MAUPEOU d’ABLEIGES (de) Antoinette veuve Achille de LIRON D’AIROLES de la ROQUE

Louise Elisabeth Antoinette de MAUPEOU d’ABLEIGES. Née vers le 5 décembre 1797 à La Rivière Salée en Martinique. Fille du Comte Gilles Charles de MAUPEOU d’ABLEIGES et de Louise Elisabeth Le PELLETIER de LIANCOURT. Épouse de Marie Louis Achille de LIRON D’AIROLES de la ROQUE, Colonel d’Etat-major. Décédée le 1er décembre 1880 à Versailles, inhumée à Montpellier au cimetière St Lazare Section B 5e division N° 7 du 1e rang.

Les Maupéou (on prononce Mau-pou) sont issus d’une famille « de robe » (notaires puis magistrats) anoblie au XVIe siècle. « Maison noble du Royaume », elle servit aussi par « l’épée » les rois successifs.

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Et si, pour une fois, l’histoire de cette famille était lue au travers de celle de ses femmes ?

En effet, si plusieurs membres de cette famille catholique contribuèrent grandement au rayonnement du nom Maupéou, ce sont les filles qui, par leur mariage, apportèrent leur part au fusionnement et à la richesse de familles dont la réputation reposait sur le nom, la fortune terrienne, les charges et les grades dans l’armée. Rappelons qu’à l’époque, le père régnait sur sa famille comme le roi sur son état, en souverain absolu, décidant si sa fille vivrait en liberté dans le monde ou dans un couvent. Elles ne furent donc « que » filles de… sœurs de … épouses de … et bien entendu, mères … d’une nombreuse descendance dont les armes figurent en bonne place dans le Dictionnaire de la Noblesse de France.

Imaginons Antoinette de Maupéou d’Ableiges nous présenter les nombreuses alliances de sa vaste famille…

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Les armes de la famille Maupéou : champ d’or au porc-épic passant de sable. Le champ est d’argent pour la branche Maupéou de Sablonnières. (Blason dessiné par O. de Chavagnac pour l’Armorial des As ) Devise : numquam nisi lacessitus (il n’attaque que s’il est attaqué)

Ainsi, dans la famille, il y a plusieurs siècles de cela, Marie de Maupéou (1590-1681), fille du contrôleur général des finances et collaborateur de Sully, Gilles 1er d’Ableiges et de Marie Morelly,  avait épousé par contrat en 1610, François Fouquet le 4ème du nom, Conseiller au Parlement de Bretagne puis de Paris, maître des requêtes (1615) et Conseiller d’état dont elle aura des fils : l’aîné Louis François V Fouquet (1611-1673) entré dans les ordres, devint évêque de Bayonne, évêque et comte d’Agde (Hérault) et hérita par sa mère des terres de son aïeul maternel. Le troisième fils, Basile dit «l’abbé Fouquet», sera chef de la police secrète de Mazarin. Le cadet, prénommé Nicolas (1615-1680), chevalier, marquis de Belle-Isle, Vicomte de Melun et de Vaux, comte de Largouët, Conseiller au Parlement de Metz, Procureur général du Parlement de Paris (1650), Surintendant des Finances (1653), connut un destin tragique : en 1661 il donne une somptueuse réception à laquelle il convie la cour et le roi Louis XIV. Avec un fastueux banquet, des feux d’artifice, des jets d’eau, un déploiement de richesses tels qu’ils vont causer sa perte. Ayant « offusqué le Soleil » le roi le condamne à la confiscation de ses biens et au bannissement hors du royaume. Marie de Maupéou qui survécut de peu à ce fils, avait écrit un ouvrage paru posthume en 1685, au titre évocateur qui, de nos jours, n’aurait aucune chance de connaitre un succès remarquable : Les remèdes charitables de Madame Fouquet, pour guérir à peu de frais toute forme de maux tant internes qu’externes, invétères, et qui ont passé jusques à présent pour incurables, expérimentés par la même dame : et augmentés de la méthode que l’on pratique à l’Hôtel des Invalides pour guérir les soldats de la vérole.

2016-04-04 13_43_29-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordLes armes de la famille Fouquet : D’argent à l’écureuil rampant de gueules- Ambitieux, François IV y ajouta la devise « Quo non ascendet ? » (« jusqu’où ne montera-t-il pas ? »)

Marie avait une sœur religieuse, Marie-Élisabeth de Maupéou, désignée supérieure de la Visitation de Caen, Bayonne et Paris, en rapport étroit avec Saint Vincent de Paul et Jean Eudes qui lui confia un temps l’institut de Notre-Dame du Refuge.

Un autre membre des Maupéou, peut-être le plus célèbre et le plus puissant, fut sans nul doute le grand-oncle d’Antoinette, un Montpelliérain de naissance, marquis de Morangles et de Bully, vicomte de Bruyères-le-Châtel, René Nicolas Charles Augustin de Maupéou, magistrat et homme politique né à Montpellier le 25 février 1714. René-Nicolas était le fils aîné du premier président du Parlement de Paris, René Charles de Maupéou (1688-1775) et de son épouse (mariage à Montpellier le 17 mai 1712) Anne Victoire de Lamoignon de Courson, fille d’Urbain Guillaume, intendant de Bordeaux.

2016-04-04 13_52_58-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordLes armes de la famille Lamoignon de Courson : Losangé d’argent et de sable, au franc-quartier d’hermine (Wikipedia)

René Nicolas fut d’abord en tant que Président à mortier (1737) le bras droit de son père, pour régler en 1756 le conflit entre le Parlement et l’archevêque de Paris dans l’affaire des billets de confession. Devenu à son tour premier président de 1763 à 1768, il fut chargé notamment de la révision du procès Calas et de l’affaire Lally-Tollendal. Autoritaire et ambitieux, bénéficiant de la protection de Choiseul, de la confiance de Madame du Barry et du roi Louis XV, il disposait dans les matières judiciaires d’une large marge de manœuvre, ce qui lui permit un splendide tour de passe-passe lorsque le chancelier Lamoignon finit par démissionner et que son père fut nommé Chancelier de France à sa suite, le 15 septembre 1768…il avait imaginé un subterfuge afin que son père puisse prendre sa retraite avec le titre prestigieux de chancelier : la « ruse » consistait à ce que son père accepte le poste pour s’empresser de démissionner le jour même à son profit. C’est ce qui fut fait et René Nicolas devint lui-même dès le lendemain Chancelier de France. Ayant compris le risque que la Fronde parlementaire faisait courir à la monarchie, il conseilla au roi la fermeté à l’égard des Parlements (1770) et réforme aussitôt le système judiciaire de fond en comble, ce qui n’alla pas sans causer quelques émois et de nombreuses grognes parmi les magistrats… Plus tard, Louis XVI, mal conseillé et peu clairvoyant, annulera la réforme, rappellera les Parlements, anéantira ainsi tous les efforts de Maupéou et, malheureusement pour lui, se privera illico d’un plan qui aurait contribué à sauver la Royauté. Le Chancelier Maupéou aurait dit : « J’avais fait gagner au roi un procès de trois siècles. Il veut le reperdre, il est bien le maître. » et aurait ajouté de façon bien moins sentencieuse : « il est foutu ».

2016-04-04 14_00_04-René-Augustin de Maupeou - René Nicolas de Maupeou — Wikipédia René Nicolas de Maupeou, marquis de Morangles et de Bully (wikipédia)

Ce grand oncle, qu’Antoinette ne connut pas pour être née quelques années plus tard, était très impressionnant : « un homme petit, avec de gros yeux proéminents sous d’épais sourcils noirs, un front assez bas, un nez long et terminé en carré, une grande bouche relevée sur le côté, le teint jaune et bilieux. Il était sévère, pénétré de ses devoirs, infatigable au travail, abattant en se jouant une besogne considérable, capable de conduire une entreprise sans dévier, l’esprit toujours tendu sur les affaires. Ses défauts étaient l’excès de chaleur et la précipitation. » Tel est le portrait de ce Montpelliérain à l’âge de cinquante-quatre ans, décrit par un contemporain en 1768.

