MEDARD Louis

Jean Louis MEDARD. Négociant, collectionneur bibliophile.

Né à Lunel le 2 juillet 1768, baptisé le 4 juillet 1768 dans la paroisse catholique Notre-Dame-du-Lac ; décédé à Montpellier en juillet 1841. Fils de Jean Médard (1714-1786) et de Marie Colombier (ou Colombiès) (1724-1809). Inhumé au cimetière protestant de Montpellier.

Les parents de Louis Médard sont issus du milieu du négoce protestant. Né à Lunel, le père, Jean Médard, est maître des postes et négociant en vin. On retrouve les ancêtres paternels à Aigues-Mortes.

Dernier né d’une fratrie de treize enfants, Louis reçoit une éducation classique qui le satisfait peu. Il est envoyé à 11 ans dans une pension à Eyguières, chez « Monsieur Lafont, ex-jésuite et alors marié ». Il poursuit ses études en quatrième au Collège de Nîmes, dirigé par les Pères de la Doctrine chrétienne. Il y reçoit les enseignements de Rabaut Saint-Étienne qu’il présentera plus tard comme un ami de sa soeur, Mme Rogé. En 1783, il obtient de ses parents la permission de quitter le collège où il estime perdre son temps. Son goût pour les auteurs classiques viendrait d’un ami de la famille, le négociant nîmois Barthélemy Fornier de Lédenon, qui lui offrit son premier livre en 1781. Médard présente ce Virgile comme son plus ancien ami. C’est durant l’été 1784 qu’il poursuit sa découverte des ouvrages fondateurs. Son père lui demande une synthèse de l’Histoire des deux Indes de Raynal et de l’Histoire de l’Amérique par Robertson. Dès lors, il s’attache aux livres à la manière d’un bibliophile exigeant.

Louis Médard

Louis Médard

 Un parcours de la deuxième chance commence alors. Le jeune homme apprend le métier de canut à Lyon. Le contrat d’apprentissage inséré dans une édition 1789 de la Bible de Sacy mentionne les deux années écoulées chez le « maître fabricant d’étoffes d’or, d’argent et de soie » Pierre Valentin Sibille. Pour son hagiographie, Médard précise avoir passé la navette avec le fils de la famille Suchet, futur maréchal d’Empire et duc d’Albuféra. Si l’on en croit ses notes postérieures, le jeune homme âgé de 21 ans demande à sa mère de quitter Lyon par souci de probité morale, « afin de ne pas succomber à une nuée de jeunes brodeuses intéressées à complaire au commis-surveillant ». Médard vécut donc les événements révolutionnaires non loin de Montpellier. On ne sait rien de cette période ou seulement par recoupement avec ses amitiés postérieures. Dès cette date, il devait connaître les frères Cyrille et Auguste Rigaud. La correspondance avec ce dernier nous indique qu’ils furent ensemble « chasseurs de la garde nationale », à une époque indéterminée. A Montpellier, Auguste Rigaud fut l’une des figures de la « Société des amis de la Constitution ».

A compter des années 1800, une source majeure complète notre documentation. Il s’agit du fonds dit de la « Maison de commerce Médard & Parlier » aux archives de l’Hérault. Au détour d’une archive, on découvre Médard commis dans la maison de son oncle maternel « Colombiès et Compagnie », liée à la famille Farel. Dès 1790, le jeune homme serait en mesure de créer sa propre société avec les capitaux de deux familles alliées, les Lafosse et Lionnet. Mais c’est dans son association avec Jean Parlier (1762-1830) que Médard connut la gloire commerciale. Il est le seul des deux patrons à courir les routes de l’Empire à la recherche des meilleurs producteurs de toiles peintes. On le retrouve sur les marges de l’Empire, en territoires allemand, suisse, belge ou dans la région mulhousienne, en Normandie et dans la capitale. C’est à Paris qu’il se trouve pour son mariage, le 16 septembre 1807. Médard, alors âgé de 39 ans, est à l’apogée de sa carrière commerciale. Il épouse une demoiselle de 19 ans, Jeanne Jacqueline Sara Filliettaz (1788-1857), fille de l’un des plus importants manieurs d’argent de la place. Les noces sont célébrées par le pasteur Rabaut-Pomier.

