NORMAND René

René Alexandre Louis Victor NORMAND. Lieutenant (à titre posthume) au 16° groupe de Chasseurs à pied (BCP) du 111° bataillon de ligne.

Né le 27 mai 1857 à Montpellier, décédé le 24 mars 1885 à Ban Bo (Tonkin). Fils de Louis NORMAND et de Marie Elise Jeanne ARTIGNAN. Célibataire. Inhumé au cimetière Saint-Lazare de Montpellier.

Buste de René Normand, au cimetière Saint-Lazare [photo ass. MP]

Buste de René Normand, au cimetière Saint-Lazare [photo ass. MP]

Ce jeune lieutenant décédé à 27 ans, était né le 27 mai 1857 à Montpellier place de l’Herberie, chez son grand-père maternel le négociant Alexandre Artignan, allié à la famille Lonjon, autre famille de négociants montpelliérains. Sa mère, la jeune Marie, 21 ans tout juste (1er février 1836 – 4 mars 1892 Paris) avait épousé l’année précédente, le 5 août 1856, à Montpellier le capitaine Louis Normand (10 mai 1823 Beaufort – 29 septembre 1903 Montpellier) issu d’une famille angevine, fils d’un jardinier pépiniériste de Beaufort-en-Vallée (Maine et Loire). Le nouveau-né reçut en baptême les prénoms de René Alexandre Louis Victor et fut le fils unique et chéri de la famille.

Louis Normand, le père, officier sorti du rang, nommé à 25 ans Sous-lieutenant au 7e régiment de dragons (1848), puis Capitaine le 20 janvier 1855, avait suivi son régiment en Crimée où il fut décoré chevalier de la Légion d’honneur et reçut les Médailles Britannique (Médaille de la Reine d’Angleterre) et Turque.
De retour en France, en 1856, domicilié « de fait et de droit » à Beaufort-en-Vallée chez les seules personnes encore en vie de sa famille, M. et Mme Coquin, ses grands-parents maternels, n’ayant pas acquis ailleurs un domicile de 6 mois depuis son entrée au Service, il obtient la permission du Ministre de la guerre pour se marier à Montpellier. Nommé capitaine trésorier, il prend alors des postes administratifs et après sa nomination comme Chef d’escadron en mars 1863, il est muté au 4e régiment de Cuirassiers comme major chargé du dépôt du régiment. C’est dans cette fonction qu’il se fait photographier vers 1868, alors que le régiment est en garnison à Vendôme.

Louis NORMAND. On peut voir les médailles accrochées sur sa poitrine (Photo Yvon, « Historique du 4e régiment de cuirassiers ») (source Wikipédia)

La famille Normand, femme et enfant, est restée au 14 rue Baudin à Montpellier où René poursuit ses études au Lycée de la ville et devient un jeune homme robuste doté d’un excellent et « fameux appétit ». Durant la guerre de 1870, le chef d’escadron Normand ne suit pas son régiment à l’armée du Rhin, resté au dépôt à Toul, mais participe alors à la défense de la place assiégée par les Prussiens comme major de place et membre du conseil de défense. Entre le 14 août et le 23 septembre, les cavaliers du dépôt servent aux batteries de rempart, défendent la place avant sa reddition et Louis Normand capturé et envoyé prisonnier à Munster, ce qui lui vaudra la croix d’officier de la Légion d’honneur. A sa libération, Louis Normand retourne au 4e cuirassiers et reprend ses fonctions de major jusqu’en 1874, date de son passage au service du recrutement et en janvier 1879, il est nommé Lieutenant-colonel au service du recrutement à Paris. Ensuite, Commandant en second l’hôtel des Invalides à Paris il y finit là son honorable carrière, consacrée presque exclusivement à des fonctions administratives. Durant sa carrière, ses qualités furent remarquées de tous et le général de Négrier le tenait en haute estime.