Le 21 janvier 1744, il avait épousé une riche héritière, Anne de Roncherolles (1725-1752), cousine de la femme de lettres Madame d’Épinay. (Louise d’Épinay, née Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles, née à Valenciennes le 11 mars 1726, morte à Paris le 15 avril 1783)

 2016-04-04 13_56_48-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordLes armes de la famille de Roncherolles : D’argent, à deux faces de gueules.(Wikipédia)

Arrive la Révolution et la Terreur, « exit » le roi Louis… René Nicolas rend son dernier soupir en présence de son fils (victime de la Terreur, il décédera dans la prison de la Force et le suivra dans la tombe un an après) et des 6 curés des paroisses environnantes, dans sa chambre du château de Thuit (Eure), le 29 juillet 1792, quelques mois à peine avant l’exécution du roi Louis XVI. Point de dalle, point de chapelle ni d’oratoire, encore moins de mausolée, le chancelier, parait-il, avait souhaité qu’aucun signe apparent ne marque sa sépulture, souhait que les Révolutionnaires s’empressèrent d’exécuter. Il fut inhumé anonymement au cimetière paroissial, non loin de sa propriété dont il ne reste aujourd’hui plus rien. Plus tard, en 1896, une plaque à sa mémoire fut apposée sur le mur extérieur de l’Eglise, face au cimetière, par les soins de M. Guynemer, le père de l’aviateur, devenu propriétaire du château de Thuit.

On peut aussi noter qu’une grand-tante d’Antoinette (sœur de son arrière-grand-père), prénommée Marie Catherine Charlotte de Maupéou d’Ableiges née en 1718 avait épousé en mai 1737 Jean-Gabriel Amable Alexandre de Riquet (1709-1791), seigneur de la baronnie de « Bon-Repos en Languedoc » fils de Jean Mathias Riquet et de Louise de Montaigne, baronne de Puicherie, de Montmaur, de Caumont et de Saint-Marcel, Présidente du Canal de Languedoc. Alexandre exerça dans la magistrature comme Avocat-général puis Procureur-général au parlement de Toulouse en 1750 et s’illustra en requérant la condamnation du marchand Jean Calas en 1762. Petit-fils de Pierre-Paul, le célèbre créateur du canal du Midi, il avait hérité du domaine et du château de Bonrepos au nord de Toulouse, où, entre les ruisseaux Laragou et Girou, avait germé l’idée géniale de réaliser le canal de navigation commerciale reliant par voie terrestre la mer Méditerranée à l’océan Atlantique. Grâce à lui, la célèbre « maquette hydraulique », immense pièce d’eau au fond du parc, deviendra un des atouts incontournables des célèbres jardins où abondent orangers, mûriers blancs et autres richesses du Canal.

2016-04-04 14_03_15-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word  Les armes de la famille de Riquet : D’azur, à la bande d’or, accompagnée en chef d’une demi fleur de lys épanouie et en pied de trois roses posées en orle le tout d’argent.(Wikipédia)
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Comte Gilles Charles de Maupéou (Gilles VIII), le père d’Antoinette (Généanet  Arbre généalogique de Jean-François Dutar)

Le père d’Antoinette, le comte Gilles Charles de Maupéou d’Ableiges (1766-1832), était fils du comte Gilles IV François (1741-1779), capitaine de cavalerie, officier aux Gardes du corps du Roy et d’Angélique Le Bas de Courmont (1744-1824), elle-même fille d’un Fermier Général et Payeur des Rentes.

2016-04-04 14_17_49-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word Armes de Bas de Courmont : d’or au lion de gueules accompagné de trois arbres arrachés de sinople

Cinquième comte du nom et huitième « Gilles » de la lignée, il choisit pour usage courant le prénom de Charles. Né le 13 décembre 1766 à St-Nicolas-des-Champs à Paris, ayant embrassé à son tour la carrière militaire, le jeune comte Maupéou était déjà sous-lieutenant avant la Révolution et avait intégré le corps d’élite des Gardes-Françaises rattaché à la Maison militaire du Roi pour assurer, conjointement avec les Gardes-Suisses, la garde de l’extérieur des palais royaux. En juillet 1789, l’immense majorité des Gardes-Françaises se battent aux côtés des Parisiens contre le régiment Royal-Allemand qui avait chargé la foule et le 14 juillet 1789 et prennent part à la prise de la Bastille.

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Action entre le régiment Royal-Allemand commandé par le prince de Lambesc et un détachement des Gardes Françaises, dans la nuit du 12 juillet 1789.  Eau-forte de Duplessis-Bertaux.

Aussitôt, le régiment est dissous et la plus part des soldats issus des Gardes-Françaises sont intégrés dans la garde nationale nouvellement créée… Mais le comte choisit de se retirer quelques temps dans son fief d’Ableiges (Val-d’Oise, région Île-de-France actuelle), une des meilleures terres du Vexin « qui justifiait pleinement l’estime de son propriétaire », et revient demeurer dans son château du 14e siècle, acheté en 1614 par son ancêtre Gilles le 1er. Peu après, la fuite du roi échoue à Varennes, Robespierre s’apprête à devenir le maître de la France et le 30 septembre 1791, le roi assiste avec tous les députés à la clôture solennelle de la Constituante. « Ah ça ira ça ira ça ira, les aristocrates à la lanterne, Ah ça ira ça ira ça ira, les aristocrates on les pendra ! » Il ne fait vraiment pas bon d’être fidèle au Roi…

Une armée contre-révolutionnaire constituée d’émigrés aidés par les armées des royaumes voisins ayant à sa tête les frères de Louis XVI, les comtes d’Artois et de Provence, lève des troupes pour marcher contre les armées de la Révolution française et rétablir la monarchie absolue…  programme ambitieux qui séduit le comte, fervent royaliste. Depuis son château, il a apprend que la compagnie de Luxembourg des Gardes du Corps vient d’être recrée.

Pour « Dieu et les Bourbons », il décide de combattre la Révolution de l’extérieur et rejoindre les nombreuses familles de la noblesse contraintes de quitter le royaume de France.

A l’automne 1791, le comte fait une dernière fois le tour de ses terres, passe devant les fermes environnantes, les cours et les basses-cours, franchit le cours tranquille de la rivière Viosne sur laquelle tournent deux moulins, celui « d’en haut » et celui « d’au-dessous ». Dans la cour de l’immense ferme seigneuriale aux dimensions imposantes, il voit encore le beau et solide colombier au toit surmonté d’une magnifique girouette au pigeon de faïence où roucoulent les volatiles qui vivent sur les champs des environs. 2015-01-10 18_00_04-Ableiges (95), colombier - Ableiges — WikipédiaPuis, il se rend de l’autre côté et s’attarde dans le vaste parc enclos entre ses murs, se recueille pour une dernière prière dans la petite église Saint-Martin où, sous le chœur, son ancêtre a été pieusement inhumé dans le caveau seigneurial… Il s’agenouille devant le maître-autel orné du retable en bois blanc et or où figure le saint du village, Saint Martin, jette un dernier regard sur Sainte Cécile et la Vierge de pierre qui veillent sur les chapelles latérales. Le jeune comte sait qu’il n’y reviendra pas avant longtemps (l’église conserve aujourd’hui encore la pierre tombale du comte d’Ableiges, Gilles V de Maupeou (1680-1745), remontée le long d’un mur latéral). Enfin, il longe la route qui mène à La Villeneuve d’où il aperçoit sur le plateau d’en face, son château. Une dernière fois encore, il remonte le jardin par la belle allée de charmilles, se remémore les réceptions somptueuses à l’occasion de la Saint-Gilles, fêtes qui coïncidaient avec la période des chasses, toute cette vie intense et insouciante, le va et vient des chevaux, les gentilshommes aux perruques poudrées et les belles dames en robe de soie… Il parcourt les salles, passe par le grand salon aux fenêtres à croisillons flanquées de bancs de pierre, traverse la vaste salle à manger aux murs tendus d’une suite de toiles peintes de scènes chinoises au goût du temps (le musée Tavet-Delacour de Pontoise conserve sept toiles peintes à la colle du 17e siècle qui ont décoré le château des Maupeou). De là, il emprunte l’escalier qui descend profondément sous terre jusqu’à la salle voûtée aux croisées d’ogives parfaitement appareillées soutenue par un pilier central, atteint un petit réduit, une sorte d’armoire, petite cachette d’où il prend quelques objets précieux… Il abandonne son château et ses terres d’Ableiges qu’il ne reverra plus, il part pour le campement de Pfaffendorf à Coblence rejoindre « l’armée des Princes ».

