ALLUT Antoine

ALLUT Antoine, encyclopédiste, avocat, député en 1791. Né à Montpellier le 23 octobre 1743, guillotiné à Paris le 7 messidor an 2 (25 juin 1794). Inhumé au cimetière de Picpus à Paris.

L’histoire de la famille Allut est celle d’une dynastie de riches marchands de laine, qu’Antoine Allut (1682-1754) anoblit en achetant un office de conseiller secrétaire du roi en la chancellerie de la Cour des comptes de Montpellier : il bâtit en 1740 l’Hôtel Allut à Montpellier.

Hôtel Allut

L’hôtel Allut, rue du Petit-Saint-Jean à Montpellier. Construit d’après un dessin de Giral. Quadrilatère sur cour dont la construction s’est échelonnée par petites campagnes pendant tout le deuxième et début troisième quart du 18e siècle. [Photo Base Mérimée, Ministère de la Culture]

Son fils Jean Antoine (23 juillet 1721, Montpellier-5 janvier 1786, Paris) devient à son tour conseiller secrétaire en 1739 : il épouse en janvier 1743 Jeanne Bénédicte Imbert et a deux enfants : Antoine et Suzanne.

L’éducation des enfants est confiée à l’abbé Pestre, érudit et philosophe. Grâce à l’opulence de sa famille, Antoine passe son adolescence à Paris, où il s’adonne à la musique, au dessin, à l’équitation, étudie les mathématiques et les sciences exactes. Il revient en 1761 à Montpellier et étudie les langues étrangères. Il épouse en 1764 Marguerite-Angélique Pomier. En août 1766, il est reçu au titre d’adjoint à la Société royale de Montpellier, dans la classe de physique, puis au titre de vétéran en avril 1779. Cette même année 1766, son père connaît la ruine, ayant investi toute sa fortune dans la manufacture de glaces de Rouelles, en Bourgogne, créée en 1759 contre le monopole de la Compagnie de Saint-Gobain et employant plus de cent trente personnes ; pour rétablir ses affaires, le fils doit sacrifier 150.000 francs qu’il avait reçus en propre pour son mariage. Antoine quitte alors Montpellier pour prendre la direction de la manufacture de Rouelles, succédant à Paul Bosc d’Antic.

Grâce à ses connaissances étendues en chimie et en physique, il fait de la manufacture un laboratoire, expérimentant devant Buffon et Guyton de Morveau : il cherche notamment à fabriquer un bloc de verre de très grand diamètre propre à construire la lentille à échelons de Buffon, et travaille avec lui sur des expériences de chaleur et de refroidissement.

C’est à ce titre qu’il est sollicité par les directeurs de l’Encyclopédie : il participe aux planches sur la manufacture des glaces et fournit la plus grande partie de l’article « Verreries à vitres, ou en plats » dans le tome XVII, entrant ainsi dans la troupe encyclopédique à seulement 22 ans. Il participe également à l’Encyclopédie méthodique (articles Glaces coulées, Verre, Verrerie), et est l’auteur de plusieurs mémoires sur la glacerie, ou sur la fabrication du flint-glass, présentés à la Société royale de Montpellier ou publiés. Allut est élu à l’Académie de Dijon en 1772.

Mais le succès de la manufacture, qui fournit dans les années 1770 tout le sud-est de la France, est fragile, notamment en raison de la mésentente entre les associés : la manufacture fait faillite en 1778. Après la mort de sa femme en 1780, Allut retourne en Languedoc pour y commencer une nouvelle vie, se fixant à Uzès (dans le Gard) auprès de sa sœur, Suzanne Verdier-Allut, écrivain.

Sa fille Justine y épouse en 1784 Jean-Pierre Verdier de Flaux, négociant et grand propriétaire.

Il se remarie en octobre 1789 avec Marguerite Perdriau (1755-1832), de Genève : leur fille Suzanne épouse le pasteur François Isaac Antoine Liotard (1781-1865), de Genève.

Allut exerce désormais la profession d’avocat. Il embrasse la cause révolutionnaire mais joue un rôle de modérateur dans les premiers temps de l’effervescence. Il est élu procureur de sa commune en avril 1791, puis député du Gard à l’Assemblée législative au mois de novembre: il s’y révèle très actif dans les comités. A l’expiration de son mandat en septembre 1792, il retourne à Uzès. Partisan des Girondins, il rédige et signe plusieurs manifestes antijacobins, et contribue à l’éviction des montagnards de la municipalité d’Uzès. Il est élu procureur pour la seconde fois, mais la chute des girondins l’emporte dans la tourmente de la Terreur : accusé de fédéralisme et d’avoir approuvé les « écrits liberticides du traître Rabaut Saint-Etienne », il est arrêté en novembre 1793. Emprisonné à Uzès, Nîmes puis à Paris, il est condamné par le tribunal révolutionnaire et exécuté. Il est le seul encyclopédiste guillotiné pendant la Révolution. Il est inhumé au cimetière de Picpus dans les fosses révolutionnaires.

Sources : Dictionnaire de Biographie française. Dictionnaire de biographie héraultaise, Pierre Clerc éditeur. Jean-Jacques Allut, « Notice historique sur M. Antoine Allut », Bulletin de la Société des Sciences et lettres de Montpellier, 1809. Jacques Proust, L’Encyclopédisme dans le Bas-Languedoc au XVIIIe siècle, 1968. Frank Kafker, The Encyclopedists as individuals : a biographical dictionary, 1988.

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