Par le récit de ses batailles et de sa captivité, Louis a transmis les valeurs militaires et patriotiques au jeune René qui, ses études terminées à Montpellier, s’engage dans le prestigieux 16° groupe de Chasseurs à pied (BCP) du 111° bataillon de Ligne, alors sous le commandement du chef de bataillon Marie-Antoine-Édouard Blancq (1844-1909). Ce bataillon de Chasseurs appelé tout simplement le «16», a participé dès sa formation en 1854, à la campagne de Crimée (1855-1856), à l’expédition en Syrie (1860), à la campagne d’Algérie et s’est distingué ensuite pendant la guerre de 1870 et en 1871. Installé à Lille où il restera 30 ans, il a laissé un souvenir impérissable aux Lillois qui appelaient affectueusement les soldats les « p’tits chasseurs du 16 ». Le fils parti à Lille, Mme Normand rejoint alors son époux à Paris.

René NORMAND au 16° groupe de Chasseurs à pied On remarque le chiffre 16 brodé sur le col de l’uniforme. Frontispice du recueil des « Lettres du Tonkin ».

René NORMAND au 16° groupe de Chasseurs à pied On remarque le chiffre 16 brodé sur le col de l’uniforme. Frontispice du recueil des « Lettres du Tonkin ».

L’heure est à la IIIe République et Jules Ferry estime que « la France ne peut être seulement un pays libre ; […] elle doit être aussi un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient […] et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie ». Cet idéal justifie la grande entreprise coloniale qu’il conduit depuis le 21 février 1883, au portefeuille des Affaires étrangères. Le 15 juin 1884, c’est la rupture avec l’Empire du Milieu, la France entre en guerre. L’amiral Courbet remonte la rivière Min et détruit la flotte chinoise à Ton Tchéou. Ce n’est pas suffisant, il faut désormais s’emparer totalement du Tonkin. Durant le dernier trimestre de l’année 1884, les transports de troupes se multiplient entre la métropole et l’Extrême-Orient.

Nommé sous-lieutenant au « 16 », René Normand va faire ses premières (et dernières) armes en ce pays lointain, rêvant d’y gagner médailles et galons, sous le commandement du colonel Ange Giovanninelli (1839-1903) et du général Oscar de Négrier (1842-1913) commandant la 2° brigade.

Le Colonel Ange-Laurent GIOVANNINELLI (source Wikipedia)

Le Colonel Ange-Laurent Giovanninelli (source Wikipedia)

Le général Oscar de Négrier (source Wikipedia)

Le général Oscar de Négrier (source Wikipedia)

Le Bien-HoaEmbarqué depuis Toulon sur le Bien Hoa, avec à son bord 400 hommes de troupe de marine, d’artillerie, marsouins, infirmiers, sapeurs du génie, ouvriers de l’administration, 300 hommes d’équipage, mais aussi 60 passagers civils « tous très bien », il entretient une correspondance régulière et pittoresque avec ses parents (il l’avait promis à sa mère) et ses amis du « 16 » restés à Lille, de novembre 1884 jusqu’à la veille de sa terrible mort à Ban Bo, le 24 mars 1885. Parti la fleur au fusil, il lui tarde d’en découdre : « Les Chinois sont loin d’être redoutables…ayez confiance, tout ira bien, je le sens »… « Sans nouvelles de France depuis 3 jours… pourvu qu’on ne fasse pas la Paix. C’est que j’ai aussi l’ambition d’avoir la croix du Cambodge » – et encore : « Il circule de mauvais bruits de paix, priez pour que cela soit faux. »