2014-12-27 17_42_10-Quiberon émigrés - Armée des émigrés — Wikipédia

Soldats émigrés à la bataille de Quiberon : 1) Régiment du Dresnay, puis de Léon. 2) Régiment Loyal-Émigrant. 3) Régiment Royal-Louis, puis d’Hervilly. 4) Royal Artillerie. 5) Régiment Hector ou Marine Royale.

Les royalistes ont échoué dans leur entreprise et sont traqués pour être mis à mort,  le comte s’exile en Angleterre. Inscrit sur la liste des royalistes réfugiés à Londres, ses biens ne tardent pas à être confisqués au titre de bien National et vendus. Des belles terres de la châtellenie d’Ableiges ne subsiste aujourd’hui que le colombier, un pan de mur du château et les deux caves voûtées en plein cintre…

2016-04-04 14_53_25-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordGravure représentant le rez-de-chaussée du colombier d’Ableiges extraite des Mémoires de la Société Historique et Archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin Tome 45 – 1936

Peu après l’exécution du citoyen Capet (21 janvier 1793), le 5 février 1793 à Londres, le comte de Maupéou, 26 ans, épouse en la « chapelle d’Espagne » une noble demoiselle créole guadeloupéenne Louise Elisabeth Le Pelletier de Liancourt.

2014-12-31 22_23_08-Carnet Web de Généalogie_ avril 2010 Les armes de la famille Le Pelletier : d’azur à une fasce d’argent chargée d’un croissant de gueules, accompagnée de trois étoiles d’or

La jeune épouse est la petite-nièce du chef d’escadre du même nom, Bailly, Commandeur de l’ordre de Malte et de Saint-Christophe, Gouverneur et Lieutenant général des Isles sous le Vent qu’il avait conquises, d’une famille alliée aux Choiseul et autres grandes maisons de la Cour.

La noble demoiselle, baptisée le 10 mars 1770 à la paroisse St François de Basse-Terre en Guadeloupe, était la première née (4 frères suivront) de Dame Luce Louise Longvilliers de Poincy de Bénevent, fille du Gouverneur de la Martinique et d’Antoine Le Pelletier de Liancourt, Seigneur de la vicomté de Villers-le-Hélon, officier d’artillerie et chevalier de Saint Louis, né à Compiègne en 1738 qui demeurait depuis son départ de Bordeaux en 1755 «en son habitation de la Guadeloupe». En effet, il n’avait que 17 ans à peine, quand son oncle et parrain breton, Antoine Bourdaize de Montéran, Conseiller du roi et Doyen du Conseil supérieur de la Guadeloupe étant décédé sans enfants, l’avait désigné par testament comme légataire universel. Ainsi, aussitôt débarqué sur l’île, Antoine était déjà propriétaire des nombreuses habitations du généreux donateur. Nommé capitaine à la tête d’une compagnie de canonniers-bombardiers, il se distingua lors d’une descente des Anglais sur l’île qui la prirent finalement en 1762, ce qui fait que, tout juste mariés depuis mai 1761, les Liancourt avaient dû se retirer un temps en Martinique. « Sans la guerre avec les Anglais, quelle fortune n’aurait-il pas faite ? » Antoine de Liancourt acquit cependant en France deux belles et grandes terres, celle de Crécy-au-Mont en Soissonnais et celle de la vicomté de Villers-Hélon en Valois où fut inhumée en 1784 dans l’église du village, son épouse, Luce.

 A Paris « l’inimitable machine du médecin Guillotin propre à couper les têtes et dite de son nom Guillotine » surnommée rapidement le « grand rasoir national », le « moulin à silence », la « cravate à Capet » ou encore « l’abbaye de Monte-à-Regret » tourne à plein régime. En ces heures sombres devenues ordinaires, la place de la Révolution, couverte de flaques de sang séché ou viennent se nourrir des meutes de chiens et des nuages de grosses mouches… est peu fréquentable.

Le frère cadet de Louise, Louis-François Le Pelletier de Liancourt qui avait servi dans l’état-major du roi, puis dans les Gardes-Françaises, « mourut en émigration », après avoir divorcé de sa jeune épouse, Marie Charlotte de Bonnaire de Forges, tentant peut-être, par ce divorce, de sauver la jeune femme de 21 ans à peine d’une mort annoncée, le baron André de Forges, son père, ayant été guillotiné en mai 1793. Mais le tribunal révolutionnaire de Paris condamne « la femme divorcée de Lepelletier, ex-noble » « comme convaincue d’avoir conspiré contre la République » à être guillotinée à son tour place de la Révolution, devant l’entrée du jardin, le 9 avril 1794, 5 jours après Danton et 9 jours avant sa mère née d’Hariague de Guiberville.

2016-04-04 16_23_11-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordArmes de la famille d’Hariague : d’azur à une ancre d’argent au chef de gueules chargé d’un croissant d’or entre deux étoiles

2015-01-24 15_35_49-Exécution de Louis XVI Carnavalet - Guillotine — Wikipédia

Charles et Louise, réalisent que leur seule planche de salut est la fuite : ils doivent agir promptement pour sauver leur vie encore menacée. L’hiver 1794-1795 sème la déroute parmi les navires, la saison des tempêtes d’hiver de l’Atlantique est désastreuse, les navires anglais et français se livrent des batailles sans merci, l’atmosphère est fébrile. Priant Dieu de les protéger dans leur entreprise, ils décident de fuir promptement pour les Antilles, destination la Guadeloupe, l’île natale de madame la comtesse. Les Maupéou embarquent à Londres sur un vaisseau de guerre pris aux Français en 1793, l’Amélia pour un périple de plusieurs mois afin de rejoindre la Caraïbe, alors que les îles sont devenues un véritable champ de bataille opposant Français républicains et Anglais royalistes.

Leur destinée est entre les mains du capitaine Samuel Hill (1771-1825), un extraordinaire marin américain né à Boston qui, à 13 ans, s’était enfui à la mer après une sévère raclée de son père. « Sam Hill » avait déjà effectué plusieurs tours du monde, navigué vers l’Angleterre, les Antilles, Java, le Japon, l’Espagne, la côte du Pacifique du Nord-Ouest de l’Amérique et la Chine. Poète à ses heures, il avait fait le commerce de fourrure le long de la côte, de la Californie à l’Alaska, navigué sur le fleuve Columbia et vécut de nombreuses aventures. Il serait resté probablement dans les mémoires comme l’un des grands aventuriers maritimes du début du XIXe siècle, comme le premier Américain à avoir vécu au Japon en 1799, à avoir navigué en même temps que Lewis et Clark, sauvé des hommes détenus en captivité par les Indiens et les pirates, rencontré le roi Kamehameha de Hawaii (vers 1758-1819) et les missionnaires, plus tard capturé comme un corsaire pendant la guerre de 1812, témoin de première main des événements de la Révolution chilienne, s’il n’avait été aussi un violeur et un meurtrier, un brin psychopathe, dans toutes ses contradictions et ses complexités… (Devil on the Deep Blue Sea: The Notorious career of Capitain Samuel Hill of Boston- par Mary Malloy- Bullbrier Press; 1ère édition Décembre 11, 2006)

Le 25 mars 1795, aux Iles-du-Vent, à bord du vaisseau « venant de Londres », la comtesse de Maupéou met au monde son premier enfant, que l’on s’empressa d’ondoyer et qui reçut, en reconnaissance, les prénoms de Marine Amélie.

2014-12-28 20_38_55-John Christian Schetky, HMS Amelia Chasing the French Frigate Aréthuse 1813 (185HMS « Amelia » Chasing the French Frigate « Aréthuse » 1813. Painted in 1852 by John Christian Schetky

Ils séjournent quelques temps chez Antoine Le Pelletier de Liancourt qui avait conservé à Basse-Terre l’importante habitation-sucrerie de Beausoleil, 120 hectares exploitées par plus de 150 esclaves, puis, ils quittent la Guadeloupe pour la Martinique. Près de l’anse de Cul-de-Sac-à-Vaches, la famille Maupéou s’établit sur des terres fertiles entièrement consacrées à la culture de la canne à sucre et demeure dans une vaste habitation-sucrerie qui gardera le nom  d’habitation Maupéou.

