CHICAGO MAY

CHICAGO MAY, de son vrai nom May Ann DUIGNAN. Née le 26 décembre 1871 à Edenmore (Irlande), décédée en 1929 à Philadelphie (USA). Voleuse renommée. Fille de Thomas DUIGNAN et Mary Elizabeth BRADY.

 Quelle ironie du sort que de naître à Edenmore et connaître une vie aussi éloignée que ce nom évocateur pouvait promettre…

May Duignan a 18 ans et la beauté flamboyante du diable. C’est une superbe créature plantureuse de 1.67 m avec « de profonds yeux bleus-gris et une  magnifique et abondante chevelure rousse ». Elle ne supporte plus sa vie médiocre de fille de paysans pauvres et son avenir prévisible à la ferme. Aînée de 2 sœurs et de 3 frères, elle décide qu’elle n’élèvera pas le dernier né de la famille : la nuit où sa mère donne naissance à un cinquième enfant, elle s’enfuit pour l’Amérique après avoir dérobé toutes les économies de la famille. Elle ne les reverra plus.

Absolument seule à son arrivée à New York, n’ayant pas d’argent, elle apprend la prostitution, les vols, la débrouille. En 1893, May Duignan n’existe plus, c’est désormais Chicago May, prostituée, voleuse, arnaqueuse et danseuse de revue musicale qui attaque les visiteurs de l’Exposition Universelle à Chicago.

Introduite dans le monde de la prostitution, elle conserve son travail de scène beaucoup moins lucratif mais utilise ce dispositif pour attirer les clients… et ils sont nombreux. Comme elle rayonne d’esprit et de charme, elle amasse des sommes d’argent importantes en alliant la prostitution au vol et au chantage.

Elle épouse un jeune officier, en divorce au bout de trois mois en prélevant au passage 10 000 $ de sa fortune, ce qui lui permet de vivre de façon luxueuse : bijoux coûteux, fourrures… Chicago May parcourt le pays, du Nord au Sud, voyage en première classe, fréquente les hôtels et les restaurants les plus somptueux. A Philadelphie, elle côtoie notamment les frères Dalton. Pour ne pas être repérée, elle change souvent d’identité et déménage fréquemment pour éviter les poursuites. Puis, à New York, devenue une figure familière pour les joueurs, gangsters de tous poils et les courtisanes des clubs à la mode, elle travaille comme danseuse dans une comédie musicale, La Belle de New York.

Après avoir usé de son charme pendant des années pour corrompre les officiers et les juges afin d’éviter la prison, elle doit pour échapper à la justice américaine s’enfuir en Europe, en passant par Chicago, New York, Le Caire. En 1900, Chicago May s’installe à Londres et en fait sa nouvelle base de racket européenne : ses victimes sont les grands industriels, les juristes, les politiciens et les aristocrates. Elle a un amant en titre, Eddie Guerin, monte en l’air célèbre et voleur de joyaux international activement recherché.

Avec son amant-partenaire, elle prépare le casse du bureau de l’American Express de Paris. Aidés par 2 complices, le 27 avril 1901, ils dévalisent les 30 000 $ du coffre et Chicago May reçoit sa côte part du butin. Eddie est arrêté et elle plusieurs semaines après, en lui rendant visite en prison. Le couple est jugé et condamné : pour son amant, Guerin, ce seront les travaux forcés à perpétuité au bagne en Guyane Française. Pour elle, la prison Saint-Lazare à Paris, puis à Fresnes, en attendant le jugement au motif « d’avoir accepté l’argent du braquage ». Chicago May est condamnée à cinq ans de travaux forcés et enfin mise sous les verrous. Elle est transférée à la Maison centrale de détention pour femmes de Montpellier. De cette ville, elle ne verra que ce lieu d’enfermement, avec sa rotonde en pierres de Castries (ouvert en 1804, il ne fermera définitivement ses portes aux détenues qu’en 1934).

Chicago May a 32 ans, et les années passées n’ont pas encore altéré sa « beauté magnétique ». C’est une belle femme et rusée, comme elle se plait à le dire elle-même. La moitié de sa peine de 5 ans est à peine purgée, quand elle séduit un médecin de la prison montpelliéraine. Ensuite, elle le fait chanter et arrive à obtenir en échange, qu’il signe un certificat médical pour sa libération.

En 1907, Chicago May est condamnée à quinze ans de travaux forcés pour avoir tiré sur Eddie, son ancien amant, récemment évadé du bagne de l’Ile du Diable. Elle est emprisonnée à la prison d’Aylesbury de Londres où elle fait la connaissance d’une ardente révolutionnaire irlandaise, la comtesse Constance Markievicz, surnommée « la comtesse rouge ».

chicago may

Archives de police de Détroit

A sa sortie, elle émigre aux États-Unis, et reprend la vie de prostituée, mais sa beauté a disparue. Malade, devenue alcoolique, elle meurt en 1929, à la suite d’une opération, à la veille de son mariage avec Charles Smith, son complice de longue date, et un an après avoir publié son autobiographie. May a payé au prix fort l’indépendance qu’elle a conquise contre les normes sociales. Elle est enterrée au cimetière de Fernwood, à Philadelphie.

Sources : Nuala O’Faolain, L’Histoire de Chicago May, 2005 , prix Fémina étranger en 2006.

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