Le « voyage » jusqu’au Tonkin dure 3 longs mois, ressemblant à du tourisme de groupe. Le convoi passe par Majorque, Alger où ils embarquent 2 pelotons de Spahis et croise les soldats blessés faisant le voyage inverse, rapatriés en France. Puis, Malte, Port Saïd, le canal de Suez, où il croise Ferdinand de Lesseps, Ismaïlia, le désert, la mer Rouge, Aden, Singapour… Pour se distraire, après avoir absorbé tous les romans du bord et dévoré les manuels topographiques de la zone de débarquement, René, dont la barbe a « poussé démesurément » et qui a pris 2 kilos, tue le temps (à défaut de Chinois) avec le lieutenant en second Portier, son compagnon du 111° et copain de cabine, en apprenant les premiers rudiments d’annamite. « Ce n’est pas commode, vous vous douterez de la difficulté en apprenant que l’alphabet ne comprend pas moins de 200 lettres ! ». Il prend quantité de notes (68 pages déjà) et exécute des croquis des paysages qu’il rencontre et l’émerveillent. La chaleur est accablante, René ne quitte plus le casque, ne met plus de chemise, porte le dolman à même la peau, la ceinture de flanelle de jour et de nuit, le pantalon de toile blanche et fume avec une pipe chinoise… Il a réussi à obtenir « une petite douceur » : à bord, une personne s’occupe de lui laver et repasser son linge, tout sera propre et impeccable à son arrivée au Tonkin.

A Saigon, le séjour coïncide avec les fêtes données par le Gouverneur, puis se sont les merveilles de la baie d’Ha long. A Phnom-Penh, il fait la connaissance d’un médecin principal de la marine qui le présente à Norodom, le roi du Cambodge… « Il y a paraît-il, des ruines, les ruines d’Angkor… dans lesquelles on trouve encore des objets curieux, je vous promets de rapporter tout ce que je pourrai. » Débarqué avec tout le matériel sur la canonnière-aviso Le Parseval, la troupe atteint Haiphong, puis sur la canonnière L’Eclair, elle débarque enfin au camp de Chu.

Approchant du but, les nouvelles se veulent rassurantes et René toujours déterminé à en découdre avec les fils du Céleste Empire : « Tout ira bien mais il n’y a qu’un point noir ; j’ai peur que le 111°, qui, paraît-il est très éprouvé, comme tous les bataillons de France, ne reste en arrière et ne se batte pas. Dans ce cas je ferai des pieds et des mains pour passer autre part, car je serais au désespoir d’aller là-bas et de ne pas tirer un coup de fusil : cela n’est pas possible. »

Enfin débarquée près de Haiphong, par la voie fluviale, l’armée est transportée sur des canonnières jusqu’à Phu-Lang-Thuong. Il faut agir vite, la situation est extrêmement critique. L’armée chinoise s’est solidement installée dans la région du nord, le long du fleuve Thuong. Forte de 40.000 hommes, elle est descendue le long du fleuve rouge vers le delta, construisant sur la route de nouveaux forts. Mais bientôt, c’est sûr, tous les efforts surhumains des soldats et la stratégie française va payer : une dernière attaque va décomposer la défense chinoise et les mettre en fuite.

Prise de Lang-Son. Image d’Epinal

Prise de Lang-Son. Image d’Epinal

En Mars, les troupes françaises séjournent dans la ville prise de Lang-Son, réorganisent l’administration, le Trésor, même le télégraphe électrique fonctionne à nouveau. Mais le 21, le général de Négrier ordonne de reformer une colonne qu’il commande lui-même pour lancer une attaque de l’autre côté de la frontière, en Chine bien au nord, à 6 kilomètres de la frontière du Tonkin… René fait partie de la colonne.

Les Fortifications de Ban Bo et le col de Zhennan

Les Fortifications de Ban Bo et le col de Zhennan

24 mars 1885 : la colonne se trouve devant le col de Zhennan (ou bataille de Ban Bo), une position formidable.

Les Chinois en un mois à peine,ont élevé des fortins sur toutes les hauteurs ; c’est une étroite vallée, fermée à son débouché par de formidables retranchements. Une tranchée de 2 kilomètres de long relie les 2 forts qui l’encadrent et à l’arrière, s’étagent des ouvrages gigantesques au sommet de pitons rocheux inaccessibles. Les Chinois sont au moins 30.000 et manœuvrent merveilleusement bien. Ils écrasent de leurs feux les 3000 hommes du général qu’ils vont envelopper et détruire, quand l’ordre de battre en retraite arrive… « Retraite pénible. Le bataillon du 111° de ligne est écrasé. Il n’en reste presque rien. Ici des épisodes épouvantables. Mais comment les raconter ? Un entre autres, le lieutenant Normand est blessé et tombe. Immédiatement, il a la tête coupée sous les yeux de son capitaine et de ses hommes impuissants à le sauver. Cette mort nous a horriblement affectés. On aimait beaucoup le lieutenant Normand ici. … »