2015-01-25 16_27_40-Atlas des paysages de Martinique _ Paysages peints, XVIIe-XVIIIe-XIXe, entre proAnonyme, Une habitation à la Martinique, vers 1780

Dans la paroisse Saint Jean-Baptiste de La Rivière Salée, le samedi 30 décembre 1797, a lieu deux baptêmes : Le premier, celui de Marine Amélie déjà âgée de « 2 ans et 9 mois environ », qui reçut pour parrain son oncle maternel Louis Antoine Le Pelletier (1765-1816) ancien officier dans les états-majors des régiments du roi infanterie et des Gardes-Françaises, mort en émigration à Basse-Terre et pour marraine, Marie d’Anjorrant, veuve de M du Plessis de Montmort, comte de Glaignes, deuxième épouse du grand-père maternel, laquelle décéda sans enfants de ce deuxième mariage.

Le second baptême immédiatement célébré fut celui de la cadette, la petite Louise Elisabeth Antoinette, âgée « d’environ 25 jours » qui reçut pour parrain son grand-père paternel Antoine et pour marraine sa grand-tante maternelle, Marie Elisabeth Gaigneron de Morin (1769-1811) domiciliée à Le Lamentin, veuve d’un capitaine de milice.

2014-12-27 21_27_21-Résultats Google Recherche d'images correspondant à http___4.bp.blogspot.com_-GMLes armes de la famille Gaigneron de Morin : d’argent au chevron d’azur accompagné de trois têtes de coq arrachées barbées et crêtées de gueules »
2014-12-27 20_57_00-ANOM, Etat Civil, Résultats2014-12-27 20_57_30-ANOM, Etat Civil, Résultats2014-12-27 20_58_01-ANOM, Etat Civil, RésultatsExtrait du registre de l’état-civil de Rivière Salée de l’année 1797 (Archives nationales d’Outre-mer)

Ensuite en octobre 1807, toujours à La Rivière Salée, au foyer de monsieur le comte de Maupéou, naît un héritier mâle, un fils, 9éme du nom, prénommé Gilles François Félix qui, plusieurs années plus tard, sera élève de l’Ecole Royale Spéciale Militaire de Saint-Cyr, promotion « Athéna de 1823-1825 » pour devenir officier d’Etat-major, puis, « vivant de ses revenus », épousera en 1835 Henriette Aglaé Mauduit (1813-1870) fille du comte de Semerville, ancien capitaine de vaisseau, demeurera au château de ce dernier à Miserey (Eure) et enfin, décédera en janvier 1882 à Cherbourg. Son fils, « Gilles » Louis Marie (1841-1925) deviendra Ingénieur général du génie maritime décoré de la Légion d’honneur.

Félix de Maupéou d’ Ableiges et son épouse, la blonde Henriette Mauduit de Semerville
2016-04-04 17_16_26-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordArmes de la famille de Mauduit de Sémerville : de gueules au chevron d’or accompagné de trois roses de même (Blason dessiné par O. de Chavagnac pour l’Armorial des As)

Monsieur le comte Charles de Maupéou avait manifestement mis à profit ses années d’exil londoniennes pour y avoir vu marcher des machines à vapeur et, en 1810, afin d’améliorer le rendement des plantations et de son domaine, il y fait établir le premier moulin à vapeur de l’île. Dès 1815, sous la Restauration, plus que jamais fidèle à l’Eglise et la Patrie, il devient député de la Martinique, revient par séjours successifs en France où, fort probablement, il avait envoyé les filles aînées achever leur éducation. Fait chevalier de Saint-Louis en 1818, alors qu’Antoinette est âgée de 10 ans à peine, Dieu rappelle à lui son épouse.

2015-01-20 20_34_30-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES.docx - Microsoft WordDessin de M. de Bérard dans manuel Histoire Géographie collège, Antilles françaises, Hatier.

La monarchie de retour en France, il s’installe définitivement à Paris, où il épouse en deuxième noce le 15 juin 1825, la marquise Angélique Georgette de Montchenu, issue d’une famille du Dauphiné « qui servait depuis longtemps les rois de France ».

Le comte Gilles-Charles décède le 14 décembre 1832 en son domicile 14 chaussée de Bixy à Vernon (Eure), à l’âge de 66 ans, après avoir eu en 1827, un dernier fils prénommé …Gilles Georges Henri.

2016-04-04 19_13_01-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word Armes de la famille de Montchenu : De gueules, à la bande engrêlée d’argent

Marine Amélie (1795 – 28 août 1873 Cherbourg) et Antoinette, deux sœurs et deux jeunes femmes qui arrivent à l’âge adulte sous la Restauration, se marient la même année 1828 à Paris :

Marie Amélie épouse le 12 mai un noble issu d’une famille de basse Normandie, propriétaire au cœur du Cotentin de la ferme de Butteville et maire de Rauville la Bigot (Manche) de 1823 à 1830, Auguste Médéric Louis Lucas de Saint Luc de Couville (1785-1850), fils du seigneur de Couville et de la Chesnée, Pierre Jean Désiré et de Marie Suzanne Louise Le Mouton (elle-même fille de Thomas Jean Louis, sieur du Manoir et Suzanne Renée Angélique Le Pigeon, ce qui, il faut l’avouer, n’est pas ordinaire comme alliance).

2016-04-04 17_32_59-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word
Armes de la famille Lucas de Couville : de gueules à 3 chevrons d’argent
2016-04-04 17_33_26-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word
Armes de la famille Le Mouton : d’argent à 3 gibecières de sable boutonnées et houppées d’or

Le 26 mars 1828, en présence d’une nombreuse et brillante assistance, la bénédiction nuptiale est donnée à Mademoiselle Antoinette Maupéou d’Ableiges, âgée de 20 ans, qui s’unit en mariage à Marie Louis Achille de Liron d’Airolles (ou d’Ayrolles ou d’Airoles), officier d’Etat-major né le 18 mai 1796 à Le Vigan dans le Gard, d’une famille qui comptait parmi la noblesse de Languedoc et y occupait une place élevée dès le 14ème siècle, par des services militaires distingués et par de nobles alliances avec d’anciennes maisons : de la Fabrègue, de Rousset de la Farelle, de Bringuier de Thoms, de Brueys, de Brun, de Roussy, de Serres, de Bonald, de Nattes, de Calvières, de Bernis … et bien d’autres.

La famille de Liron d’Airolles possède un titre original, une charte latine de 1353, par lequelle un certain Philippe reconnait tenir du roi Jean, le fief noble « de la Rivière-Kaouls située près du mont Liron en Cévennes » et c’est en 1610 que la famille ayant réuni tous les droits féodaux de la seigneurie du domaine d’Airolles, prit la qualification de seigneur d’Airolles et autres lieux, seigneurie relevant du marquisat de Ganges et Roquefeuille.

2015-01-18 17_16_29-Peintures des Musées de France_ COMPIEGNE

Un mariage vers 1828. Ce n’est pas celui d’Antoinette et d’Achille de Liron d’Airolles, mais celui de Léopold Ier, roi des Belges et de la princesse Louise d’Orléans, célébré dans la chapelle du château de Compiègne le 9 août 1832 par Joseph-Désiré Court (1797-1865)
2015-01-17 21_47_36-Livre d'or de la Noblesse - Le Marquis de Magny - Google Livres
Armes de la famille de Liron d’Airolles : De gueules à un lion d’argent au chef d’azur chargé de deux étoiles d’or – Livre d’or de la Noblesse par le marquis de Magny -1847

Par ce mariage, Antoinette devient la belle-fille du très catholique chevalier d’Airolles Clément Louis Philippe de Liron (1758-1838) originaire de Bez dans le Gard (de nos jours Bez-et-Esparon), fils de Pierre Etienne sieur d’Airolles 1713-1772 et de Jeanne de Roussy de Sales, d’origine cévenole. Ce beau-père, Lieutenant en second au régiment du Dauphiné (1772), capitaine (1789), payeur général du Trésor de la Couronne à St Germain (1809-1810) sous la direction du Montpelliérain le comte Martin Roch Estève, nommé chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, fut maire du Vigan durant la Restauration. Il avait épousé en 1791 à Montpellier, Louise Olympe Emilie de Nattes de Luziès de Mialet qui descendait du côté de sa mère Thérèse de Triaire d’une très ancienne noblesse et par son père, le noble Jean de Nattes, seigneur de Luziès et de Mialet, d’une famille qui s’éteignit avec Olympe qui en fut la dernière représentante.

