerre de Crimée, il échappe au choléra et forme 6 régiments de Bachibouzouk. Nommé général le 10 mars 1856 et commandant de la Province d’Alger le 15 septembre 1864.yusuf 1

Il s’acquitte de ses missions avec zèle et intelligence mais a un caractère difficile et des « méthodes trop orientales » : le général Mac Mahon l’« exile » en France en 1865. Abasourdi et déçu, il choisit le commandement de la 10e division militaire à Montpellier. Démoralisé, la vie de garnison lui pèse. Fin janvier 1866, après un bal donné à l’hôtel du Gouvernement près de la Comédie, il tombe malade et garde le lit. Les médecins de Montpellier ne diagnostiquent aucune maladie. Affaibli, il accepte de se rendre à Cannes pour un séjour de santé mais, le 16 mars 1866 il expire en criant « en avant ! ».

Selon ses volontés, il est inhumé à Alger dans sa villa des hauteurs de Mustapha, avant d’être transféré au cimetière Saint-Eugène.

Sources : article « Joseph Vantini »  dans Ch. Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 (1852) ; Capitaine Victor Bernard Derrécagaix, Yusuf, Paris, R. Chapelot (1907) ; Edmond Jouhaud, Yousouf, esclave, mamelouk et général de l’Armée d’Afrique, Paris, Robert Laffont (1980)

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