La bravoure de ces vaillants soldats est remarquable d’autant qu’ils en connaissaient « le prix », et René en particulier avait écrit à sa mère le 18 novembre, rapportant les paroles du capitaine Maillard, gravement blessé et rapatrié en France : « Les hommes se battent comme des chiens ; d’ailleurs ils savent que les Chinois nous coupent la tête sitôt pris. Une tête de capitaine vaut 3500 taëls, de lieutenant 2500, de sous-lieutenant 2000 taëls. » Et René d’ajouter avec confiance : « Mais je le répète, nous faisons la large part de l’imagination frappée du capitaine devenu un vrai cadavre ambulant et, pour ma part, le Chinois qui compterait sur les 2000 taëls de ma tête pour payer ses dettes pourrait bien se fouiller. »
Dans l’urgence de la retraite, les survivants de la colonne, souvent eux-mêmes blessés grièvement, durent se résoudre à abandonner les corps de leurs camarades morts au combat. René est resté au col de Zhennan, son corps dissimulé dans une crevasse des rochers de Ban Bô. Sa dépouille ne put jamais être rapatriée en France.

Au moment même où René est tombé, à l’issue de la bataille, le général de Négrier est grièvement blessé. Son subordonné, le lieutenant-colonel Herbinger le remplace aussitôt et c’est donc lui qui, le 28 mars 1885 « ordonna, peut-être sous l’effet de la panique, que Lạng Sön soit rapidement abandonnée…» (Revue Lutèce du 14 au 21 juin 1885)

Le Lieutenant-Colonel Paul-Gustave Herbinger.

Le Lieutenant-Colonel Paul-Gustave Herbinger.

Ce qui amena les journaux de l’époque à écrire que « le grand désastre de la campagne, l’origine de la retraite, c’était le combat de trop à Ban Bo… Pourquoi aller si loin s’attaquer à ces hauteurs ? Pourquoi avoir livré ce combat qui se termine, suivant l’euphémisme du général de Négrier par « une rupture du combat » et ce que l’on pourrait appeler en bon français un échec … » (La Revue bleue: politique et littéraire)

Sur le plan national, l’annonce de l’évacuation de Lạng Son vaudra à Jules Ferry le surnom de « Ferry-Tonkin », déclenchera une violente opposition parlementaire et finalement sa chute le 30 mars 1885.

Les compagnons d’infortune « tués et décapités comme lui, mes amis le commandant Levrat de l'artillerie, le capitaine Mailhat, le lieutenant Normand et tant de braves soldats qui furent autant de héros ignorés. Mon camarade de l'ambulance, le médecin principal... » (Albert Challan de Belval, 1904).

Les compagnons d’infortune « tués et décapités comme lui, mes amis le commandant Levrat de l’artillerie, le capitaine Mailhat, le lieutenant Normand et tant de braves soldats qui furent autant de héros ignorés. Mon camarade de l’ambulance, le médecin principal… » (Albert Challan de Belval, 1904).

Ses parents ne se remettront jamais de la perte cruelle de ce cher fils, malgré les lettres de condoléances arrivées nombreuses à Paris, toutes exprimant les plus sincères regrets pour la perte de ce « brillant officier » à la carrière prometteuse. « Si votre fils a souffert c’est un instant à peine » « Au combat de Pho-Vy, où il recevait le baptême du feu, il avait été extrêmement brillant. Tous les officiers avaient remarqué le calme et le sang froid avec lesquels il avait dirigé le feu de sa section… avait entraîné sa troupe à l’assaut et donné le bon exemple. » « Votre fils était l’objet de 2 propositions, l’une pour une citation à l’ordre de l’armée, l’autre pour le grade de lieutenant ».