2016-04-04 17_43_19-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordArmes de la famille de Nattes de Luziès : De gueules à trois nattes d’or mises en fasces

Le chevalier d’Airolles décèdera à Montpellier à 85 ans, âge plus que respectable pour l’époque, le 22 février 1838, rue du Jeu de Paume dans la maison Quetton. Son décès fut déclaré le lendemain par son cousin Hippolyte Jean Charles Fabre de Montvaillant, maire et propriétaire foncier à Cornély (commune de Lasalle, Gard) également propriétaire à Montpellier et par Raoul Maury de Lapeyrouse (1793-1886), également propriétaire du grand Jardin de la Maison Ronde à Le Vigan, chevalier, lieutenant au 7ème régiment du Gard, « tous deux domiciliés au dit Montpellier ».

2016-04-04 17_43_52-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word
Armes de la famille Fabre de Montvaillant : D’azur à un bras armé d’or, mouvant du flanc sénestre de l’écu et sortant d’une nuée d’argent, tenant une épée du même dont la pointe semble supporter une couronne fleurdelisée d’or, accompagnée au côté dextre d’un lion couronné, lampassé et armé de gueules, supportant d’une de ses pattes une fleur de lys d’or, et en pointe d’un casque aussi d’or, duquel sortent quelques plumes d’argent
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Armes de la famille Maury de Lapeyrouse : D’or au mont de 6 coupeaux de sinople mouvant de la Pointe. Surmonté en chef de 2 têtes de maure de sable. tortillées d’argent.

Le vieux chevalier d’Airoles avait une sœur qu’Antoinette ne connut point, puisque la respectable dame était décédée depuis 1821. Cette tante par alliance, prénommée Jeanne Françoise de Liron d’Airoles (1758-1821) était la veuve du seigneur de Montredon, Louis François de Faventines (1736 – 1790 Le vigan) fils de Pierre Faventines de Fontenilles (1695 – 1776), marquis de Roquefeuil, vicomte d’Alzon, seigneur de La Canourgue, Boulièche, Espéries, anobli dans la première moitié du XVIIIe siècle par l’achat d’un office de trésorier-payeur des gages de la chancellerie près le Parlement de Dijon et qui fit bâtir au Vigan, pour loger sa nombreuse famille, l’hôtel de Faventines, aujourd’hui Château d’Assas.

Jeanne Françoise et Louis François de Faventines avaient eu une fille, Marie Jeanne Clémence de Faventines (1787-1860) qui avait épousé en 1806, André Henri Daudé vicomte d’Alzon (1774-1864). Cousine germaine d’Achille de Liron, cette noble et pieuse dame, adoptée en 1802 par ses oncle et tante paternels sans enfants, fut la mère du Bienheureux Père Emmanuel d’Alzon (1810-1880), fondateur de l’ordre des Augustins de l’Assomption. Décédée à Montpellier le 12 octobre 1860 rue Trésoriers de la Bourse, elle est inhumée au cimetière de Montagnac (Hérault).

2015-01-05 18_23_18-Blason famille fr D Alzon - Armorial des familles d'Auvergne — Wikipédia
Armes de la famille d’Alzon : De gueules, fretté d’or, les claires-voies semées de fleurs-de-lys du même

 

André Henri Daudé d’Alzon, cousin par alliance d’Achille de Liron d’Airolles et Marie Jeanne Clémence Faventines, vicomtesse d’Alzon (1788- 1860) wikipédia

Achille, le jeune époux d’Antoinette, Lieutenant, Capitaine, Major, ensuite Chef d’escadron au corps royal d’Etat-major, était l’auteur de divers mémoires sur la reconnaissance militaire : « La défense des départements du Bas-Rhin de 1824 à 1829, du Rhin au lac de Genève. » « Reconnaissance militaire et levée à vue de la route de Strasbourg à Soultz avec tableau statistique, itinéraire » (1824) « Mémoire sur la Place d’Haguenau et ses envions » (1825).

2015-01-17 21_20_11-Picasa 3Ex Libris de la famille de Liron d’Airoles avec les armes dans l’angle supérieur droit : De gueules à un lion d’argent au chef d’azur chargé de deux étoiles d’or

Leur premier enfant, Louise Françoise Charlotte Cécile de Liron d’Airoles nait à Versailles le 10 novembre 1829.

Elle épousera à Montpellier 17 ans plus tard, le 10 octobre 1847, un enfant de Montpellier Barthélémi Marie Achille Kühnholtz (1820-1893, fils de Marcel Henri, professeur agrégé de la faculté de médecine de Montpellier et d’Adèle Moulinier), déclaré sans profession dans l’acte de mariage, le futur époux avait été de 1839 à 1844 rédacteur et directeur du journal hebdomadaire Le Babillard, journal des théâtres et des salons, renommé Le solitaire à partir de 1844 et avait déjà subi 15 procès entre 1842 et 1843 pour le contenu de ses articles. Ils avaient choisi comme témoin de leur mariage, un cousin au deuxième degré de l’époux, le marquis d’Assas, Marie Philippe Fulcrand, (1819-1887) fils d’Anne Françoise Faventines et de Jean François, dit le « chevalier d’Assas », ancien Page du Roi (1772), Garde marine à Rochefort (1777), Capitaine de vaisseau (1791), Contre-amiral (1814), Président du canton du Vigan en 1808.

2016-04-04 17_55_36-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word
Armes de la famille d’Assas : D’or, au chevron d’azur, accompagné en chef de 2 pins de sinople, et d’un croissant de gueules en pointe; au chef d’azur, chargé de trois étoiles d’or – Devise : À moi, Auvergne (wikipédia)

Eut également l’honneur d’être témoin du mariage de Liron – Kühnholtz, le cousin au quatrième degré de l’époux, le vicomte Jean Eugène de Roussy de Sales (1787-1872 Montpellier), lieutenant-colonel de cavalerie sous Napoléon, chevalier de Saint-Louis et de l’ordre souverain de Saint Jean de Jérusalem qui, par sa mère, était lié à la famille de Sales dont Saint François de Sales (1567-1622), le saint universellement connu, était issu.

En outre, le comte de Roussy était lui-même cousin du Comte de Cavour, Camillo Paolo Filippo Giulio Benso (1810-1861), homme politique piémontais, important partisan et acteur de l’unité italienne dont il se sentait très proche et qui séjournait régulièrement chez eux, au château de Thorens, en Savoie.

2015-01-14 21_17_21-Blason Félix-Léonard de Roussy de Sales - Félix-Léonard de Roussy de Sales — WikArmes de la famille de Roussy de Sales: Écartelé: aux 1 et 4 : d’azur, à la licorne passante d’or au chef du même ; aux 2 et 3 : d’azur, à 2 fasces d’or remplies de gueules et accompagnées d’un croissant d’or en chef et de 2 étoiles d’argent, une en abîmes l’autre en pointe (wikipedia)
 2015-01-18 17_53_19-Gravure du Moniteur de la Mode 1853
 Une mariée en 1847 – gravure le Moniteur de la Mode

En 1831, Antoinette et son époux demeurent « au château du Moulinet, commune de Garancières en Seine et Oise » (actuellement Yvelines), mais c’est à Vernon (Eure) dans la demeure paternelle du comte de Maupéou « sise sur la chaussée de Bizy », que le 1er juin, Antoinette met au monde son deuxième enfant, mâle, cette fois, le choix du roi comme dit le dicton. Rompant avec la série ininterrompue des Gilles, l’enfant fut prénommé Louis Marie Olivier.