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Portrait de David Médard [photo RG]

Au 1er février 1813, Jean Parlier se retire du commerce. Son associé fonde la maison Médard et Compagnie avec son neveu et leurs commis Fabre et Bonnet, mais on connaît mal l’histoire de cette maison. Comme Jean Parlier, Médard disposait d’une importante collection de livres classiques. L’installation à Toulouse de Médard et de sa maison de commerce ne semble pas gêner les acquisitions d’ouvrages à Paris. Médard y fait appel au service de plusieurs commissionnaires : les relieurs Simier, père et fils, les libraires Ledoyen ou Techener. Il entretient également des amitiés avec des fonctionnaires bien placés : Émile Mariton, archiviste de la Couronne, ou Maurice Angliviel, neveu du philosophe La Beaumelle et bibliothécaire en charge des manuscrits au dépôt des Cartes et plans de la Marine. L’éloignement toulousain fut de courte durée. Les Médard rentrent à Montpellier à l’été 1818. Ils s’installent au 22 de la rue de l’Aiguillerie dans un hôtel particulier décrit dans une lettre adressée à Parlier. Le bibliophile y a cette exigence : « Mon cabinet attenant à ma chambre et indépendant par une autre porte me conviendrait bien ainsi. J’ai augmenté ma bibliothèque, et il me faut cet appartement assez grand. »

 L’aisance du couple est manifeste. Sara Médard fait l’acquisition du domaine de Campestre, près de Lodève, en mai 1824.

Campestre

Campestre

 C’est pourtant dans une autre demeure cévenole, au Vigan, que Médard connaît une grave crise de santé à l’été 1834. Il y fait ses dernières dispositions testamentaires qui confirment la donation du cabinet à sa ville natale. Il profite de ces sept années de « providence » pour accroître sa collection et lui adosser un appareil critique exceptionnel. Un catalogue manuscrit d’une rare rigueur et un corpus de près de 800 notes éclairent les choix du collectionneur.

 La vente du domaine de Campestre en mars 1838 marque le retour définitif à Montpellier. Les activités urbaines de l’érudit sont bien méconnues. On le dit administrateur du Musée Fabre, mais il refuse de détourner sa donation à l’attention de cette institution. Seuls quelques rares contacts avec le milieu artistique et culturel sont avérés. Tel un mécène, Médard soutient sans doute la jeune génération. Il recommande le relieur montpelliérain Goût fils au relieur du roi, Simier, et encourage son ancien secrétaire Thomassy dans la poursuite de ses études à Paris, notamment dans la toute jeune école des Chartes. Le testament mentionne également son attachement au développement des écoles d’enseignement mutuel et d’autres activités ecclésiales. En 1822, il participait ainsi à l’organisation de la Société biblique protestante de Montpellier, sans doute sous la conduite du pasteur genevois Abraham Louis Lissignol (1784–1851). C’est pourtant le pasteur libéral Charles Grawitz (1804–1852) qui prononce l’éloge funèbre du collectionneur le 26 juillet 1841.

 En 1858, un an après le décès de la veuve, la ville de Lunel prend possession du cabinet de livres et l’installe dans l’hôtel de ville.

Bibliothèque Médard Lunel

Bibliothèque Médard de Lunel [photo RG]

bibliothèque Médard Lunel

Bibliothèque Médard de Lunel [photo RG]

 Louis et Sara Médard sont inhumés au cimetière protestant de Montpellier, où leur tombe est entretenue par la ville de Lunel.

Tombe Médard

Tombe de la famille Médard [photo ass. MPM]

 Tombe Louis Médard

Notice par Romuald Goudeseune (Bibliothèque de Lunel)

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