Le deuil dut se faire sans corps et sans tombe sur laquelle pleurer, les parents survivant à leur enfant « avec une seule pensée, celle de prolonger le plus possible la mémoire de leur cher mort, leur unique enfant ». L’année même de son décès, pour conserver le souvenir de ce fils trop tôt disparu, Louis Normand fait éditer les lettres du Tonkin et exécuter à Paris un magnifique buste en bronze par Garnier, fidèle copie d’une photo de René en tenue de chasseur prise avant son départ pour le Tonkin. Ce buste restera au domicile de la famille, sous le regard aimant et inconsolable de la mère.

Lettres du tonkin

Préface dédicace des "Lettres du Tonkin" (1885)

Préface dédicace des « Lettres du Tonkin » (1885)

Minée par le chagrin, Mme Normand décède à Paris en mars 1892 à l’âge de 56 ans. Vivant dans le souvenir de ce fils resté au Tonkin, ses parents n’avaient pas prévu de sépulture pour eux-mêmes. Aussitôt, Louis Normand revient s’installer à Montpellier et fait édifier un caveau pour inhumer son épouse au cimetière Saint-Lazare (secteur AD 4° division n° 1 et 2 du 2° rang).

Non loin de l’allée qui mène à la Chapelle, le passant ignorant remarque à peine le magnifique tombeau où Mme Normand reposa la première. Si les pierres pouvaient parler, elles crieraient « Pro Patria ! » C’est ce que Louis Normand a fait graver dans la pierre devant laquelle trône le buste de bronze de René. Pieuse consolation et unique façon de réunir dans l’éternité la mère et le fils. Un extrait de l’hommage rendu à la mémoire et à la valeur militaire du jeune soldat par le général de Négrier est gravé sur la face arrière du monument.

Le ‘Souvenir Français’ a déposé en hommage une magnifique plaque commémorative au pied du monument, le 8 novembre 1893. Ce n’est que 10 années plus tard encore, fin septembre 1903, que M. Louis Normand fut inhumé dans la sépulture.

« Je vous souhaite… le Paradis à la fin de vos jours. Cela arrivera peut-être un peu tôt, mais si j’attendais cela arriverait trop tard ! » « Votre fils tout affectionné vous embrasse de tout son cœur comme il vous aime. » (René Normand, le 2 décembre 1884).

Lettres du tonkin 3

Extrait choisi par les parents de René dans la préface des "Lettres du Tonkin"

Extrait choisi par les parents de René dans la préface des « Lettres du Tonkin »

Tombe de la famille Normand au cimetière Saint-Lazare secteur AD 4° division n° 1 et 2 du 2° rang [photo ass. MP]

Tombe de la famille Normand au cimetière Saint-Lazare secteur AD 4° division n° 1 et 2 du 2° rang [photo ass. MP]

Normand tombe 2

[photo ass. MP]

Normand tombe détail

Détails de la tombe [photo ass. MP]

Hommage gravé au dos du monument [photo ass. MP]

Hommage gravé au dos du monument [photo ass. MP]

Au dos du monument est gravé l’hommage prononcé par le général Oscar de NEGRIER :

« M. NORMAND est mort de la mort des braves, le XXIV mars à l’attaque d’une redoute du camp retranché de BANG-BO. J’en ai éprouvé un vif chagrin. C’était un remarquable officier sous tous les rapports. Sa décision et son énergie m’avaient frappé. Je me promettais dans l’intérêt du pays de le mettre rapidement en relief. »

Plaque du Souvenir Français [photo ass. MP]

Plaque du Souvenir Français [photo ass. MP]

Le voyage illustré du sous-lieutenant René Normand :

Le Bien-Hoa

« Le Bien-Hoa est un superbe transport. Deux par cabine, mais grandes, bien aménagées, très confortables… Nous sommes bien nourris…bien que nous soyons en pleine mer depuis 5 jours, des radis frais, des fruits, des légumes frais et pas de conserves. » René Normand 18 novembre 1884.