Quand arrive la IIème République puis le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, la famille Liron d’Airoles demeure à Montpellier et Achille sert toujours dans l’armée. Le 10 décembre 1849, chef d’escadron d’Etat-major attaché à la 9e région militaire, il est nommé officier de la Légion d’honneur.

En 1853, Achille est âgé de 57 ans. Le tsar Nicolas Ier de Russie souhaite s’installer à Constantinople pour accéder aux détroits du Bosphore et des Dardanelles et contrôler ainsi le commerce maritime entre les mers Noire et Méditerranée, la guerre de Crimée (1853-1856) se déclare le 27 mars 1854. En septembre suivant « la Bataille de l’Alma est gagnée par les Français, Les Russes s’enfuient. » titre le Journal de Toulouse. C’est en souvenir de cette bataille et pour saluer leur courage que fut réalisé le Zouave du pont de l’Alma à Paris par le sculpteur Georges Diebolt.

Les alliés coalisés (l’Empire ottoman, la France, le Royaume-Uni et le royaume de Sardaigne) ont gagné une bataille mais n’ont pas encore gagné la guerre, dès le 9 octobre 1854, commence le siège de Sébastopol, pénible et meurtrier. Durant les 11 mois de siège d’une lutte obstinée, les pertes russes sont immenses, les pertes alliées le sont aussi, il faut des renforts… Dans ce contexte, le 19 novembre 1854, le lieutenant-colonel d’Ayrolles, nommé chef d’Etat-Major de la 7e division d’Infanterie du 2e corps de l’Armée d’Orient sous le commandant du général de division Dulac, part pour la Crimée.

Le Journal de Toulouse rapporte les préparatifs : « les troupes sont en marche sur tous les points pour renforcer l’Armée d’Orient. La 5° batterie du 1° régiment est partie hier de Vincennes pour Marseille, par le chemin de fer de Lyon. Le transport des troupes par mer est effectué sur des navires le Henri IV, la Ville de Marseille, le Charlemagne, à hélices, et le Iéna. Un détachement du 6° bataillon de chasseurs à pied, venant de Strasbourg, est arrivé hier à Paris, et en est reparti le même jour. D’après les ordres du ministre de la guerre, les dépôts des corps de toutes armes faisant partie de l’armée d’Orient, doivent tenir prêts à partir tous les hommes disponibles, afin de rejoindre immédiatement les bataillons et escadrons de guerre ». Dans le même temps, Le Times apprend que le « recrutement s’opère en ce moment en Angleterre à raison de 1000 hommes par semaine. 6 nouveaux régiments d’infanterie, plus un bataillon des gardes partent pour Sébastopol et le gouvernement anglais ne s’arrêtera pas là. Tous les bâtiments à vapeur sont tenus d’être prêts à partir sur le champ. » Le Daily News déclare : « les renforts français sont bien plus considérables que les renforts anglais (50000 hommes) … On enlève des munitions de terre et de mer de la Tour de Londres pour les mettre à la disposition des armes alliées. On y prend surtout des vêtements chauds, de la literie, des lits en fer, des aliments conservés, des articles pour les malades et un grand nombre de tentes. … l’on a mis en réquisition un renfort d’ouvriers travaillant nuit et jour à transporter les articles à bord des bâtiments mouillés actuellement vis-à vis de la Tour. »

Les hommes de la 7e division d’infanterie s’installent devant Sébastopol, hivernent dans une région désertique, marécageuse et malsaine, battue par les vents et la neige. Les hommes, mal équipés, souffrent des rigueurs du froid, des fatigues des travaux de tranchée. Le choléra, le typhus et la dysenterie les frappent, ajoutant encore aux nombreuses victimes. « A 500 mètres du grand quartier général, les officiers du général Dulac sont installés à trois dans une petite tente, si mal installés, que leur plus grande préoccupation consistait à avoir un repas passable, à l’aide de poules de Carthage et d’alouettes que leurs fusils ramenaient au garde-manger. … L’armée se soutient bien, cependant il y a quelques cholériques dans les ambulances de la 7e division. Il y a eu pas mal de pieds gelés avec nos affreux souliers de France; les cinq sixièmes des maladies proviennent de l’impossibilité de mettre les chaussures, au bout de quarante-huit heures de séjour dans un pays où les hommes ne devraient arriver que munis de bas de laine. Les sabots ont sauvé l’armée. On vient d’organiser des compagnies de bûcherons dans les régiments; ils déracinent les souches d’arbres, grâce à eux, nous faisons du feu dans les tentes. M. le colonel d’Airolles en revendique l’initiative. … Les caisses à biscuit jouent un grand rôle pour la construction des tables et des armoires. » (extrait de Campagnes de Crimée, d’Italie, d’Afrique, de Chine et de Syrie, 1849-1862: lettres adressées au Maréchal de Castellane – Plon 1898)

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Soldats britanniques transportant des matériaux de construction durant l’hiver 1854-1855. – Crimée 1855

En avril encore, le temps est toujours affreux, des pluies torrentielles inondent tout et arrêtent tous les travaux de routes, l’humidité influe sur la santé des hommes et occasionne une foule de rhumes et de catarrhes … Plus à l’est, à l’embouchure de la Tchernaïa, le petit port d’Inkermann est l’objet d’une rencontre sanglante surnommée « l’abattoir ». On se bat furieusement, le canon tonne, la mitraille pleut, les balles sifflent, et lui, l’officier de Liron, agonise loin de la bataille, vaincu, comme le fut l´écrasante majorité des morts de Crimée, par un ennemi redoutable, le typhus ou la dysenterie peut-être.

Le 16 mai 1855 : « Dulac a perdu son chef d’état-major, le colonel d’Airolles, mort de maladie », son enterrement a lieu le lendemain au Camp du Moulin, la veille-même de ses 59 ans. « Adieu, mon adorée ; adieu, mes chers enfants ; je n’ai plus que le temps de vous embrasser de toutes mes forces et de tout mon cœur, que je vous envoie ! » Ces mots du général en chef Pélissier auraient pu être les siens. (lettre Devant Sébastopol, 22 mai, 9 heures du matin du général en chef Pélissier). La dépouille du chef d’état-major d’Airolles demeurera en terre d’Ukraine, loin de sa terre natale.

Entre temps, un jugement civil du Vigan, rendu le 31 janvier 1855, enregistré le 9 février suivant confirme que « sur production des titres remontant à l’année 1633 et constatant que les membres de cette famille étaient qualifiés de nobles et seigneurs d’Airolles, » autorise « leurs descendants à reprendre leur nom patronymique, qui est de Liron d’Airolles… »

A Montpellier, quelques mois plus tard, la famille en deuil est réunie pour prier et célébrer la Noël, mais une intense activité agite les domestiques et les servantes occupés par les préparatifs d’un beau mariage.

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Mariée vers 1855, gravure La Mode Illustrée

Après que les bans aient été publiés les 9 et 16 décembre 1855, qu’un contrat de mariage ait été reçu le 24 décembre 1855 devant Me Félix Chivaud notaire à Montpellier, à 24 ans, Olivier, qualifié de propriétaire, épouse le 26 décembre 1855, Jacqueline Agathe Fanny Bonnaric (Paris 15 octobre 1833 – 1858), 22 ans, fille du négociant Sétois, propriétaire et rentier Jacques Joseph Léonce Léonard, décédé à Montpellier le 1er février 1854 à l’âge de 50 ans et d’Agathe Marie Clémentine Alexandrine Giniez, issue d’une famille de négociants, fabricants de verdet.

2015-01-05 21_15_16-5 MI 1_104 - Mariages 5 MI 1_104 - 1855 - Archives départementales de l'Hérault

La famille Bonnaric faisait partie de ces réseaux familiaux et politico-financiers dont on serait tenté de dire que les Languedociens avaient le secret. La maison Bonnaric, spécialisée dans les expéditions et les envois de vins, avait formé à l’île de la Réunion, un petit groupe sétois et ensuite, toujours associée à des familles pour la plupart montpelliéraines, languedociennes, ou d’origine, depuis Montpellier, trois générations pour le moins de Bonnaric avaient déjà suscité, en dehors de leur propre affaire, « deux sociétés considérables chargées, l’une de la fourniture générale des lits militaires de l’Empire, l’autre de la construction du canal de Beaucaire », ainsi que le dessèchement des marais de Bourgoin, Brangues, La Verpillière, Martel et Bouchage. (Banquiers, Négociants et Manufacturiers Parisiens du Directoire à l’Empire –  Louis Bergeron – Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales – 1999)

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C’est d’une écriture mal assurée et émue qu’Antoinette en tenue de grand deuil appose sa signature au bas de l’acte de mariage de son fils unique.