Le Trident« Départ triomphal de Toulon, coups de canon, musique jouant la Marseillaise sur les vaisseaux amiraux Le Trident et Le Souverain.» René Normand 18 novembre 1884.

Embarquement des Zouaves à Alger pour le Tonkin en janvier 1885 (source Wikipedia)

Embarquement des Zouaves à Alger pour le Tonkin en janvier 1885 (source Wikipedia)

Conquête de l’Indochine (source atlas-historique.net)

Deux Pavillons-Noirs : celui de gauche est vêtu de la large camisole (Kéo) et du pantalon court (Kétonin)

Deux Pavillons-Noirs : celui de gauche est vêtu de la large camisole (Kéo) et du pantalon court (Kétonin)

« Ce sacré pays où il n’y a pas de route, passant toute la journée à taper à coups de bâton, ou du plat de sabre sur les coolies, un tas de fainéants, pour les faire travailler […] Les Annamites sont petits, grêles, jaunâtres, laids comme des poux, sales comme des peignes, vêtus d’une large camisole appelée Kéo et d’un pantalon court, encore plus large appelé Kétonin, avec un turban sur la tête ; des cheveux longs et un peigne en bois dedans, avec beaucoup d’autres choses d’ailleurs […] Ces gens –là ne mangent que du riz (en annamite Tiou-tiou), boivent de l’eau, ou une boisson de riz qu’ils appellent choum—choum ; ils se fourrent cela dans le bec, avec des baguettes en bois et les richards y ajoutent quelques morceaux de poisson pourri ; ils fument l’opium, c’est leur grand plaisir et mâchent du bétel […] Ils sont très doux, très soumis, très craintifs ; on ne leur parle qu’à coups de pied au c… et ils sont ravis. » René Normand lettre datée du 3 mars 1885, adressée à son ami, le sous-lieutenant Laroche.

Uniformes de l’armée française au TONKIN 1885 (fusilier-marin, infanterie de marine, Turco et artillerie de marine)

Uniformes de l’armée française au TONKIN 1885 (fusilier-marin, infanterie de marine, Turco et artillerie de marine)

« Le 4 février, ils atteignent la région montagneuse : il y fait froid ; la forêt est épaisse, humide, inquiétante pour ceux qui avancent dans l’inconnu, souvent dans le brouillard. Maintenant, se dresse devant eux le massif montagneux ; tous les mamelons, le moindre piton boisé, sont surmontés de forts hérissés de pieux et de pointes de bambous acérées… » Albert Challan de Belval

« Chers parents, Je ne sais si j’aurai la veine de me signaler, mais cela n’est pas offert à tout le monde par l’occasion. Seulement, lorsqu’un officier a fait comme moi, en 3 mois 15 campagnes comme celle-ci, avec des actions comme l’a été Dong-Son (30 tués et 150 blessés), et comme le sera Lang-Son […] il mérite bien quelque chose. Je ne sais si je serai bien noté dans mon bataillon et que, forcément à l’inspection générale du Tonkin, je serai porté pour lieutenant. » René Normand lettre du 9 février 1885.

Sources : Lettres du Tonkin, de Novembre 1884 à Mars 1885: correspondance de René-Alexandre-Louis-Victor Normand, Paul Ollendorff, Paris, 1887 ; Historique du 4e régiment de cuirassiers (wikipedia) ; Commandant Lamy, un officier français aux colonies, Robert Maestri ; Au Tonkin, 1884-1885 : notes, souvenirs et impressions, Albert Challan de Belval, Paris, Plon, 1904 ; Les combats du Général de Négrier au Tonkin, Dick de Lonlay, 1889 ; La Revue indépendante de littérature et d’art.

Une réflexion sur “NORMAND René

  1. Article très intéressant. Mon arrière grand-père Charles Gautier était sans doute de cette drôle d’aventure. Il a combattu à Lang Son. Il a eu le choléra et a été emmené à l’hôpital militaire de Haiphong.

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