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Signature d’Antoinette de Liron d’Airoles née de Maupéou, au bas de l’acte du mariage de son fils le 26 décembre 1855 (AD registre des mariages de 1855 acte 388 – 5 MI 1 104)

Le jeune couple s’installe à Montpellier au 23 boulevard Saint-Guilhem, dans l’immeuble occupé par Cécile Kühnholtz-Lordat et sa famille.

Le 15 décembre 1856, à Montpellier, au domicile des grands-parents maternels Giniez dans la Grand-rue, Fanny donne naissance à leur premier enfant Louis Marie Alexandre Daniel déclaré à l’officier de l’état-civil par son père, par son grand-oncle (frère de sa grand-mère) Alphonse Giniez et par son oncle Achille Kühnholtz-Lordat qui se déclare propriétaire ; Devenu depuis 1851, conseiller municipal à Montpellier sous l’étiquette légitimiste, il fut, durant son mandat, un ardent défenseur du projet de musée d’Histoire Naturelle, étant lui-même passionné par les coquillages, il avait réuni une fort belle collection qui fut donnée, plus tard, à la Faculté de Sciences de la Ville.

Moins de deux ans plus tard, le 10 octobre 1858, à Montpellier toujours au domicile de la Grand-rue, à 25 ans, Fanny donne le jour à une fillette prénommée Clémentine Marie Magdelaine, déclarée à la mairie par la même parentèle que son frère aîné Daniel. Toute la famille entoure le petit berceau, mais la joie de la naissance est très vite assombrie par la douleur de Fanny qui reste alitée. Elle souffre d’une forte fièvre et sa soif est intense. Impuissant, le médecin de famille qui ne quitte pas son chevet constate que son pouls s’affaiblit… c’est la fin.

Anéanti, Olivier se décide à faire les formalités d’usage pour l’acquisition d’un terrain à perpétuité au cimetière communal Saint-Lazare et fait bâtir à toute hâte le caveau familial ( Section B 5° division N° 7 du 1° rang). Huit jours plus tard, le nouveau-né est porté une dernière fois sur le lit de sa mère, puis le médecin place un miroir devant les lèvres de la jeune accouchée, secoue la tête, et, sans rien dire, ramène la couverture sur le visage de Fanny. Olivier, chancelle, il a compris. Ses yeux laissent jaillir un flot de larmes, il tombe à genoux et joignant les mains, fait de longues prières.

2015-01-05 20_48_53-5 MI 1_126 - Décès 5 MI 1_126 - 1858 - Archives départementales de l'Hérault

Le 20 octobre suivant, à 9 heures du matin, après une longue messe, le convoi funèbre conduit Fanny au cimetière. Olivier marche seul en tête du cortège, la tête basse. Les hommes suivent et marchent les premiers, puis les femmes de la famille viennent à la suite, vêtues de leurs habits de grand deuil, leur visage couvert d’un crêpe sombre.

2015-01-18 18_26_31-Résultats Google Recherche d'images correspondant à http___fr.academic.ru_pictur Vue partielle du tableau « Un enterrement à Ornans » en 1850 de Gustave Courbet (1819-1877) 

Mais les épreuves et les malheurs s’abattent encore sur la famille : le 12 juin 1862 c’est au tour du petit Daniel de succomber à l’âge de 5 ans et demi, à Montpellier rue des Grenadiers maison Delanquine et de rejoindre prématurément la sépulture du cimetière St Lazare où repose sa mère.

En juillet 1866, Olivier fait paraître à Montpellier par l’imprimerie de Gras ses « Réflexions historiques sur les Nationalités ». En liminaire de son livre, Olivier choisit de citer  :

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Ensuite, il présente ainsi son œuvre, ses intentions, ses craintes.

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Le 22 mars 1875, la concession du cimetière St Lazare a été ré-ouverte à la demande d’Olivier et à 9 heures une messe est célébrée à l’église Ste Anne pour les obsèques de sa tante paternelle, Céleste Marie de Liron d’Airoles.

Native de Nimes, décédée à l’âge de 82 ans en son domicile montpelliérain du 9 rue St Guilhem, elle était veuve de François Prosper Delbosc d’Auzon, (Auzon 12 mai 1774- 21 mars 1837) fils de Louis Antoine, Seigneur d’Auzon et Co seigneur du mandement d’Allègre, avocat au parlement de Toulouse et de Marie Bastide de Malbosc.

2015-01-14 23_14_05-Liste des seigneurs d'Auzon — WikipédiaArmes de la famille d’Auzon : très proche de celles de la famille d’Alzon, De gueules, fretté d’or, les claires-voies semées de fleurs-de-lys du même

François, son époux disparu à l’âge de 63 ans en 1837, avait émigré en 1791, âgé de 17 ans, puis avait rejoint un an plus tard l’armée de Condé, armée financée pour grande part par le gouvernement britannique et fait la campagne dans l’armée des Princes pour ne plus la quitter. En 1801, il servait encore en qualité de « noble à cheval » dans le 5ème escadron du régiment du « petit-fils de France, Louis Antoine, Duc d’Angoulême » (1775-1864), fils de Charles-Philippe de France (futur roi Charles X) et de Marie-Thérèse de Savoie.. Le 1er juin 1814, entré Garde de corps du roi Louis XVIII à la compagnie de Gramont des Gardes du corps du roi, le chevalier d’Auzon l’avait suivi en exil en Belgique et « rentré avec Sa Majesté » le 8 juillet 1815. Fait chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis (1814), puis chevalier et officier de l’ordre royal de la légion d’honneur (1815), il termina avec le grade de Lieutenant-colonel.

2015-01-14 22_40_45-Ministère de la culture - Base LéonoreAttestation de la Campagne de 1792 dans l’Armée des Princes (Source Léonore)
Armée des émigrés à Quiberon
 Armée des émigrés à Quiberon

Le 31 mai 1877, Antoinette bientôt octogénaire, assiste à Paris au beau mariage de sa chère petite-fille Magdelaine de Liron d’Airoles, 18 ans, avec Paul Marie Louis Joseph de Lambertye (ou Lambertie), issu d’une famille d’ancienne noblesse originaire du Périgord, alliée à des familles luxembourgeoises titrées de comte et de marquis, famille des seigneurs du Cluseau alliée à ce qu’il y a de plus considérable en Champagne qui compta plusieurs grands officiers de l’ancienne cour des ducs de Lorraine.

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Le jeune époux, né le 15 mars 1851 au château familial de Chaltrait (arrondissement d’Epernay, Marne), était par sa mère Claire Robertine de Saint-Chamans (décédée à Versailles en 1896), le petit-fils du conseiller d’Etat, monsieur le vicomte de Saint-Chamans, Auguste Philippe Marie et de son épouse Thérèse-Alexandrine-Zoé du Bouëxie de Pinieux. Son père, monsieur le comte Léonce Auguste Marie de Lambertye (1810-1877), aurait pu, à l’exemple de ses ancêtres, aspirer aux charges qui procurent les honneurs, mais préféra l’étude des sciences naturelles et de la botanique en particulier, dont il était l’un des maîtres les plus autorisés. Président de la société d’horticulture d’Epernay, il avait vulgarisé autour de lui l’horticulture, la viticulture et la taille des arbres fruitiers, soit en fondant ou en encourageant de nombreuses sociétés d’horticulture, soit par des écrits dont il fut l’auteur : Catalogue raisonné des plantes vasculaires qui croissent spontanément dans le département de la Marne (1846), Coup d’œil sur la botanique et la géologie de l’arrondissement de Sainte-Menehould.

2016-04-04 19_05_44-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word Armes de la famille de Saint-Chamans :
2016-04-04 19_06_01-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word Armes de la famille du Bouëxic de Pinieux : D’argent, à trois pins arrachés de sinople. Devise : Hoc tegmine tutus (« À l’abri sous ce toit »). (Bretagne)
2016-04-04 19_06_21-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - Word Armes de la famille de Lambertye : d’azur à deux chevrons d’or. Devise : « Fais le bien, advienne que pourra »

Antoinette résidait la plupart du temps à Montpellier au 9 boulevard du Peyrou, mais elle appréciait grandement les séjours qu’elle faisait dans la famille, à Paris comme à Lille où demeurait encore sa belle-sœur Julie Clémence Barbier de la Serre (1812-1883), veuve depuis 1856 du frère cadet d’Achille, Xavier Louis Philippe de Liron d’Airoles (1798-1856). Cette belle-sœur était la nièce de Nicolas Charles Marie Barbier de la Serre (1767 Valenciennes – 1841 Paris), Capitaine d’artillerie, émigré pendant la Révolution, revenu en France au début de l’Empire, intéressé alors à un moyen de coder et lire des instructions la nuit sans allumer sa lampe, il inventa vers 1808 « l’écriture nocturne ». En 1821, les jeunes aveugles de l’Institution royale des jeunes aveugles jugèrent des mérites du système en l’expérimentant avec du papier embossé. Parmi ces élèves figurait Louis Braille qui se montra très intéressé…

2016-04-04 19_04_59-Bdelaserre - Charles Barbier de La Serre — WikipédiaCharles Barbier de La Serre (wikipédia)
2016-04-04 19_06_40-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordArmes de la famille Barbier de la Serre : D’azur à trois flammes d’or posées deux et une et une étoile d’argent mise en pointe Devise : « L’honneur chevauche avec moi ».

Antoinette se rendait également à Nantes où demeurait son beau-frère, Jules de Liron d’Airoles, (Aurillac 27 juin 1802 – 1882 Nantes), officier forestier, passionné d’horticulture et d’agriculture, membre honoraire ou correspondant de nombreuses Sociétés Horticoles et un des membres fondateurs de la Société d’Agriculture et d’Horticulture. Il élevait porcs, gallinacées, vers à soie, dans une demeure bien tenue et cultivée de façon modèle, le Domaine de la Civélière où il mettait au point des appareils d’élevage et de culture, en particulier celle du poirier et de la pomme, deux beaux fruits au sujet desquels il écrivait des articles détaillés et passionnés. Il n’hésitait jamais à se déplacer pour en observer une variété, faisait des descriptions précises de ces précieux fruits dont certaines variétés anciennes sont parvenus jusqu’à nous grâce à lui. Il se rendait très régulièrement en Belgique, en passant par Lille où il retrouvait encore son frère aîné et parfois, Antoinette quand elle y séjournait. Depuis longtemps sa vue s’affaiblissait très sensiblement, ce qui l’affectait beaucoup. Il mourut presque complètement aveugle en 1882.

Antoinette appréciait aussi les séjours dans ses résidences secondaires ou ses « pieds à terre » permanents et particulièrement celui de Versailles, à un jet de pierre de la place d’armes du château et de la salle du Jeu de Paume, dans la rue vivante et animée de Satory qui menait, à travers les bosquets et vallons, au plateau aménagé en camp militaire où Louise Michel fut détenue et où 25 communards furent fusillés lors de la Commune de Paris en 1871. Ce « quartier dans le quartier », aux petites rues étroites, aux maisons anciennes avec des auberges et des hostelleries célèbres, lui convenait parfaitement. C’est là, au numéro 39, qu’elle décède le 1er décembre 1880. « A défaut de parents et de voisins » comme il est précisé dans son acte de décès, les déclarants furent Fernand Louis Marguier de Crux, 35 ans, domicilié au château de Sailly (Seine et Oise) et son oncle Raoul Ernest d’Amonville des Nots, 59 ans, chevalier de la Légion d’honneur. Propriétaire et domicilié non loin de là, au 78 rue d’Anjou, il occupait à cette époque, le poste de chef d’escadron du 3e régiment d’artillerie à Versailles, poste qu’il occupera jusqu’en 1886, après avoir été commandant de l’artillerie de la garde mobile de Seine et Oise et organisé trois batteries au Mont Valérien durant le siège de Paris.

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Vue de la ville et du château de Versailles, prise de la hauteur du bois de Satory, au sud sud-est et à 1150 toises du château, dans le haut de l’avenue qui enfile la tête du canal et la porte St Antoine (Dessinée par le chevalier de Lespinasse – Gravé par Née Gravure à l’eau-forte, deuxième moitié du XVIIIème s)
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Acte de décès de Louise Elisabeth Antoinette de Maupéou d’Ableiges Veuve de Liron d’Airoles à Versailles. Comme aucun membre de sa famille n’était présent, les déclarants donnèrent son prénom d’usage, le seul par lequel elle était connue : Antoinette

Olivier se charge du retour de sa mère à Montpellier et confie les soins de son rapatriement aux lignes de chemin de fer. Parti de Paris par la gare de Lyon, le cercueil scellé hermétiquement arrive à Montpellier en gare PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), puis, le cortège formé depuis la gare s’achemine jusqu’au cimetière St Lazare où elle est inhumée le lendemain de son 83 ème anniversaire, le 6 décembre 1880.

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Carte postale représentant la gare PLM à Montpellier (collection de l’auteur)

Huit ans plus tard, le 28 février 1888, le gendre de Cécile Kühnholtz-Lordat, Ernest Maurin de Brignac (1843-1903), propriétaire, accompagné du fils de Cécile, Gérard Kühnholtz-Lordat (1860-1925), officier de cavalerie, déclarent le décès d’une autre sœur d’Achille de Liron d’Airoles, Elisabeth Louise Aglaé, sans profession, née à Saint-Germain en Laye, demeurée célibataire, décédée à l’âge de 83 ans deux jours auparavant, à Montpellier rue de la Providence au couvent des Sœurs Franciscaines. Après une messe célébrée en la cathédrale St Pierre, elle est inhumée à son tour dans la concession familiale.

Les années passent. Olivier, le fils d’Antoinette, décède à son tour le 10 janvier 1904 à l’âge de 72 ans au Bosc-Hamel (commune d’Epaignes dans l’Eure). 2016-04-04 19_31_11-MAUPEOU ABLEIGES Louise - LIRON AIROLLES [Mode de compatibilité] - WordSon décès est déclaré par son gendre et son petit-fils de Lambertye. Après une cérémonie célébrée dans l’église de la bourgade normande aux murs entièrement tapissés de bois, dans laquelle trônent la grande statue de St Antonin et celle de St Christophe, la dépouille d’Olivier revient à Montpellier rejoindre la sépulture familiale du cimetière Saint Lazare.

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Vues de la tombe familiale du cimetière St Lazare et détails (photos MP)

Désormais, un entourage en fer orné de symboliques fleurs de lys et d’un Christ en croix veillent sur le sommeil perpétuel de la famille. Il n’y a plus jamais eu d’inhumations dans cette sépulture.

« Une nation chrétienne ne peut impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre la chaîne de ses traditions, inscrire en tête de sa constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée religieuse de ses codes et de son enseignement public. Dans ces conditions, elle ne fera jamais qu’une halte dans le désordre. » (Henri V, Comte de Chambord, Lettre à M. de Carayon-latour, 8 mai 1871 in Hervé Pinoteau, Monarchie et avenir, Nouvelles Editions Latines, Rennes 1960, p. 6.)

 

Sources :  Dictionnaire de la Noblesse de France et du Languedoc – Recueil général des Généalogies Historiques des Maisons Nobles de ce Royaume avec les armoiries de chaque famille taillées en taille-douce, Tome 13, Paris 1818 – Justice, une réforme manquée, le chancelier de Maupéou (1712-1791) par Jean Luc Chartier Librairie Arthème Fayard 2009 – Guide Historique Créole (GHC) n°28 de juin 1991 – Archives Départementales de l’Eure, de l’Hérault et d’Outre-Mer –Base Léonore – Mémoires de la Société Historique et Archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin Tome 45, 1936 –